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12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 07:00

Alicia Gimenez Bartlett 2

 

 

 

 

 

Alicia GIMÉNEZ BARTLETT
Rites de mort
Ritos de muerte (1996)
traduit de l’espagnol
par Marianne Millon
Rivages
Collection : Rivages/Noir , 2000


 

 

 

 

 

Informations préliminaires

L’ensemble des citations d’auteur insérées dans ma fiche est issu de la rencontre entre Alicia Giménez Bartlett et Christophe Dupuis, animateur au Salon Lire en poche de Gradignan, en 2012. L’auteur qui est venue en octobre pour le Salon Lire en Poche et la manifestation littéraire « Lettres du monde – Hommage à la Catalogne », devait également être présente les samedi 23 et dimanche 24 mars 2013 au Salon du livre de Paris dans le cadre de « Barcelone, ville invitée ». J’ai pu, de mon côté, interroger par email l’auteure qui m’a aimablement donné son adresse mail au Salon de Gradignan, l’entretien complet et traduit est reporté à la fin de ma fiche.



Biographie

Alicia Gimenéz Bartlett est née le 10 juin 1951 à Almansa, commune de la province d’Albacete. Elle grandit dans un contexte historique difficile, sous la dictature conservatrice et nationale-catholique de Franco. C’est une période où le statut des femmes était donc écrasé sous le poids de la religion.

Par la suite, elle est devenue docteur en littérature de l'université de Barcelone. La série « Petra Delicado » lui a valu le prix Raymond Chandler en 2008 (Festival du film noir à Courmayeur).



Résumé

Petra Delicado, l’héroïne du roman et de la série, travaille au service de documentation de son commissariat. Un soir elle est appelée d’urgence pour s’occuper d’une affaire ; tous les autres agents étant déjà pris par d’autres enquêtes, elle se retrouve à exercer, enfin, son métier d’inspectrice. Or on lui désigne un collaborateur de la « vieille école » et en fin de carrière : Fermín Garzón. L’association de ces deux personnages semble improbable, face à une affaire plutôt surprenante : « une jeune fille issue des quartiers périphériques de Barcelone a été violée et marquée au bras d'un étrange sceau évoquant une fleur » (extrait de la quatrième de couverture).

L’enquête s’annonce difficile lorsqu’il s’agit d’aller à la rencontre d’une population modeste, écrasée dans un quotidien morne et cloisonné. Les visages se ferment et les indices s’estompent sous le regard résigné des uns et des autres.

 

« Il ne s’agissait pas de marginaux, ni de délinquants ; en fait ils étaient tous plus ou moins intégrés dans la roue sociale. Mais d’après ce que je pu vérifier la roue semblait leur passer dessus et les écraser sans considération. » (extrait du livre)

 

 

Un polar dont l’héroïne est une femme

Il est encore peu commun de rencontrer des héroïnes féminines dans le roman noir, fût-il écrit par une femme. En Angleterre, le genre a été un moyen d’émancipation de la femme ; d’ailleurs l’évolution du statut de la femme correspond à l’évolution de la figure du détective/enquêteur féminin.

Alicia Giménez Bartlett fait transparaître cette évolution en associant les deux personnages, Petra et Fermín. Ils ont une manière d’agir et de voir les choses dans le cadre de leur métier apparemment antagoniste dans un premier temps. Fermín n’aime pas obéir à une femme, et pourtant Petra est sa chef.

Au début du roman, il est dans la critique, alors que Petra, elle, est dans l’exagération de ses fonctions ; elle tient à montrer à Fermín Garzón qui est le chef. Ils sont tous les deux représentatifs des opinions partagées par les deux sexes à l’égard du statut de la femme ; Petra tient absolument à prouver qu’elle est capable autant qu’un homme, elle cherche à affirmer sa légitimité face à un Fermín plutôt sceptique et qui tient à ses « bonnes vieilles méthodes » d’enquête.

L’affaire sur laquelle ils travaillent ne fait que rajouter de la tension dans le roman, car il s’agit d’un viol, d’un acte de violence envers une femme. Cela renvoie à Petra une image de fragilité de la femme, qui, dès qu’elle met le nez dehors, pense aux autres femmes, elles aussi possiblement en danger :

 

« Chacune d’elles pouvait être violée à la sortie du cours, marquée d’une fleur. Elles me semblaient toutes susceptibles d’être poussées vers un cauchemar qui allait détruire leur esprit et peut-être leur vie ».

 

De plus, dans le monde de la police, les femmes n’ont jamais été vraiment vues d’un bon œil, souvent fragiles ou trop sensibles. Petra va donc mettre toute son énergie à résoudre cette affaire, dont la problématique même renvoie à l’image de la femme.


Petra Delicado est un personnage à la psychologie très fouillée. Le fait que le roman soit écrit à la première personne nous permet d’entrevoir tous ses ressentis et émotions. Elle nous fait rire lorsqu’elle parle de la place de la femme dans la police, car elle trompe notre attente par la déconstruction des clichés, elle est lucide quant à son image qu’elle déforme sans cesse, s’approchant de la caricature :

 

« malgré ma brillante formation d’avocate et mes études à l’Académie de police, on ne m’avait jamais confié d’affaire importante. On me considérait comme « une intellectuelle », et puis j’étais une femme et il ne me manquait que d’être noire ou gitane pour parachever le tableau de la marginalité.»

 

C’est une vraie femme qu’Alicia Giménez Bartlett nous donne à voir, un personnage concret ; elle nous fait entrer dans son univers, l’on peut lire toutes ses pensées et cela provoque bien souvent chez le lecteur une envie irrépressible de rire.

Par ailleurs, ce qui contribue aussi à l’aspect humoristique du roman c’est de voir chez les deux personnages des stéréotypes physiques, celui du vieux policier et celui de la jeune femme « intellectuelle », mais ils sont contrebalancés par lleur épaisseur psychologique et leurs attitudes qui ne collent pas du tout à leurs apparences. On pourrait imaginer le « vieux policier » comme rude et vulgaire, et la jeune femme plus délicate et sensible, mais ce n’est pas le cas dans le roman : les stéréotypes s’inversent !

Voici une citation qui consiste en un dialogue entre Fermín et Petra sur les conditions du viol :

 

« – La fille a déclaré qu’il s’était auparavant livré à des attouchements sur la partie supérieure du corps, dit Garzón.

– Par exemple ?

– Des succions mammaires et des choses dans le genre

– Voulez-vous dire qu’il lui a peloté les seins ? C’est ça ?

Il me jeta un regard d’antipathie.

– Oui, c’est ça.

Bon sang, d’où ce flic sortait-il ? […] Il y avait maintenant beaucoup de femmes qui travaillaient dans la police, et il avait dû en croiser plus d’une, parler avec elle. Nom d’un chien, pourquoi dire « succions mammaires » ? Ne lâchait-il jamais un gros mot devant une femme ? »

 

 

La ville de Barcelone

Lieu d’écriture et lieu du roman

En Espagne il existe encore peu de femme qui écrivent des romans policiers. Alicia Giménez  Bartlett explique que ce genre qui a longtemps été celui des hommes est aujourd’hui très utile pour parler de la société, de son évolution, et des problèmes politiques et sociaux qui la parcourent : « la société a des soucis sociaux, économiques, cela pose des problèmes, et les problèmes mènent au polar » (extrait de l’entretien à Lire en Poche, Gradignan 2012). Le polar prend donc le rôle du roman réaliste, il est celui qui illustre la réalité sociale, politique, économique d’une époque.

Et l’auteure s’en sert pour montrer l’évolution du statut de la femme, bien que contrebalancée par un regard toujours machiste dans le contexte de la police, mais aussi dans la société même (par l’affaire qui est traitée – le viol).

Alicia Giménez Bartlett cherche à retranscrirel’esprit général de la ville avec ses habitants ; il y une part très sociologique lorsqu’elle décrit les populations des quartiers  où elle amenée à enquêter.

La ville de Barcelone est divisée en dix districts. Petra Delicado vit à Poblenou, un des dix quartiers du district San Martí. Placé près de la mer, il a longtemps été très axé sur l’industrie, mais aujourd’hui il est en voie de devenir un nouveau quartier d’affaires. Les viols ont lieu dans de petits quartiers plutôt défavorisés tel que celui de la Trinitat, où se situe, dans l’histoire, le centre de détention des mineurs. Il y a aussi le quartier de la Verneda qui est le théâtre du second viol, lui aussi plutôt défavorisé et dont la population est subtilement décrite par l’auteur :

 

« Quand ils n’étaient pas au chômage, ils exerçaient des emplois situés au bas de la pyramide du monde du travail. Coursiers qui portaient de petits paquets pendant des heures, sur de fragiles motos, respirant l’air pollué des rues. Caissières de supermarché, toujours debout, rivées à leur caisse-enregistreuse tel un appendice mécanique de plus. Ils prenaient l’autobus dans des quartiers périphériques, arrivaient chez eux le soir juste à temps pour le dîner. […]. Apprentis mécaniciens, vendeuses, garçons de café, tout un prolétariat en fleur. […] sur leurs épaules plébéiennes, ils pouvaient prendre des tonnes de choses dépourvues de sens. Ils étaient habitués à en porter le poids, à le voir tomber sur eux sans grande surprise. »

 

L’auteure choisit aussi de montrer l’évolution de la ville de Barcelone elle-même, en passant par l’image que renvoient ses personnages faisant écho aux évolutions sociales. Petra représente, par son rôle dans le roman, la nouvelle Barcelone (que l’on peut élargir à la nouvelle Espagne), elle est la femme qui a lutté pour ses droits, pour un pays plus démocratique. Alors que Fermín, lui, est beaucoup plus traditionnel, il représente une Barcelone plus machiste, attachée à ses traditions. Cela se voit jusque dans les restaurants dans lesquels il choisit d’aller, les plats qu’il désire.

Par ailleurs, l’auteure explique qu’elle n’a pas eu la volonté de rester absolument fidèle à la réalité des lieux qu’elle décrit. Elle a inventé les noms de magasins, bars et restaurants, car elle en avait besoin sur le moment. Elle ne s’attache pas à la réalité des lieux de passage des personnages, mais aux étapes et événements qu’ils traversent dans le contexte de la ville. Que ce soit sur le plan personnel ou professionnel, Barcelone les accompagne.



Avis personnel

L’humour constant qui s’élabore dans le roman par le biais des réflexions que se fait le personnage principal, m’a beaucoup plu. En outre, l’univers de Barcelone se superpose habilement, à la fois à la vie des personnages, mais aussi au cœur de l’enquête qu’ils mènent. C’est un roman policier très agréable à lire tant par ses aspects humoristiques que par l’univers de Barcelone bien ancré dans une réalité concrète. Je le recommande donc vivement à tous.



Pour terminer je vous propose de lire l’entretien avec l’auteure (traduit) :

Vous êtes-vous inspirée d’autres auteurs de romans policiers, avant d’écrire vos livres sur Petra Delicado ?

Non, je ne m’inspire de personne en particulier. Je voulais trouver ma propre voix. Cependant tout ce que j’ai lu dans le passé a eu une grande influence sur moi. Tout ce que lit un auteur, l’influence, bien qu’il ne s’en rende compte.



Comment avez-vous choisi vos personnages – Petra et Fermín ? Vous êtes-vous inspirée de personnages réels ou les avez-vous construits totalement ?

Ils sortent de mon imagination. Mais il faut garder en tête qu’il y a toujours une part de réel dans les personnages de fiction. Parfois je sélectionne les traits des uns, des autres… Jusqu’à trouver une personnalité propre qui fonctionne seule.



La ville de Barcelone, en tant que cadre de vos romans, joue-t-elle un rôle particulier dans les relations qu’entretiennent les personnages ?

Elle est importante par l’atmosphère qu’elle dégage, par la sociologie et par la façon d’être de ses habitants. Cependant,  je n’aime pas trop mettre l’accent sur des lieux particuliers dans la ville, mais plutôt sur son esprit général.



Pourquoi avez-vous choisi d’écrire des romans policiers ? Suivez-vous des règles particulières ?

Le roman policier me semble intéressant car il permet de raconter des choses qui surviennent en même temps que l’actualité. Il est possible, aussi, d’avoir recours à l’humour et  de faire une critique sociale. J’utilise les règles que tous les écrivains utilisent : crime, enquête, dénouement et révélations, emprisonnement du coupable…



Comment avez-vous choisi votre traductrice française – Marianne Millon? Quelles sont vos relations avec elle ? Lui donnez-vous des consignes particulières, ou bien l’éditeur ?

C’est l’éditeur qui détermine quel sera le traducteur ; d’ailleurs mes derniers livres ne sont pas traduit par Marianne Millon mais par de nouveaux traducteurs (Olivier Hamilton et Johanna Dautzenberg). Les relations que j’entretiens avec mes traducteurs varient beaucoup d’un pays à l’autre. Quelques traducteurs ne me contactent jamais, d’autres me consultent quand ils ont des doutes, et avec certains nous avons fini par avoir une bonne relation.


Cécile, 1ère année bibliothèques-médiathèques

 

 

Sur la conférence à Lire en poche, lire également le compte rendu de Sarah.

 

 

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Published by Cécile - dans polar - thriller
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