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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 07:00

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Ana María SHUA
La Saison des fantômes
Édition originale
Temporada de Fantasmas
 Páginas de Espuma, 2004
Traductrice
Anne-Marie CHOLLET
 Cataplum, 2010.

 





 

L’auteur

Née en 1951 à Buenos Aires, Ana María Shua est une écrivaine argentine qui s’est fait connaître en Amérique latine grâce à un genre littéraire très particulier : les microfictions. Publiée et traduite en Argentine, au Brésil, aux États-Unis, en Allemagne, Espagne et Italie, elle reste pourtant très peu connue en France, malgré un répertoire littéraire très varié. En effet, si ses microfictions ont contribué à sa postérité, elle a également su montrer ses talents dans des domaines allant des romans aux poèmes, en passant par les nouvelles, les contes, mais également les récits pour enfants. Pour en citer quelques exemples, voici une bibliographie sélective :

El sol y Yo, recueil de ses premiers poèmes (1967),

Soy Paciente (1980), roman adapté au cinema par Rodolfo Corral en 1986,

Los amores de Laurita (1984), roman également adapté par Antonio Ottone deux ans après sa publication,

El libro de los recuerdos (1994) : roman,

La sueñera (1984) : recueil de microfictions,

Casa de geishas (1992) : recueil de microfictions,

La batalla entre los elefantes y los cocodrilos (1988) : histoire pour enfants.

 

Le genre

Pour commencer, inutile d’attendre un résumé ou l’analyse approfondie d’un personnage, la microfiction (ou microrécit) étant un genre littéraire qui n’en laisse pas la possibilité. On peut cependant retenir que ce genre est très original d’autant qu’il n’est pas aussi répandu que la nouvelle ou le conte. En effet, dans un microrécit, la difficulté de « l’écriture juste » est décuplée, car ces récits sont si courts qu’ils nécessitent l’utilisation du mot parfait, en quelque sorte. Un auteur de microfictions peut alors emmener le lecteur dans un univers onirique, à la fois totalement irréel et éphémère, qui lui laisse une impression très forte car les mots utilisés dans la microfiction ont un impact très important sur le lecteur. D’ailleurs, c’est ce qu’explique Ana María Shua dans une interview :

« La seule limite [du genre], c’est qu’il ne permet pas le développement des personnages. Pour le reste, un cosmos de quinze lignes peut tout contenir. Bien entendu, il vaut mieux que les meubles soient petits. Par ailleurs, le conte très bref exige une écriture impeccable. À cette taille, la plus petite erreur acquiert des proportions gigantesques. Mais cela ne constitue pas une limitation, au contraire, c’est un avantage pour le lecteur. Pour l’écrivain, c’est un grand plaisir qui l’attend : la possibilité de partir de la matière brute et d’arriver à la sculpture parfaite d’un seul coup. Dans la production du genre, il y a des instants d’extase et de révélation, comme dans la poésie… »



L’œuvre

En premier lieu, il est important de savoir que le recueil La Saison des fantômes ne se contente pas de regrouper les 99 (pas une de plus !) microfictions de son auteur dans un ordre décidé par le hasard . l’œuvre se subdivise effectivement en neuf parties :

« En couple »,

« Mystères de la Fiction »,

« De la vie réelle »,

« Caprice divin »,

« Maladies »,

« Autres peuples, autres mythes »,

« Dormir, rêver »,

« De la galère »,

« Le désordre surnaturel des choses ».

Nous pouvons relever un rapport implicite entre ces parties, qui illustre parfaitement l’esprit des microfictions d’Ana María Shua, à savoir l’ancrage dans le merveilleux. Citons en exemple la deuxième partie, intitulée « Mystères de la fiction », qui présente un genre où la frontière entre réalité et fantastique est la plupart du temps aussi trouble qu’infime.

On pourra également noter que certaines microfictions ne sont pas classées au hasard. En effet, chacune d’entre elles aura un lien avec la thématique abordée par la partie qui la concerne dans la table des matières. Par exemple, nous pouvons remarquer que la première partie, « En couple », rassemble des récits autour de la thématique du couple: la première microfiction parle des sirènes, une autre est une recette de philtres d’amour, etc.

On trouve d’ailleurs certaines relations entre elles : dans la partie « Mystères de la Fiction », on peut lire deux récits intitulés « Tarzan » et Tarzan II », ou encore « Cohabitation impossible » et Van Gogh II » dans la partie « Le désordre surnaturel des choses ». Un autre ensemble de microfictions qu’il est primordial de ne pas négliger : dans « Caprice divin », on découvre en effet six récits intitulés « Création I », et « Création II », etc. jusqu’à « Création VI », qui relatent la création du monde du point de vue de l’Ancien Testament, thème revisité par l’auteur.

De plus, si chaque microrécit emporte le lecteur dans un univers aussi singulier que fugace, c’est justement parce qu'Ana María Shua aborde des thématiques pour mieux s’approprier leur atmosphère : qu’il s’agisse de l’histoire de l’art, illustrée par deux microfictions relatant le geste de Van Gogh se coupant l’oreille (qui laissent au lecteur une impression de violence nette), ou encore de chefs-d’œuvre de la littérature classique : on découvre dans « Tarzan » un clin d’œil au dramaturge Shakespeare, plus précisément adressé à sa pièce Hamlet. Une autre microfiction témoigne de cette faculté de s’imprégner de l’univers d’un genre ou d’une œuvre, tout en le parodiant, dans un seul récit d’une quinzaine de lignes : il s’agit de « l’enfant rétif », qui reprend le conte imaginé par les frères Grimm. L’auteur ne se contente pas de reprendre le conte, elle en imagine la suite et réussit le tour de force de rester dans l’esprit à la fois réaliste (avec l’image de l’éducation rigide de la mère du personnage) et retors des frères Grimm : la microfiction se transforme alors en un « microconte » qui transporte le lecteur dans leur univers tout en en faisant la critique.



Jugement personnel

Pour ma part, c’était la première fois que je lisais des microfictions, et je dois dire que pour une première expérience, c’était très surprenant ! L’auteur a un style d’écriture vraiment direct, et utilise des mots justes, à la fois poétiques et très contemporains. Si on fait vite le rapprochement avec des fables comme celles de la Fontaine, il faut reconnaître qu’Ana María Shua s’est inspirée de beaucoup de genres littéraires divers et variés, qui lui ont donné la capacité d’enrichir par son écriture le genre littéraire des microfictions.


Ana Maria Shua Botanique du chaos
L’édition

Hormis La Saison des Fantômes, la seule œuvre d’Ana María Shua ayant été traduite est  le recueil de microfictions Botanique du Chaos (titre original : Botánica del Caos), parue aux  éditions Équi-librio.

Si vous souhaitez acquérir le recueil qui vous a été présenté, je dois néanmoins vous prévenir qu’il n’a été publié qu’en 1000 exemplaires, et qu’il est difficile de le trouver dans le commerce. Je vous offre donc le présent suivant : le paragraphe de présentation du recueil :

« Ils ne viennent ni pour s'accoupler, ni pour pondre. Ils n'ont pas besoin de se reproduire. On ne peut pas non plus les chasser. Ils n'ont pas suffisamment de substance pour tomber dans les filets de la logique et les balles de la raison les traversent. Brefs, essentiels, dépouillés de leur chair, ils viennent ici pour se montrer, ils viennent pour agiter leurs suaires humides devant les observateurs. Pourtant, ils ne s'exhibent pas aux yeux de n'importe qui. L'observateur de fantôme expérimenté sait qu'il doit adopter un regard indifférent, jamais direct, accepter cette perception imprécise, sans chercher à s'approprier une signification évanescente qui file entre les doigts : des textes translucides, méduses des sens.

Que la Saison des Fantômes commence. »

 
Sarah Dabin, 1ère année Bibliothèques-Médiathèques 2011-2012.

 

 

Lien

 

Si vous souhaitez vous renseigner davantage sur l’auteur et son œuvre, vous pouvez vous rendre sur  son site.
Attention toutefois : ce site n’est pas traduit en français, alors armez-vous de patience et de votre dictionnaire !

 


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Published by Sarah - dans Nouvelle
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