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21 août 2013 3 21 /08 /août /2013 07:00

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Andrée Chedid
Le Sommeil délivré
Flammarion, 1952
J’ai Lu, 1996
Librio, 1997
J’ai lu Roman, 2000













Andrée Chedid

Poète, romancière, dramaturge, nouvelliste.

D’origine syro-libanaise, Andrée Chedid est née en Égypte, au Caire, le 20 mars 1920.


À dix ans, elle est mise en pension chez les Sœurs du Sacré-Cœur. Elle maîtrise l’anglais, le français et l’arabe. À 14 ans, elle rejoint l’Europe mais revient au Caire pour étudier dans une université américaine où elle obtient l’équivalent d’une licence (le bachelor) en journalisme en 1942. Elle part ensuite pour le Liban avec son mari et revient à Paris en 1946 de manière définitive. Elle prend la nationalité française à partir de cette date-là et publie le reste de son œuvre en français.

Elle est décorée de la Légion d’Honneur en avril 2009. Elle reçoit le prix Goncourt de la nouvelle en 1979 pour son recueil Le Corps et le Temps et  en 2002 le prix Goncourt de la poésie.

Andrée Chedid fut une auteure prolifique qui toucha à tous les genres : roman, poésie, théâtre. Son dernier roman, Les quatre morts de Jean de Dieu, a été publié en 2010.

Andrée Chedid est décédée à l’âge de 90 ans en février 2011 ; elle était atteinte de la maladie d’Alzheimer, maladie qui fut évoquée par son fils Louis Chedid dans la chanson Maman, Maman et son petit-fils Mathieu Chedid avec Délivre.



Écriture

Je n’ai personnellement lu que deux romans d’Andrée Chedid : Le Sommeil délivré et Le Message. Il m’est donc difficile de faire une analyse poussée de son style d’écriture. Néanmoins, dans ces deux romans, aux registres totalement différents, l’homme, les rapports entre les hommes sont au centre de l’œuvre.

J’ai retrouvé dans ces deux romans une certaine poésie dans l’écriture. L’écriture est travaillée, ce qui renforce ce rendu poétique. À leur lecture, on sent et on ressent. On se laisse emporter, bercer par la fluidité du style.

Les rapports entre les hommes, bons, mauvais, relations amoureuses, amicales, filiales, les rapports de domination sont au cœur des thématiques abordées par l’auteur. Toutefois, il y a toujours en arrière-plan une réflexion sur des sujets difficiles : la guerre pour Le Message, la condition féminine en Égypte pour Le Sommeil délivré.

Ce qui plaît dans les romans d’Andrée Chedid, ce sont les différentes dimensions qu’ils comportent, la subtilité dont fait preuve l’auteur pour traiter des sujets délicats. C’est une écriture qui, je pense, peut toucher le lecteur, ou alors nous laisser hermétique.



Le Sommeil délivré

Résumé

Le Sommeil délivré retrace en quelque deux cents pages le destin d’une jeune fille, Samya. Ce livre est divisé en trois parties. Dès le premier chapitre, on sait que sa vie est voué à une fin tragique.

Samya est révoltée par sa condition de femme. Elle aurait voulu échapper à sa condition de jeune fille, au mariage arrangé par son père, puis à sa vie d’épouse. Sa seule échappatoire sera la naissance de sa fille Mia : « Avec Mia, je retrouvais la vie. ».

Mais là encore, son bonheur d’être mère lui est arraché. Elle abandonne la maîtrise de son corps, qu’elle retrouvera dans un dernier sursaut pour se révolter enfin. Ce dernier acte, qui n’est autre que le meurtre de son mari, causera sa propre destruction. Mais n’était-ce pas inévitable ?

Je reproche au résumé de la quatrième de couverture de trop en dire. Par exemple, il annonce clairement que Samya perdra son enfant. En tant que lecteur, on attend ce moment. Cela ajoute une dimension tragique lorsque Samya parle de Mia, de sa renaissance. Mais pour une première lecture, il n’y a de ce fait plus de réelle attente.

Le Sommeil délivré nécessite plusieurs lectures. Je ne suis pas certaine que ce soit un roman que l’on peut apprécier entièrement à la première lecture. Il faut parvenir à se laisser porter par l’histoire et l’écriture d’Andrée Chedid.



Personnages et construction

Comme expliqué précédemment, le roman s’articule en trois parties non égales, la première étant la plus importante en nombre de pages, et la troisième la plus courte.


Dans le premier chapitre interviennent déjà les quelques personnages qui auront leur importance tout au long du roman. Il combine deux sortes de narration. Le point de vue est externe mais nous avons aussi accès à quelques fragments de la réflexion de Rachida. Cet effet narratif particulier nous plonge immédiatement dans cet univers, dans cette vie dans les campagnes égyptiennes.

Le lecteur fait d’abord connaissance avec Rachida, Rachida qui part se promener en dehors de la maison, « question de santé ». Rachida évoque son frère, Boutros, cet homme merveilleux pour qui elle se dévoue corps et âme, la femme de son frère, « sa belle-sœur, cette Samya sans fierté » ou encore « la paralytique ».

Arrivée à l’étable, Rachida nous donne un autre nom :

 

« Ammal, la petite fille du pâtre Abou Mansour, n’était pas encore rentrée avec ses moutons. Cette Ammal était vraiment une fille de rien. Il suffisait de voir avec quel attendrissement elle regardait la paralytique. ».

 

On rencontre aussi la vieille Om el Kher qui pressent que quelque chose s’est passé, mais espère que rien n’est arrivé à Samya. Plus loin, il y a l’aveugle qui se tourmente : « Qu’est-il arrivé à SitSamya, pensait-il. »

Rachida, la sœur de Boutros, et donc belle-sœur de Samya, est un personnage qui a une haute opinion d’elle-même et qui ne veut absolument pas se mêler au peuple. Son frère est Nazer, l’homme de confiance qui surveille l’exploitation des terres pour le compte du propriétaire. C’est Rachida qui s’est occupée de Boutros, de tenir la maison avant qu’il ne se marie. C’est Rachida qui est revenue lorsque Samya est devenue paralytique. C’est aussi Rachida qui fait la macabre découverte.


Boutros est Nazer. Il compte beaucoup sur sa sœur. Il lui a demandé conseil pour son mariage avec Samya. Il désirait que ce soit sa sœur qui éduque l’enfant s’il s’avérait que ce fût un garçon. Boutros est un homme grossier, à l’opposé du mari dont pouvait rêver Samya.

Ammal est la petite fille d’Abou Mansour, l’homme à tout faire. Elle sera la première fille de Samya. Elle représente l’espoir de liberté. Aux yeux de Samya, Ammal doit être sauvée. Et elle le sera grâce aux statuettes d’argile qu’elle modèle.

L’aveugle est le seul homme qui reste au village la journée. La journée, comme l’explique Om el Kher, le village appartient aux femmes, aux enfants et à l’aveugle. Il incarne la sagesse. Il exprime son mécontentement dans les situations injustes, en frappant le sol de son bâton aussi fort qu’il le peut : « Il était debout, l’aveugle, et il tapait. Il avait fini par creuser un grand trou dans le sol pour y enfouir sa colère. ».


Om el Kher est une des vieilles du village qui apporte les légumes pour les repas du Nazer. Elle se lie d’amitié avec Samya, l’invitant au village, lui faisant goûter son pain. C’est elle qui l’emmènera voir la Sheikha, sorte de mage, guérisseuse, lorsque Samya n’arrivera pas à avoir d’enfants.

Le premier chapitre est en réalité la fin du destin de Samya. À partir du deuxième chapitre, c’est Samya qui narre. Enfin, le dernier chapitre est construit sur un plan narratif comme le premier. Nous quittons les pensées de Samya pour assister d’un regard extérieur au dénouement.



Samya : un esprit révolté

Samya raconte, dans la deuxième partie, sa vie de jeune fille au pensionnat chrétien où elle étudie. Andrée Chedid aura peut-être puisé dans son expérience personnelle pour la décrire. Samya nous parle de ses dimanches très courts où elle retrouve son père et ses frères. On sent déjà son esprit de révolte contre l’institution : « Ce voile, ces bas noirs, ce mur. Rien ne se dissipait d’un haussement d’épaule. J’étouffais. J’aurais voulu me battre. Pourtant j’avais une peur étrange. ». La révolte n’est pas possible pour une jeune fille.

Au pensionnat, certaines étudiantes arrêtent parfois leurs études en cours d’année et ne reviennent qu’accompagnées de leur mari. Là aussi Samya ressent de la révolte. Elle ne veut pas faire partie de ces filles qui, mariées à un homme plus vieux qu’elles, vieillissent avant l’heure et ne se préoccupent plus que de leur trousseau : « Non, non, cela ne m’arrivera jamais. Moi je saurais dire non. Saisir ma vie. Quand je partirai d’ici, je saisirai ma vie. ».

Vient le jour où  son père lui annonce qu’elle sera mariée à son tour. Elle ment à ses camarades, en se mentant à elle-même, en espérant que l’homme choisi par son père la rendra heureuse. Elle pense que son père, par amour pour elle, lui aura choisi un homme bon. Mais ce n’est point la réelle motivation du père de Samya. Les filles sont vues comme des fardeaux dont il faut se débarrasser en les mariant : « Nos affaires vont mal. Que cela se sache, et tu ne trouveras plus jamais de parti. Tu nous resterais sur les bras ! ». Lorsqu’elle rencontre son futur mari, elle sait que ce mariage sera comparable à une mort lente et douloureuse.

La deuxième partie débute sur son arrivée à la maison de Boutros. Par quelques actes, Samya essaye de s’approprier les lieux, de se démarquer, de ne pas rester passive dans sa situation de femme mariée. Elle essaye d’abord de redécorer la chambre, apportant sa touche personnelle, pour s’y sentir chez elle. À demi-mots, avec délicatesse, Andrée Chedid aborde les premières nuits passées en couple. Samya se lie d’amitié avec Om el Kher, qui l’invite au village, manger son pain. C’est à ce moment-là où Samya rencontre l’aveugle et les autres femmes du village. Mais ces tentatives seront vite avortées.

Samya subit les reproches de Boutros. La chambre retrouve aussitôt sa décoration initiale, les pains offerts par Om el Kher sont jetés. Peu à peu Samya se laisse s’enliser dans cette vie morne, à rester au foyer et regarder son époux jouer aux cartes : « Le temps passait. Je l’ai laissé passer. Le miroir, sous le portemanteau de l’entrée, me mettait cruellement en face de ses huit années. ».

Samya se doit de tenir son rang et ne peut plus retourner au village. Mais ce qui provoque le malaise entre les villageoises et elle est sa probable stérilité. Seule Om el Kher a de la compassion pour elle. Cette absence de grossesse au bout de huit ans de mariage provoque des reproches de Boutros : « J’ai reçu une lettre de Rachida. Elle dit que tout cela n’est pas normal. On nous a trompés sur ta santé, voilà ce qu’elle a dit ! ». Là encore on sent que Samya n’a été qu’une marchandise, permettant d’assurer une descendance. Mais là enfin, Samya se révolte en suggérant à Boutros que le problème venait peut-être de lui, ce qui lui vaudra une gifle. Samya se permet donc d’écrire à son père pour lui demander de l’aide. Mais celui-ci ne fera que lui adresser cette réponse : « N’attire pas la colère de ton époux » accompagnée d’une conclusion de procès disant que l’homme a le droit de battre sa femme.

La deuxième partie s’achève sur la naissance de son enfant, Mia. La troisième partie est consacrée au renouveau de Samya, à ses rapports avec sa fille Mia. Elle raconte ses moments de bonheur, partagés avec Ammal, la fille du village que Samya a « adoptée ». Mais Mia va tomber gravement malade, et Boutros tardera à faire venir le médecin, ce qui lui sera fatal. Et pourtant, ce sera Boutros qui reprochera à sa femme la mort de leur fille. Samya perdra son envie de vivre, et se paralysera. Jusqu’au jour où dans un dernier sursaut, elle se révoltera, mettant un terme à cette vie.



Avis personnel

Le Sommeil délivré aborde des sujets difficiles. Comment se révolter sans en être détruit ? Il n’y a pas d’apitoiement sur les femmes, leur statut dans la société. Il y a un ton de vérité, le destin de Samya est certes tragique, mais on rencontre dans ce roman d’autres femmes qui sont fortes, qui choisissent de dire « non » à ce qui leur est imposé, des femmes qui font vivre tout un village.

J’ai beaucoup aimé ce livre. Le relire m’a permis de mieux l’apprécier. C’est un roman tout en sensations et en images. Andrée Chedid nous fait réellement découvrir un autre pays, sans entrer dans de longues descriptions, seulement en y décrivant la vie et les rapports entre les hommes et les femmes.


J. Charenton, 1ère année Bibliothèque-Médiathèque 2012-2013

 

 

 

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