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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 07:00

Andres Neuman Le Bonheur ou pas

 

 

 

 

Andrés NEUMAN

Le bonheur, ou pas
Traduit de l'espagnol (argentin)
par Anne-Marie Chollet
excepté « Justino »
et « Testament de Narcisse »
traduits par Adelaïde de Chatellus
avec la participation de Claude Couffon
Cataplum, 2010


 

 

 

 

 

 

Cataplum

La maison Cataplum Éditions est fondée en février 2010 par Nadia Moureaux-Beugnet. Cette maison d'édition bordelaise axe sa politique éditoriale sur la publication de « microfictions ».

Nadia Moureaux-Beugnet explique sa politique éditoriale dans une vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=uCKncuxwsKw

Le site internet de Cataplum : http://cataplum.free.fr/

 

Le bonheur, ou pas : une microfiction aux allures poétiques

Représentée en France par Régis Jauffret à travers son œuvre Microfictions, le genre de la microfiction est plus présent en Amérique latine et en Espagne. La microfiction se caractérise par sa brièveté. D'autres termes qualifient la microfiction : nanofiction, fragment, microrécit ou flash fiction. En ce qui concerne la longueur d'une microfiction elle peut aller d'une phrase à quelques lignes, elle dépasse rarement plusieurs pages.

Certaines microfictions peuvent évoquer les haïkus japonais, petit poème extrêmement brefs qui visent à décrire l'évanescence des choses.

Les titres des microfictions du recueil, « Les vêtements », « La baignoire », « Dépit » ou encore « Trésor », peuvent  rappeler à leur lecture les titres des poèmes de Francis Ponge dans Le Parti pris des choses. En effet, dans la table des matières du Parti pris des choses, nous lisons : « la Crevette », « le Restaurant Lemeunier rue de la Chaussée-d'Antin » ou « Pluie ». Des noms génériques que le lecteur imagine voir développés dans les microfictions ou poèmes qu'il va lire.

 

Des petits personnages du quotidien aux grands mythes

Certaines microfictions racontent la vie quotidienne. Les protagonistes s'appellent Marcos, Cristobal, Gabriela, Élias ou Élisa. Ils vivent des rencontres amoureuses, des passions multiples, des ruptures douloureuses.

Les autres s'appellent Justino, Alex, Fiodor, Ernesto, David. Ils sont jardiniers ou prisonniers.

Mais leur quotidien de personnage est donné à lire au lecteur.

Par ailleurs, le recueil compte 24 microfictions et deux « dodécalogues » qui présentent des conseils aux éventuels auteurs de microfictions. Certains des personnages de ses 24 micro récits sont fictifs, d'autres font appel à l'imaginaire collectif. La nanofiction intitulée « Le testament de Narcisse » fait référence au personnage mythologique grec que nous découvrons dans le livre III des Métamorphoses d'Ovide. Neuman prolonge le mythe en inventant le testament de Narcisse. Narcisse apparaît comme un être humain conscient de ses actes et qui se repent de son attitude passée. Il déclare p. 58 :


« Cela fait une éternité que le monde me juge, je commence à m'y faire et même à comprendre ses opinions. Il y a cependant des choses que, franchement, on ne devrait pas oublier quand on raconte une histoire, des choses qui, bien que n'étant pas essentielles, peuvent changer la fin d'une histoire et parfois son début. »

 

Andres Neuman fait suivre cette parole de Narcisse d'une longue explication sur les raisons de l'amour incommensurable qu'il se porte. En effet, comment ne pas s'aimer lorsque Rome n'est peuplée que de manants, d'hommes vulgaires, des familles suffisantes qui cultivent un « goût obscène pour la brutalité et la rudesse... » Narcisse n'aurait pas eu d'autres choix que de se réfugier dans une clairière loin de tout le vacarme de la ville pour se préserver et observer sa beauté. Dans cette microfiction, ce n'est plus la faute de Narcisse s'il se contemple nuit et jour et n'accepte pas les autres c'est la société qui est responsable de son retranchement. Cette microfiction est le prolongement d’un mythe connu de tous. C'est également la preuve que les sociétés du monde possèdent un imaginaire collectif qui rend possible les réécritures et les créations à partir de mythes connus.

Il en est de même pour le fragment intitulé « Sisyphe ». Le fragment fait référence au lythe grec mais aussi à l'essai Le Mythe de Sisyphe qui appartient au « Cycle de l'absurde ». Cet essai est paru en 1942 chez Gallimard. Contrairement à l'essai d'Albert Camus, le Sisyphe d'Andrés Neuman s'exprime à la première personne. C'est Sisyphe qui explique le mythe selon son point de vue. Il déclare qu'on a voulu nous faire croire que c'était le châtiment des dieux, qu'il était condamné et qu'il ressentait de la douleur. Le personnage nie et aborde un autre aspect, positif cette fois-ci, de sa condamnation. Porter le rocher chaque jour n'est plus une douleur car il s'est poli avec le temps, il ne lui écorche plus le dos comme aux premiers jours. Et nous, les hommes, voyons Sisyphe comme esclave de sa punition, il n'en est rien. Comme dans la dialectique du maître et de l'esclave présentée par Hegel dans La Phénoménologie de l'esprit, le personnage de Sisyphe opère un renversement et nous définit, nous, comme aliénés. Il précise :

 

« Ceux qui se croient libres n'imaginent pas toutes les responsabilités qu'ils portent. Tant de décisions à prendre en vain, cette obsession pour le changement, cela doit être épuisant. »

 

Andrés Neuman développe ici un autre aspect du mythe, une autre façon de lire la littérature qui montre bien qu'à la manière de l'octaèdre de Julio Cortazar, il existe autant de faces géométriques que de points de vue de lecteurs.

 

Jorge Luis Borges vu par Andrés Neuman

Andrés Neuman, l'Argentin, dédie une nouvelle au maître de la nouvelle argentine, Jorge Luis Borges. Difficile de faire autrement que d'admirer et de louer les multiples talents du nouvelliste mondialement connu. Cependant, Andrés Neuman réussit habilement à désacraliser le personnage de Borges. Vers la fin de sa vie, Borges était déjà très connu. Dans la nouvelle « L'or de Borges » l'auteur raconte la conférence prévue par la Fondation à la fin de la vie de Borges. Tout est prêt, les convives attendent l'auteur avec la plus grande impatience, il finit par arriver et donne sa conférence. C'est la constatation du personnage qui organise la conférence en l'honneur de l'auteur qui est originale. Qui oserait qualifier les écrits ou les dires de Borges de médiocres ? Peut-être que pour le faire avec la bienveillance dont fait preuve Andrès Neuman, il faut être argentin. Ce n'est pas une critique virulente de Borges, juste la constatation qu'un auteur, le plus exceptionnel soit-il, peut en plus de son talent, avoir des faiblesses. C'est l'humanité des auteurs érigés en tant que maîtres qui nous apparaît dans cette nouvelle.

 

Petits conseils aux futurs auteurs de microfiction

La microfiction a cet avantage : elle est extrêmement courte. Elle apparaît comme une forme littéraire encore plus courte que la nouvelle. Cette taille entraîne, d'une part, une facilité de lecture et, d'autre part, une grande rigueur dans l'écriture de l'auteur.
 
Andrés Neuman n'est pas avare de ses secrets d'auteurs. Il lègue à travers les deux dodécalogues de son recueil des conseils d'écriture pour être un bon nouvelliste de microrécits. Il nous aide à définir, dans le même temps, la microfiction : « Le développement excessif de l'action est l'anémie de la nouvelle, ou sa mort par asphyxie. »

L'extrême brièveté est donc nécessaire à la rédaction d'une flash fiction.

Concernant le rythme de l'écriture d'une microfiction, il précise : « Le talent, c'est le rythme. Les problèmes les plus subtils commencent avec la ponctuation. » L'auteur soulève ici  l'obligation de rigueur que doit s'imposer un écrivain de microfiction. La précision des gestes doit être semblable au cadrage du photographe qui s'apprête à prendre une photographie.

Il faut organiser la nouvelle et les évènements qui la composent. Précision et rigueur sont, selon Andrés Neuman, des qualités essentielles à la confection d'une micro fiction.

 

Je vous propose de terminer en vous donnant à lire une microfiction du recueil, choisie par l'éditrice en quatrième de couverture.
 

 

 

Dépit

«Violeta a en trop ces trois petits kilos dont j'ai besoin pour tomber amoureux d'un corps.

Moi, en revanche, j'ai toujours en trop ces trois mots qu'elle aurait besoin de ne plus entendre pour commencer à m'aimer. »

 

 

Xénie Reboulet,  1ère année édition-librairie

 

 

 

Andres NEUMAN sur LITTEXPRESS

 

Andres Neuman Le Bonheur ou pas

 

 

 

 

Article de Clémence sur Le Bonheur ou pas.

 

 

 

 

 

 

andres-neuman

 

 

 

 

Rencontre avec Andres Neuman, compte rendu de Clémence.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CATAPLUM sur LITTEXPRESS

 

 


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Published by Xénie - dans Nouvelle
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