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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 07:00

 

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Andrew CRUMEY
Pfitz
 Première édition

Dedalus Ltd edition, 1993

Traduction

Alain Gnaedig

Calmann-Lévy, 1998

Serpent à plumes, 2001

L’Arbre vengeur, 2010
Couverture illustrée
par Marc-Antoine Mathieu

 

 

 

 

 

 

 

Paru pour la première fois en 1995 chez Dedalus (éditeur anglais), Pfitz a été successivement publié en français chez deux éditeurs, à chaque fois épuisé et oublié, avant de reparaître chez l’Arbre Vengeur. Livre au titre peu banal, c’est une sorte de fantaisie doté d’une grande part d’érudition.



Andrew Crumey, né à Glasgow en Écosse en 1961, enseigne durant plusieurs années après des études de physique et de mathématiques à Londres. Critique littéraire au Scotland on Sunday il obtient le prix Saltire en 1994 pour son premier roman, Music, in a Foreign Language. Ses œuvres suivantes, D’Alembert’s Principle, Mr Mee, Mobius Dick et Sputnik Caledonia ont également remporté de nombreux prix.



Pfitz

L’histoire se déroule au XVIIIe siècle ; un prince, pour rester éternel, décide d’être inventeur de cités fantastiques.

La première, Margaretenburg, baptisée et inventée à la mémoire de sa fiancée décédée de la petite vérole, nécessite la participation de tout le peuple, le prince recourant aux services de ses sujets.

Suivent des cités dédiées au bien-être, à la beauté de l’architecture, à la fantaisie et à la célébration : Herzchen, Pomonia et Spellensee.

C’est à cinquante ans passés que le prince s’engage dans son projet le plus grandiose. Il avait cherché le mondain, le matériel, l’éphémère et l’insignifiant pour satisfaire le goût du peuple et avait gâché des années d’existence sur des cités de plaisirs festifs.

Il décide donc de construire la ville comme encyclopédie :

 

« une cité qui exposerait l’étendue complète du savoir humain. En son centre un Musée et une Bibliothèque comme on n’en avait encore jamais imaginé. »

 

Une ville élaborée dans ses moindres détails qui nécessite de nouvelles équipes d’aménageurs, d’architectes, reprographes et graveurs.

Dans ce projet de ville baptisé Rreinstadt, tout le Royaume est mobilisé pour inventer chaque lieu, chaque pièce, chaque objet mais également les habitants qui y résident jusqu’à leurs biographies et les œuvres littéraires qu’ils auraient produites.

C’est dans cette entreprise utopique qu’apparaît Schenk, vrai héros du roman et personnage assigné au Secrétariat de cartographie. Lorsqu’il se penche sur les travaux d’une jeune biographe nommée Estrella, il aperçoit le nom du comte Zelneck. Tombant follement amoureux, il fait des recherches sur cet homme et le trouve répertorié sur une carte. Il occupe un lit. Sur le sol une inscription : Pfitz .

Ayant l’intention de s’impliquer dans la vie de la biographe il commence à créer des dialogues imaginaires entre le comte et Pfitz. Ces dialogues sont enchâssés dans le récit, une potentielle lectrice et l’auteur y font irruption, laissant la place à un second enchâssement :

 

– « Vous m’avez forcé à vous raconter l’histoire de Pfitz par son Auteur, et vous n’avez cessé de m’interrompre et de me critiquer, si bien que je crains que nous n’atteignions jamais la fin.

– Auquel cas je resterai muette. »

 

Au fil du temps il apparaît à Schenck qu’écrire des ouvrages de personnages fictifs devient dangereux. Konrad Weissblatt, l’un des écrivains ayant participé à la création de la biographie du personnage Spontini, s’identifie peu à peu à celui-ci, mimant la vie inventée par la biographe et allant même jusqu’à la prendre pour sa femme. Sa folie s’installe, il vit une fiction dans le réel.

Le livre prend fin de façon surprenante, les principaux personnages réels et fictifs se trouvent rassemblés dans la bibliothèque accompagnés d’un « chorus logico-philosophicus ». Ce n’est qu’à la fin de l’histoire qu’est dévoilée l’origine de ce mystérieux prénom : Pfitz.



Dans ce livre il y a donc sans cesse un basculement entre fiction et réalité, virtuel et réel, ainsi que les thèmes de l’urbanisme, de l’amour, de la science, etc. Les mises en abyme s’enchaînent, menaçant de perdre le lecteur à tout instant.

En lisant ce livre, on pense à Borges où à Calvino pour Les villes invisibles. D’autre part, le « chorus logico-philosophicus » fait référence au Tractatus logico-philosophicus de Ludwig Wiltgenstein.


Cette œuvre illustre bien la pensée du XVIIIe siècle dans lequel l’utopie se substitue au réel que ce soit en art, en littérature ou en architecture. L’architecte Ledoux avait en effet imaginé une cité idéale autour de la saline royale d’Arc-et-Senans pour la ville de Chaux. Cette saline devait former le centre, un édifice à la forme cylindrique et sphérique, centre d’une cité idéale pour une meilleure communion du peuple.


Aurélie H, 1ère année Bib 2011-2012

 

 

Lien

 

Site de l'auteur (en anglais)

 

 

 


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