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11 septembre 2011 7 11 /09 /septembre /2011 07:00

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Anita  DESAI
Le Jeûne et le Festin
Titre original
Fasting, feasting
traduit de l’anglais
par Anne-Cécile Padoux
Mercure de France, 2001
Gallimard, Folio, 2002








 

 

 

 

Le Jeûne et le festin, écrit par Anita Desai, est publié pour la première fois en 1999 par les éditions Chatto and Windus sous le titre Fasting, feasting. Le Mercure de France propose sa traduction en 2001. Il a été sélectionné pour le Booker Prize en 1999.



anita_desai.jpgL’auteur

Anita Desai, née en 1937, est une auteure indienne. Elle grandit en parlant allemand, la langue de sa mère, chez elle, et anglais à l’extérieur. Ayant appris à lire et à écrire en anglais à l’école, elle associe cette langue à la littérature.

Elle a été nommée trois fois au Booker Prize : en 1980 pour Clear Light of Day, en 1984 pour In Custody et en 1999 pour l’ouvrage dont il est ici question. Ce manque de « chance » est loin d’être héréditaire puisque sa fille, Kiran Desai, gagne en 2006 pour La Perte en héritage, publié aux  éditions des Deux Terres (Kiran Desai est également l'auteur du Gourou sur la branche).

Anita Desai a toujours aimé écrire au sujet d’êtres qui ne sont pas là où ils devraient être. Ses livres sont pleins de voyageurs, d’exilés et de personnes qui vivent à contre-courant de leur époque. Ils sont trop préoccupés par l’échec de leur culture pour comprendre celles des autres. Arun, un des personnages, s’inscrit dans cette catégorie. Sa vie en Amérique marque pour lui la fin violente des illusions le concernant et concernant le rêve américain.

anita_desai-le-jeune_et_le-festin_1.jpgL’histoire

Le Jeûne et le Festin a été écrit quelques années seulement après qu’Anita Desai eut quitté l’Inde pour enseigner à l’Université du Massachusetts où l’un des personnage, Arun, est étudiant. Le roman traite du quotidien. « Le problème d’écrire sur ce thème est, explique Anita Desai, de trouver des personnages suffisamment attentifs pour voir les drames qui se jouent. » L’écrivaine résout cela en attribuant un observateur naïf à chacune des parties du livre. Uma, dans la première moitié, est lente et captive. Sa compréhension des choses qui l’entoure est limitée. Dans la seconde moitié, son frère, Arun, prend le rôle de celui qui voit. Il a quitté l’Inde pour la première fois afin d’étudier aux États-Unis, et se sent lui-même agressé par l’étrangeté du trivial made in America.

L’Inde racontée par Uma est étrangement hors du temps. Certains détails semblent appartenir aux années 50, d’autres nous sont contemporains. Uma elle-même vieillit sans que nous le réalisions. Tous contribuent à créer ce sentiment de claustrophobie. Le temps n’a aucun impact sur l’histoire si ce n’est le calme et la monotonie. Uma est une fille ordinaire pour qui tout va de travers, qui n’arrive pas à se trouver un mari et qui finit donc – parce que tel est le monde qu’Anita Desai décrit – comme une servante captive dans sa propre maison.Son sort est donc fixé puisqu’Uma n’a ni la volonté, ni même l’idée de remettre en cause l’autorité paternelle. Mais tout au long du chemin, les personnes qu’elle rencontre lui montrent des alternatives. Elle voit soudain un champ de possibilités dans ce que l’on mange et le mode de vie, et, pour un temps, elle encourage la colère de ses parents en les adoptant. Elle accompagnera ainsi Mira-masi, une tante veuve, à compléter un pèlerinage qui se révèlera particulièrement frugal. Cependant cette même tante sait cuisiner les plus délicieux ladoos. Uma apprend donc qu’il y a un temps pour tout. De même, Ramu, son cousin préféré et méprisé par Mamanpapa, l’emmène dîner et danser au Carlton lorsqu’il lui rend visite. Ces soirées sont l’occasion pour Uma de comprendre que l’on peut rire aux éclats jusqu’à tomber de sa chaise.

Arun arrive aux États-Unis sans la moindre notion de ce qui l’attend. Il noue une sorte d’amitié avec Mrs Patton chez qui il loge. Mais ses relations avec la famille sont si incompréhensibles et la nourriture si répugnante pour lui que les défauts de sa famille lui semblent anodins. Il  est parvenu à échapper à une maison sans joie et parfois cruelle où il n’avait pas de place, pour arriver dans une autre où les dysfonctionnements sont encore plus aliénants. Les maux dont sont victimes les membres de cette famille sont le fruit d’une abondance et d’une liberté extrêmes. Au milieu de tout cela, Mrs Patton est apeurée et désespérée par sa propre maisonnée. Elle n’est pas moins captive de sa propre maison que ne l’est Uma. Son seul refuge est le supermarché, où elle devient soudainement indépendante et confiante. Les étalages colorés lui donnent une sensation de liberté alors qu’ils n’inspirent que dégoût à Arun.



La nourriture comme révélateur d’une culture

Le Jeûne et le Festin traite de quelques-uns des aspects les plus inconfortables et morbides de la société et refuse de leur accorder une quelconque rédemption par des finesses littéraires. Le récit est grave, impitoyable et tragique.

Comme le titre l’indique, le roman parle des pratiques alimentaires, celles acquises dans l’enfance, qui restent inflexibles. Elles entrent dans la maison par la porte du réfrigérateur, par la table à manger et par les cuisines. Elles symbolisent les relations humaines à travers le langage mais aussi à travers l’envie, le dégoût, la boulimie et toutes sortes de relations que l’on peut entretenir avec la nourriture.Une des choses qui m’a le plus marquée est l’attachement des gens à leur cuisine. Certains sont prêts à abandonner leur nationalité, leur langue, leur religion, mais renoncer à leurs habitudes alimentaires se montre généralement trop difficile. Elles ont une signification personnelle trop importante.

La nourriture est un prétexte pour étudier les rapports de force qui existent entre les membres d’une famille. Anita Desai est sans pitié dans sa critique. Sa réflexion s’appuie sur les contrastes entre la vie en Inde et aux États-Unis, le rôle des hommes et celui des femmes. Arun part étudier en Amérique. Uma, sa sœur, vit dans une petite ville de province en Inde.

Pour Desai, la famille nucléaire est un royaume fou à l’esprit étroit, dont le pouvoir est maintenu seulement par l’exclusion pure et simple de tout élément perturbateur. « Ses » pères, indien et américain, partage tous deux cette même paranoïa à propos de l’entrée d’éléments allogènes dans leur maison.

« [Arun] en avait fait l’expérience : son père avait la même expression, triomphant toujours, refusant toute opposition, tout défi à son autorité, attendant, insensible, qu’ils faiblissent, cèdent peu à peu au désespoir, et soient anéantis ».

 Les femmes, qui se débattent au sein de ce petit cercle, souffrent de tics, de claustrophobie et se maintiennent grâce à d’impossibles fantasmes d’amitié et de voyage.

Cependant Anita Desai laisse germer quelques grain d’espoir telles que la lettre d’Oxford qui, comme un murmure, apparaît tout au long de la première partie, ou le châle, élément unificateur des deux récits. Le monde est cruel et il n’y a que peu d’espoir que cela change jamais. Mais au milieu de tout cela, la vie est aussi faite de détails délicats qui lui donnent toute sa valeur.



Sentiments de lectrice

Je dois avouer que je me suis souvent sentie exaspérée par le manque d’empathie de nombreux personnages et la passivité d’Arun. Cela est plutôt bon signe. Anita Desai a su créer des personnages suffisamment humains pour que l’on s’attache à eux, pour que l’on se soucie de ce qui leur arrive. Les héros de cette histoire sont loin d’être des héros. Ils se définissent d’abord par leurs défauts. Le portrait ainsi dressé est saisissant et ne peut qu’interpeller le lecteur. « Elle doit exagérer. » « La vie en Inde, et encore moins aux Etats-Unis ne peut pas être à ce point désolée, ni même maussade et encore moins sinistre. » Voici quelques-unes des pensées qui peuvent effleurer l’esprit. Je ne peux donner de réponse à ces questions.

Anita Desai a écrit : « On ne peut pas savoir ce qu’il y a de plus dangereux dans ce pays [les Etats-Unis], la recherche de la santé ou celle de la maladie. » On ne peut savoir ce qu’il y a de plus dangereux, l’absence totale ou la surabondance de libertés.


Floriane, 1ère année Éd.-Lib.

 

 


 

 


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