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26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 07:00
Nair-Le-chat-karmique.gif









Anita NAIR
La chat karmique
traduit de l'anglais
par Marielle Morin
Philippe Picquier, 2005
Picquier poche, 2008










  

 

 

 anita-nair

Présentation de l'auteure


Anita Nair est née au Kérala, une province du sud de l'Inde. Elle a vécu à Madras durant son enfance, mais vit actuellement à Bangalore avec son mari et son fils. En plus de l'anglais qui est sa première langue, elle parle quatre langues indiennes.

Elle a été révélé en 1997 avec Le Chat Karmique, un recueil de treize nouvelles, dont le titre original est : Satyr of the subway and Others Stories (en français « Le satyre du métro »).


Le titre français met en avant la notion de Karma présente tout au long de l'œuvre avec l'idée de forces qui dépassent l'entendement.


Le karma est une notion importante pour la compréhension des nouvelles. Il est défini comme « Le principe fondamental reconnu par les trois grandes religions indiennes et reposant sur la conception de la vie humaine comme maillon d'une chaîne de vies, chaque vie particulière étant déterminée par les actions de la personne dans la vie précédente. » (Larousse)


Dans les treize nouvelles, les personnages ne sont pas satisfaits de leur vie actuelle et souhaitent en changer. Il va alors y avoir une cassure dans le rythme de la narration, ils vont essayer de modifier ce qui ne va pas. Cependant, à la fin de la nouvelle, ils vont revenir au même point qu'avant : ils semblent accepter leur destin. Cette acceptation trouve son explication dans la théorie du karma.



Élaboration répétitive des nouvelles


Les nouvelles sont créées sur le même modèle.
 


L'introduction est d'ordre général, et laisse souvent le lecteur dans un état d'incompréhension : il n'y a pas d'indication du lieu, du sujet, ni des personnages. Il s'agit le plus souvent d'une description faite par un narrateur omniscient.


« Les livres de grammaire sont traîtres. L'esprit aux aguets, parcourez les pages de l'un d'eux. Ce que vous y trouverez vous surprendra...
 Principalement de l'injustice. Si vous pensiez que le monde était l'endroit le plus injuste qui soit, souvenez-vous que ces discriminations sont le fait des hommes. Et non des lois de la nature, de l'économie ou de l'espace.
Au fil des pages, vous découvrirez qu'un article est sûr de lui, défini, alors que les autres sont insignifiants et vagues. »
« Le Cœur d'une relative », p 75.

Après cette introduction, on entre dans le coeur de l'histoire avec l'apparition du personnage principal, dont toutes les pensées, actions, paroles vont être communiquées au lecteur, soit par lui-même (il est narrateur), soit par un narrateur omniscient.
 


La nouvelle présente généralement une progression amenant une tension qui se termine avec la chute de la nouvelle.

 


Une composition précise et réfléchie

Les treize nouvelles sont ordonnées dans une construction parfaitement réfléchie ; leur étude montre un cheminement dans le recueil.
 


 Alors que la première nouvelle se déroule aux États Unis, dans un contexte très urbain, avec un personnage humain, la dernière nouvelle se situe en Inde, dans une ancienne maison coloniale, avec un insecte pour narrateur et personnage principal. Et au coeur du recueil, quatre nouvelles mettent en avant la forte présence d'entités non humaines (un chat, un arbre, un costume d'hippopotame, un verre à pied), sans que le lieu soit clairement indiqué.

D'autre part, la première et la dernière nouvelle sont pensées pour être une sorte de miroir inversé, avec une construction symétrique. En effet, dans la première nouvelle le narrateur est un homme obsédé par les nombrils, et il va violer une jeune femme après l'avoir droguée. La nouvelle se déroule à New York, dans son appartement qui lui sert aussi d'atelier pour peindre.
 jasmin-chat.jpg


Dans la dernière nouvelle, le narrateur est un insecte. Il est obsédé par un tableau représentant une jeune fille, puis par un parfum. La nuit il va lui aussi profiter de l'endormissement des femmes. La nouvelle se déroule en Inde, dans une maison coloniale.


A la fin des deux nouvelles, les deux narrateurs ne sont toujours pas satisfaits et sont tous les deux en attente d'une prochaine proie.




Première nouvelle

Dernière nouvelle

New York, appartement

Inde, maison coloniale

Homme

Insecte de genre masculin

Obsession pour les nombrils de femme

Obsession pour un tableau de jeune fille

Viol grâce à une drogue (victime endormie)

Attouchements durant le sommeil des victimes

« En attendant, je vais étendre mes jambes... »

« A attendre, ailes repliées,... »



Le sexe, leitmotiv narratif


Le thème du sexe est présent dans 8 des 13 nouvelles, sous trois formes distinctes.
Il y a l'acte sexuel lui-même, de façon simple, entre deux êtres, par exemple entre mari et femme, ou entre amants (c'est le plus fréquent). Mais le sexe est aussi présent sous la forme du viol. Les tensions sexuelles, par exemple quand un personnage désire fortement une personne, participent aussi au déroulement des histoires. Enfin, une nouvelle met en scène l'onanisme féminin.

Le sexe représente généralement une tension dans les nouvelles (avec l'aboutissement au viol par exemple dans le pire des cas), mais il sert aussi pour expliquer le caractère des personnages. Il s'agit le plus souvent de sexe passionné et très charnel.
Les mots pour l'évoquer sont généralement très explicites, et couvrent plusieurs registres, du plus cru, au plus poétique. « La force de ce regard scrutateur durcissait le bout de ses seins comme des raisins secs, hérissait ses poils pubiens, éveillait en elle un désir vague. Parfois, sous les yeux du chat, elle laissait ses doigts cueillir le fruit, puis, comme attirés par un marécage, se diriger vers la forêt. » « Le Chat karmique », p 118.

 


Les femmes, héroïnes maltraitées


Parmi les 13 nouvelles, 5 ont pour narratrices des femmes, ce qui place naturellement ces dernières au cœur même du récit. Les femmes ont aussi une place importante dans les nouvelles où le narrateur est un homme. Ce sont elles qui sont le plus souvent à l'origine même des aventures et actions des personnages.

   
Cependant les femmes du recueil n'ont pas une situation enviable ni une vie agréable, car elles subissent les pulsions des hommes (viol, attouchements), et leur violence.
«  Il eut très envie de la gifler. De faire disparaître d'un revers de la main l'expression arrogante de son visage. Salope, pour qui tu te prends ? » « Sous le signe de Mercure ».


De manière générale, les hommes du recueil soit
ont une vision négative des femmes, soit cherchent à profiter d'elles. Ils ne se gênent pas non plus pour leur poser des questions indiscrètes, par exemple concernant leur virginité.



L'isolement des personnages, humains comme animaux


La solitude est une des causes du mal être des personnages. Elle est mise en scène dans 8 des nouvelles. Elle est soit psychologique (pour les hommes mariés), soit physique. Elle peut être voulue, ou non. Le recueil met en avant le manque d'intégration réelle des hommes indiens (les femmes elles n'ont pas ce problème).
 


Cette vacuité engendre chez certains un mal-être allant jusqu'au suicide.
« Il n’y avait que quelqu’un de désespérément seul pour se rendre coupable d’un tel acte ». « Un conte de thanksgiving », p 195.

L'isolement ne concerne pas seulement les êtres humains : le chat s'est fait adopter par des humains car il se sentait seul : « J'en ai assez de cette vie, de cette liberté, comme vous l'appelez. [...] Je veux qu'on s'occupe de moi. » (p 113 ) Fait révélateur, la femme qui va le recueillir se sentait elle même très seule malgré l'existence de son mari.



Le chat karmique : un recueil indien ?


 Anita Nair est une auteure indienne, mais on ne peut pas dire que son oeuvre soit typiquement indienne par rapport aux thèmes traités. D'où la question : l'Inde a-t-elle une place importante dans le recueil ?

Présence indienne minime.


Sur les 13 nouvelles, 5 se déroulent aux États Unis, 4 en Inde, et 4 autres dans des lieux indéterminés. Le déroulement de l'action n'est pas toujours clairement situé, on trouve quelques indices ou situations qui vont nous renseigner sur la localisation, mais il faut y être attentif.
 


Par ailleurs, pour la majorité des nouvelles, le récit lui-même fait que le lieu n'a pas d'importance en soi. Cela rejoint le fait qu'on retrouve sans distinction des thèmes dans toutes les nouvelles, quel que soit le lieu où elles se déroulent.

La présence de quelques allusions à la culture indienne, l'importance de la virginité des femmes avant le mariage pour un personnage, ainsi que les deux nouvelles évoquant la difficulté d'intégration des hommes d'origine indienne dans la société étasunienne sont des éléments qui rattachent ce recueil à la littérature indienne. La présence constante d'un personnage indien, même mineur, dans n'importe quelle nouvelle renforce cela, ainsi que la nostalgie de certains personnages vis-à-vis de l'Inde, par exemple en ce qui concerne l'odeur du jasmin.

 


Une volonté d'universalité accrue

Les nouvelles ne donnent pas d'éléments sur la façon de vivre des Indiens ni sur leurs idées. Le recueil peut tout à fait être lu sans que l'on pense à l'Inde.
 


Le titre original de l'oeuvre, choisi par l'auteure, est neutre, il n'appuie pas, au contraire, sur la dimension du karma et de l'Inde.


Les déclarations de l'auteure permettent de pencher en cette faveur :
« Bien qu’une culture soit plutôt relative à une région, la condition humaine est universelle . »


Cette affirmation explique parfaitement le fait que la majorité des thèmes présents dans le recueil se retrouve aussi bien dans les nouvelles se déroulant aux États-Unis qu'en Inde, et prouve qu'Anita Nair n'a pas donné une place importante à son pays.


Une seconde déclaration fait état de son affranchissement par rapport à la littérature indienne : « Je préférerais laisser de côté "femme" et "indienne". Je me vois comme un écrivain libre de toute étiquette. »
(source :
http://www.indereunion.net/actu/AnitaNair/interAnita.htm )

 

 

Avis personnel.

Après les deux premières nouvelles que je n'ai pas aimées, à cause de leur histoire, j'ai été agréablement emportée dans l'univers de l'auteure. J'ai été rapidement séduite par son écriture riche et précise, qui touche extrêmement bien le lecteur. Même si on ne lit pas l'œuvre dans la langue originale, on sent bien que l'auteure a pesé chaque mot et chaque phrase, et la traductrice a su rendre cette écriture. Le recueil est très plaisant à lire, je le recommande vraiment (même les deux premières nouvelles car elles sont nécessaires pour la compréhension globale du livre) et j'ai hâte de lire Compartiment pour dames, la seconde œuvre d'Anita Nair.

 
Les nouvelles sont des petits émaux, qui méritent selon mois au moins deux lectures, tellement elles foisonnent de détails et de sens. Si le débat reste ouvert concernant le rattachement ou non du recueil à la littérature indienne, on ne doute pas que ce soit de la grande littérature.


 Marina, AS BIB

 

 

Lire aussi les articles d'Héloïse.et de Chloé.

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commentaires

cp 04/12/2011 14:49

site à ne pas recommander : il rend prisonnier ses visiteurs (impossible de revenir au site précédent)

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