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30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 07:00

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Annie ERNAUX
Les Années
Gallimard, 2008
Folio, 2009


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Née en 1940, Annie Ernaux est écrivain depuis 1974, année où elle écrit Les Armoires vides, son premier roman autobiographique. Depuis, son écriture s'est caractérisée par le besoin de se livrer, de se raconter aux autres. C'est encore le cas dans Les Années, publié en 2008. Mais cette fois, elle ne se concentre pas sur un événement particulier de sa vie, comme son mariage (La Femme gelée, 1981) ou plus tard son avortement (L'Événement, 2000). Dans Les Années, Annie Ernaux retrace toute sa vie, depuis la naissance.



Elle est aujourd'hui une dame âgée qui, en regardant son album photo, se retourne sur son passé. Chaque photographie, qu'elle décrit avec tellement de précision que l'on a l'impression de l'avoir devant les yeux, est pour elle l'occasion de se remémorer sa vie au moment où elle a été prise. Sa vie personnelle bien sûr, mais aussi celle de sa famille, et plus généralement les grands événements qui sont restés ancrés dans sa mémoire.

 

Sur la photo d'intérieur en noir et blanc, en gros plan, une jeune femme et un petit garçon assis l'un près de l'autre sur un lit aménagé en canapé avec des coussins, devant une fenêtre au voilage transparent, au mur un objet africain. Elle porte un ensemble de jersey clair, twin-set et jupe au-dessus du genou.

 

La grande force de ce livre est la capacité d'Annie Ernaux à nous faire nous identifier à sa vie. Ses photos sont absolument banales, nous avons tous exactement les mêmes dans nos albums. Les repas de famille du dimanche, auxquels elle participe étant enfant, puis qu'elle organise en étant devenue la mère de famille, nous les avons tous connus.

 

À la moitié des années cinquante, dans les repas de famille, les adolescents restaient à table, écoutant les propos sans s'y mêler, souriant poliment aux plaisanteries qui ne les faisaient pas rire […] On s'ennuyait un peu mais pas au point de préférer être au lendemain en cours de maths.

 

Et que dire de ces événements tellement symboliques qu'ils identifient une génération : la mort de Jean-Paul Sartre en 1980, les manifestations de Tian'anmen en 1989, les attentats du World Trade Center en 2001 ; chacun peut s'y retrouver et en même temps comparer ses propres souvenirs, ceux que l'on avait oubliés, ou au contraire ceux dont on se souvient. On s'amuse aussi à traquer les petites erreurs de la narratrice, comme celle-ci au moment de l'élection de François Mitterrand en 1981 :

 

Même en voyant monter sur l'écran de télé l'étrange visage en pointillés de F. Mitterrand on n'y croyait pas encore.

 

Dans la réalité, le visage apparut en descendant sur l'écran. Ces petits riens, ces souvenirs pas tout à fait exacts, ne sont pas totalement faux non plus puisqu'ils appartiennent à Annie Ernaux, c'est ce qui rend ce livre si attachant.


Christophe Peltier, AS Édition-Librairie

 

 

Lire également l'article d'Aurore.


 

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