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3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 07:00

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Anthony TROLLOPE
Miss Mackenzie
Première édition
Anthony TROLLOPE
The Modern Griselda
Chapman and Hall, Londres, 1865.
traduction par Laurent Bury
Le Livre de Poche
collection « Biblio »
Paris, octobre 2010.
Première publication en France
Autrement
collection « Littératures »
novembre 2010.





 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Anthony_Trollope.jpgAnthony Trollope (24 avril 1815 - 6 décembre 1882)

Pourtant peu connu en France, Anthony Trollope, aux côtés de Charles Dickens, Jane Austen, George Elliot et Lewis Carroll, est un des romanciers britanniques les plus célèbres de l’époque victorienne.

Thomas Trollope, homme érudit qui ne réussit pas sa carrière d’avocat plaidant et finit hobereau désargenté, tint tout de même à ce que ses fils, dont Anthony, soient éduqués en gentlemen. À ce titre, l’auteur étudia dans les public schools de Winchester et Harrow. Il fut plutôt malheureux durant sa scolarité à cause d’un contraste existant entre l’extraction sociale de sa famille et sa pauvreté qui le priva d’accéder aux occupations auxquelles il aspirait.

En 1835, Anthony Trollope obtient un petit emploi au General Post Office de Londres, puis, suite à une promotion qui l’emmène en Irlande, il commence à goûter aux plaisirs d’une vie sociale. En 1844, il épouse Rose Heseltine et tous deux s’installent à Clonmel, dans le comté de Tipperary, au sud de l’Irlande. L’auteur y commence alors une carrière littéraire féconde.

Trollope rentre à Londres en 1859. Il démissionne de ses fonctions dans le service public en 1868 et se présente, sans succès, comme candidat libéral au Parlement.


Le romancier passe les dernières années de sa vie en reclus dans un petit village du Sussex, confronté à la désaffection du public, à une santé déclinante et en proie à la mélancolie.

L’œuvre de Trollope s’articule autour de deux séries de six romans — correspondant respectivement à la période de sa vie passée en Irlande puis à son implication dans la politique — les Barchester Novels et les Palister Novels. L’auteur y anime deux mondes, inséparables, qui représentent pour lui l’Angleterre. Le comté de Barchester, dans lequel se déroule la série éponyme, présente l’univers de la campagne, des clergymen et des vieilles familles de la squirearchy (classe sociale des propriétaires terriens) alors que les Palister Novels, eux, se déroulent à Londres dans le milieu de la finance, du vice et de l’immensité peuplée.

À sa mort, à Londres, suite à une attaque de paralysie, Trollope laisse derrière lui quarante-sept romans — romans de bonne taille victorienne. L’auteur avait l’habitude d’écrire chaque jour. Sur le coup de 5h30, il se trouvait devant sa table de travail pour trois heures de rédaction à un rythme fixé à mille mots par heure. Il écrit dans son Autobiographie : « Cela a toujours été mon habitude d’écrire avec ma montre devant moi et d’exiger de moi-même deux cent cinquante mots par quart d’heure. » Henry James raconte à ce propos :

« Il déplaçait sa plume aussi imperturbablement en traversant l’océan turbulent que chez lui à Montague Square ; et comme ses voyages étaient nombreux, il était dans son habitude de monter à bord avant le départ et de conférer avec le menuisier du navire qui était chargé de lui construire une table pour écrire dans sa petite chambre maritime. »

Et dès que Trollope avait terminé un roman et que celui-ci était envoyé chez l’éditeur, l’auteur en commençait un autre sur le champ. « On me dit que de telles habitudes sont indignes d’un homme de génie. Je n’ai jamais imaginé que j’étais un homme de génie. »

« Certains pensent que celui qui travaille avec son imagination devrait attendre d’être mis en mouvement par l’inspiration. Quand j’entends défendre une pareille opinion, j’ai du mal à garder mon calme. Il ne serait pas moins absurde de demander au shoemaker d’attendre l’inspiration ou au fabricant de chandelles d’attendre le divin moment de la fonte spontanée du suif. »


En France, seuls treize romans de la production prolifique de Trollope ont été édités. Pour remédier à cela, les éditions Autrement ont commencé, depuis 2008, à traduire les œuvres de l’auteur. Miss Mackenzie a été publié en octobre 2008, suivi de Rachel Ray en mai 2011.

Miss Mackenzie est édité en Angleterre en 1865 sous le titre originel The Modern Griselda. Ce roman d’apprentissage fait partie, au même titre que Rachel Gray, de la veine des comic novels de l’auteur, au nombre de onze.



Résumé

Dans les trente chapitres du roman, il y a peu d’action. Le rythme narratif est centré sur Margaret Mackenzie, sa vie calme, ses pensées et ses questionnements. Le roman prend le tempo d’une vie campagnarde dans laquelle les événements mondains se font rares.

Après avoir joué pendant quinze ans le rôle de garde malade auprès de son frère Walter, Margaret Mackenzie, cadette d’une famille de trois enfants, se retrouve à la tête d’un bel héritage. La vieille fille de 35 ans, ni belle ni laide, qui n’a jamais connu qu’une vie morne et recluse, découvre qu’une existence nouvelle s’ouvre potentiellement à elle. Elle décide alors d’emménager à Littlebath — nom utilisé pour désigner la ville d’eau de Bath — avec Susanna, sa nièce, une des douze enfants de son frère Tom. Elles s’installent au Parangon, lieu dans lequel Trollope a fait séjourner plusieurs de ses personnages et où a réellement vécu Jane Austen au début des années 1800. Margaret, dans sa naïveté, cherche à se faire une place dans cette société de campagne et à vivre agréablement dans le respect de la religion. Dans cette ville nouvelle, elle est rapidement confrontée à sa non-connaissance des règles sociales et tiraillée entre deux milieux : les stumfoldiens, très, voire trop, religieux et la société des plaisirs menée avec caractère par Miss Todd.

Son héritage, qui la dote d’une fortune intéressante, signe pour Margaret le début d’une suite de demandes en mariage face auxquelles elle ne sait comment se comporter. Durant sa veille, auprès de Walter, dans ses années de jeunesse, elle avait été brièvement courtisée par Harry Handcock, un ami proche de son frère. Nommé exécuteur testamentaire, il s’empresse de renouveler sa demande passée.

 

« Sa lettre était brève et censée, et il y plaidait sa cause aussi bien que les mots pouvaient la plaider à cette époque ; mais en vain. […] Si peu qu[e Margaret] connût le monde, elle n’était pas prête à sacrifier sa personne et sa nouvelle liberté, son pouvoir nouveau et sa fortune nouvelle pour Mr Harry Handcock. […] Elle avait regardé dans le miroir et s’était aperçue que les années l’avaient améliorée, alors que les années n’avaient pas amélioré Harry Handcock. »

 

Suit la demande de son cousin, John Ball, baronnet dont la famille entretient une amertume profonde à l’égard de la branche familiale des Mackenzie suite à une histoire d’héritage. John Ball entend, par le mariage avec Margaret, récupérer la fortune dont les Ball pensent avoir été lésés. John déclare :

 

« Je suis pauvre ; compte tenu de ma famille nombreuse, je suis pauvre. C’est parfois bien difficile, je peux vous le dire. […] À la vérité, Margaret, ce n’est pas la peine de tourner autour du pot. […] Je veux que vous soyez ma femme et la mère de ces enfants […] mais je n’oserais pas vous faire une telle demande si vous n’aviez pas de fortune personnelle. Je ne pourrais pas me marier si ma femme n’avait pas d’argent. »

 

Miss Mackenzie, bien entendu, refuse l’offre. Vient ensuite le tour de Jeremiah Maguire, clergyman qui serait fort séduisant s’il n’était pas affublé d’un affreux strabisme. Quand il formule sa demande, Margaret est appelée à se rendre sur le champ au chevet de son frère Tom, mourant. Sa réponse reste donc en suspens. Le prétendant revient plusieurs fois à la charge, Margaret décline fermement.

Entre temps, Mr Slow, le notaire de la jeune dame, l’informe que la fortune dont elle a hérité, suite à la découverte d’un testament, ne lui appartient plus. L’héritage revient de droit à son cousin. Sans le sou, Margaret est prise par John Ball sous son aile qui renouvelle sa demande pour ne pas la laisser désargentée. Finalement, elle accepte.

Mr Maguire ne l’entend pas de cette oreille et tente par tous les moyens de faire échouer les fiançailles. Il fait éclater l’affaire de la passation de l’héritage de Margaret à John Ball dans la presse de Littlebath. Cela prend une incommensurable dimension et les deux cousins se retrouvent au centre de toutes les attentions. L’Angleterre suit la progression de leurs aventures grâce à la rubrique « Le Lion et la Brebis » que Maguire publie régulièrement.

Sentant la détresse de Margaret, Samuel Rubb, l’ancien associé de Tom Mackenzie, qui a toujours été proche de la jeune femme, lui fait sa demande en mariage. Sentant qu’il serait inconvenant d’épouser un homme d’un rang inférieur, Miss Mackenzie refuse, espérant que malgré le tapage médiatique son cousin ait toujours pour eux des projets de vie conjugale.

Les dernières pages du roman annoncent la nouvelle du mariage de Sir John Ball et Miss Mackenzie qui prend alors le titre de Milady Ball.



Une peinture réaliste de la société victorienne

Trollope livre dans Miss Mackenzie une analyse pointue et pertinente de la société britannique victorienne. Le style de l’auteur est empreint de réalisme et grâce à une distance ainsi qu’à une présence constante d’humour — humour qui se ressent ne serait-ce que par les noms des personnages : Mr Slow, Mr Patience, Mr Startup, Mr Frigidy, Mrs Perch… — le récit prend la forme d’une satire sociale. L’écriture de Trollope est à l’image de son héroïne : tout en retenue et en mesure, sans fards. L’auteur pratique l’art de la litote pour mieux servir ses propos. Les personnages sont dépeints avec précaution et précision, au même titre que chacun des événements du récit. Les descriptions prennent le dessus dans le texte qui comporte peu de dialogues.

Margaret est présentée comme une femme n’ayant rien vécu, ne s’étant jamais confrontée au monde et qui grâce à son changement de situation peut enfin jeter un regard sur la société britannique, un regard sans a priori car non biaisé par le filtre de l’expérience de la vie. Trollope crée un personnage qui pourrait être comparé à un enfant qui voit le monde pour la première fois, un personnage vierge. Miss Mackenzie permet au romancier de décrire la société dans son ensemble, sans être accusé d’adopter un point de vue particulier. Adopter un point de vue neutre, un point de vue naïf, peut être aussi pour l’auteur une façon d’amener ses lecteurs à reconsidérer le monde qui les entoure, à se libérer de leur corruption et de leurs préjugés pour se pénétrer d’une vision nouvelle.

Le roman Miss Mackenzie peut être comparé à la Comédie Humaine d’Honoré de Balzac et notamment au texte La Vieille Fille (1936) qui brosse le portrait de Rose Cormon, âgée de 40 ans, attendant toujours un mari digne de son rang. Autour d’elle s’affrontent trois prétendants la courtisant pour sa fortune. Le roman du réaliste français offre un tableau nuancé de la vie de province, des rivalités financières et des différentes « sociétés » qui se côtoient.

La société britannique est présentée comme guidée par un seul objectif, un seul désir : l’argent. Les occurrences de sommes, les allusions aux prêts, aux notaires, aux héritages, aux dettes sont innombrables. Toutes les figures du roman, à l’exception de Miss Mackenzie, sont animées par cette quête. Si Margaret a tant de prétendants, ce n’est pas pour son physique ou sa fraîcheur intellectuelle, c’est uniquement grâce à (ou à cause de) sa fortune nouvelle. Certains personnages sont totalement rongés par l’argent, comme c’est le cas de Mrs Mackenzie, la belle-sœur de Margaret, dont les relations ne sont dictées que par la recherche du profit. L’argent est la vermine de la société britannique. Trollope met l’accent sur ce thème par l’opposition qu’il instaure entre le portrait corrompu qu’il dresse de l’Angleterre et le personnage de Margaret qui se sépare sans peine réelle de son argent si cela peut faire plaisir à ses proches.

Le romancier dépeint également le milieu du clergé comme un monde dominé par les femmes tyranniques des pasteurs, les relations mondaines et des hommes vicieux et malhonnêtes, tels que Mr Maguire. Trollope est profondément critique envers la société de Littlebath. La religion perd le sens de sa foi dans Miss Mackenzie. Dieu disparaît au profit d’une hypocrisie religieuse, d’une obéissance à un conformisme mesquin.

Avec la figure de Margaret, Trollope se plonge dans une veine psychologique, explorant tout en finesse l’âme de son personnage qui évolue au fil du récit. L’auteur décrit tour à tour sa naïveté, son manque de confiance, sa dévotion, son conformisme mais aussi sa générosité, sa force de caractère, sa constance et son sens de la justice. Miss Mackenzie est le récit de la construction d’une individualité, d’une personnalité.

Grâce à son héroïne, l’auteur fait un constat de la place de la femme dans la société victorienne. La gent féminine est soumise à de nombreuses conventions, dont Margaret fait régulièrement les frais. Les règles à suivre touchent aussi bien les comportements en société, les relations avec les hommes que les domaines de l’argent et du travail. En tant que femme autonome, Margaret a d’autant moins de libertés que les femmes mariées, protégées des commérages par la présence auratique de leur mari. Trollope dénonce ces brimades et combat de ce fait pour la cause des femmes. Mais cet engagement reste à nuancer si l’on considère le choix narratif du mariage qui clôt le récit. Mariage qui signe l’accomplissement de l’héroïne par la perte de son indépendance.



Miss Mackenzie, une fable

À l’époque à laquelle Anthony Trollope rédige Miss Mackenzie, les romans victoriens s’adressent à la bourgeoisie et agissent sur leur public à la façon de la télévision aujourd’hui. Le roman est un médium d’information sur les questions sociales, politiques et, principalement, morales. L’auteur n’échappe pas à la règle. Dans son roman de 1865, il s’érige en moraliste. Peu présent dans le récit des aventures de Margaret, il se fait parfois sentir par des adresses directes au lecteur, des clins d’œil amusés, des analyses psychologiques et des jugements de moraliste. Il intervient pour rappeler au lecteur les données qui doivent entrer en compte dans son analyse des situations. Ces entremises sont un fil d’Ariane et permettent à chaque lecteur d’arriver, sain et sauf, à la conclusion morale voulue.

Dès la première page de l’ouvrage, Trollope interpelle « [son] lecteur ». Il insiste sur le bon caractère de son héroïne et nous invite à ne pas la juger durement mais plutôt à réfléchir sur ses conditions de vie : « Une vie pareille lui serait impossible. Réfléchissez-y mes lecteurs, et voyez si cela vous serait possible. » Il est par contre bien plus critique envers les autres personnages, notamment Lady Ball ou encore John Ball à propos de qui il écrit : « Il faut avouer qu’il était lâche, mais la plupart des hommes ne sont-ils pas lâches en pareil cas ? » Il faut aussi noter que Trollope, dans Miss Mackenzie, relationne avec ses lecteurs, mais plus particulièrement « [ses] lectrices » dont il espère que si « elles sont du même avis que [lui] », elles « comprendront que la charité couvre beaucoup de péchés. » L’auteur a écrit son texte dans le but d’éduquer les femmes, grandes lectrices de romans. Margaret est le modèle à suivre, celle qui a su éviter les pièges que lui tendait la société.


Dans le roman, Margaret est sans cesse confrontée à des choix. Dans un premier temps, elle doit statuer sur son lieu d’habitation : Londres ou la campagne — opposition qui, par ailleurs, structure toute l’œuvre de Trollope avec d’une part les Barchester Novels et d’autre part les Palister Novels. Dans un second temps, l’héroïne doit faire le choix du milieu social qu’elle va intégrer par le mariage : la noblesse, le clergé ou les commerçants. Au sein d’un même milieu, elle est, une fois de plus, amenée à adopter une position déterminée : quel cercle mondain va-t-elle choisir à Littlebath ? Les toddistes ou la famille Stumfold ? Celui des gens qui vont à la salle des fêtes ou celui de ceux qui vont à l’église ? Margaret est également confrontée à la perte de sa fortune et doit envisager de laisser son héritage aux mains des Ball ou de se battre pour en garder une partie. Or, Miss Mackenzie refuse obstinément de choisir. Elle refuse de se conformer à des modèles qui lui sont imposés car elle prétend faire l’expérience de la vie. Là se trouve le paradoxe qui fait de Miss Mackenzie un roman d’apprentissage : le récit s’ouvre par ce qui semble être une fin de vie alors que ce n’en est que le début. Margaret, 35 ans, a été vaguement courtisée dans sa jeunesse, son moment romanesque est passé. Pourtant loin de se résigner, l’héroïne a « décidé de ne pas se satisfaire d’une vie sans vie » et elle revendique le droit à sa part de romanesque. Le roman pose la question de savoir comment accéder à cela dans le monde tel qu’il est, et surtout sans commettre d’impair.


Trollope use de la mise en abyme à plusieurs occasions pour accentuer le caractère moral de l’œuvre. Margaret est comparée à des héroïnes modèles de la littérature. D’abord, l’auteur lui attribue le petit nom de Mariana — personnage extrait de Mesure pour mesure (1623) de William Shakespeare qui vit retiré dans une grange après avoir annulé son mariage suite à la perte de sa dot. Mariana représente Margaret car elle est emblématique des problématiques de justice, de vérité et d’humilité. Ensuite, Trollope octroie à Miss Mackenzie le sobriquet de Grisélidis. Ce surnom survient dans un premier temps sous la plume métaphorique de l’auteur lorsqu’il interpelle ses lecteurs, puis le petit nom passe dans le récit même, Margaret se fait appeler ainsi par ses connaissances. Cette référence à une œuvre de Charles Perrault était le premier titre de l’œuvre, induisant ainsi que le récit présenté était un conte et comportait par cela une morale. Dans La Marquise de Salusses ou la Patience de Grisélidis (1691), Perrault raconte l’histoire d’un prince ayant épousé une bergère. En proie à la mélancolie et au doute, il fait subir de nombreuses épreuves à son épouse pour tester sa fidélité, maux devant lesquels jamais elle ne faillit. Grisélidis, au même titre que Margaret, est un modèle de vertu, de patience et de fidélité.

Trollope, au delà du conte, a recours au modèle des Fables de La Fontaine. Le pamphlet contre John que Mr Maguire publie dans L’Observateur Chrétien s’intitule « Le Lion et la Brebis ». Margaret et son cousin seront connus de tous par ses surnoms et l’histoire du Lion et de la Brebis ne prend fin que par l’annonce de leur mariage. Trollope, fabuliste, termine son récit par :

« Mais tous ces honneurs et, mieux encore, tout ce bonheur qu’elle reçut, la nouvelle Lady Ball les accepta avec reconnaissance, avec calme et avec une satisfaction durable, comme il convient à une telle femme. »

La Brebis a triomphé du Lion par la patience, la constance et la modestie. L’animal sur lequel personne n’aurait osé miser, l’anti héroïne, a su surmonter les épreuves avec brio.

Anthony Trollope veut, avec Miss Mackenzie,

« prouver qu’un roman peut être conçu sans amour… Pour assurer [son] dessein, [il a] pris une héroïne vieille fille très peu attirante, submergée par les problèmes d’argent. Et pourtant, elle est tombée amoureuse avant la fin du livre, et a fait un mariage romantique ».

La vraie morale du roman est peut-être que personne n’est finalement exempt d’amour. Mais pour l’atteindre, l’auteur ne cesse de nous le répéter, à nous lectrices : il nous faudra patience et vertu.



Miss Mackenzie : une héroïne indépendante, plusieurs prétendants, la campagne britannique, un humour rafraîchissant, le tout réuni pour un très bon roman victorien. Du Jane Austen sur fond de réalité sociale.


Joanna Thibout-Calais, 2e année Éd.-Lib.


Sources


Louis BONNEROT, « Époque victorienne », Encyclopædia Universalis, 2006.
Louis BONNEROT, « Anthony Trollope », Encyclopædia Universalis, 2006.
Jacques ROUBAUD, préface « L’Art invisible d’Anthony Trollope » dans l’édition du Livre de Poche de Miss Mackenzie
Anthony TROLLOPE, Autobiographie, Aubier Montaigne, collection « Domaine anglais », Paris, août 1989, 300 p.
 www.anthonytrollope.com


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