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17 juin 2010 4 17 /06 /juin /2010 07:00

Saint-Exupery-Lettre-a-un-otage.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Antoine de SAINT-EXUPÉRY
Lettre à un otage
, 1943
Editions Gallimard
, 1945






 

 

 

 

 

 

Voyager, au fond, c’est peut-être fuir.


Lyon, 1900 : Antoine de Saint-Exupéry naît, il est le troisième enfant d’une fratrie de six. Il grandit et fait ses études en France.

1921 : début de son service militaire. Passage de son brevet de pilote ; il devient alors pilote à la Compagnie aérienne française.

Il est embauché chez Latécoère et fait ses premiers longs courriers, parcourant le Maroc et d’autres pays. La découverte de ce paysage désertique l’intrigue, le fait réfléchir à la solitude, au silence, au contact.

1928 : Naissance de son premier roman, Courrier Sud.

Pendant toutes ces années, Saint-Exupéry ne cesse de voyager, de s’envoler, d’écrire car pour lui « voler ou écrire, c’est tout un. »

Il reçoit plusieurs prix :
    1931 : Prix Femina,
    1939 : Grand prix de l’Académie française.

1943 : Parution du livre le plus connu écrit par Saint-Ex, Le Petit Prince et d’un autre, Lettre à un otage.

1944 : Mort de ce voyageur écrivain, humaniste et engagé qu’était Saint-Ex.



Lettre à un otage, à l’origine,  est la préface de Trente-Trois jours de Léon Werth.
 
1943 : elle est publiée indépendamment.

Léon Werth : ami de Saint-Ex, il est avant tout un juif vivant sous l’occupation nazie. Cet homme aurait participé à la formation intellectuelle de Saint-Ex en le poussant à réfléchir, à philosopher.

Destinataire du livre : l’auteur du Petit Prince s’adresse à Léon Werth, il le tutoie, le nomme ‘otage’. Otage de la guerre.


Il n’est pas seul et c’est à travers cet otage si proche et si concret que Saint-Ex s’adresse à tous ces otages, ces compatriotes restés en France.


Il est parti aux Etats-Unis avec Trente-Trois jours et c’est en étant de l’autre côté de l’Atlantique qu’il pense à ceux qui étaient là, en France.

Lettre à un otage : Découpage en six parties courtes montrant chacune une étape, un souvenir, un lieu qu’il a connu.


Saint-exupery-avion.jpgProche de la biographie voire de l’autobiographie s’appuyant sur des moments réels de sa vie. Il y évoque la tristesse, l’ombre de la guerre, l’ombre de la nuit, les armes, ses angoisses, ses remords, l’essentiel…

Lui : il n’est pas fier de quitter son pays maternel pendant que d’autres connaissent l’occupation, la violence. Mais n’est-elle pas partout ?
Saint-Ex la ressent aussi, même s’il est loin.


Portugal : Partie 1. Une nation confiante, croyant en son bonheur et en sa beauté mais cette beauté, ne serait-elle pas plus morne, morte que celle des villes d’Europe noires et alourdies ?


Une vanité vaine… Aucun aboutissement sinon l’attente et l’irréel.

Questions : Il en a beaucoup. Il cherche des repères, il cherche l’autre, il cherche le sourire.

Etre voyageur ou être émigrant ? Fuir un malheur ?


Il se sent visé lorsqu’il voit les paquebots partir. Des paquebots pleins. Des paquebots remplis d’émigrants.


Des émigrants recherchant des semblables, recherchant une identité humaine comme s’ils étaient partis à la guerre, comme s’ils voulaient retrouver un visage familier, une reconnaissance.


« Vous savez, je suis celui-là, disaient-ils…je suis de telle ville…l’ami d’un tel… connaissez-vous un tel ? »

Ces bateaux sur lesquels grouillent des passagers rappellent à Saint-Ex le désert. Le désert du Sahara composé de plusieurs silences. « Un silence même n’y ressemble pas l’autre silence ».


Silence des amis perdus, morts. Silence étourdissant. L’autre n’est plus, pourtant il est si essentiel.

Léon Werth : Il est l’un de ces amis. Il est juif, il a 50 ans, il est malade et vit sous cette « terreur allemande ». Survivra-t-il ?


Toutes ces absences le hantent. Saint-Ex y survivra-t-il ?

Cette lettre est une grande lessive de sentiments, une étendue de nécessités : sourires, amis.

Espagne : Pendant son séjour sous la guerre civile, il remarque que le sourire est un signe précieux, un signe humain. Il se fait arrêter par des miliciens anarchistes. Durant sa ‘garde’ il ressent un certain ennui et une fatigue chez ces miliciens. Aucun ne lui adresse un regard, une parole, un sourire. Saint-Ex est frustré, il ne sait pas s’il y a hostilité ou non, s’ils vont le tuer…


Il demande une cigarette à l’un des hommes qui l’entoure. « Ce fut comme le lever du jour ». Il ressent alors une présence, un contact.


Ces miliciens le respectent, ce respect mis en péril par la guerre.


L’amitié : Dernière partie, il s’adresse à son ami, à Léon Werth.


Les amis doivent accepter les erreurs que nous faisons, même si cette erreur a été celle d’abandonner et de partir, loin.


En amitié, nous n’avons pas besoin de nous déguiser, de respecter de règles mais il est nécessaire de respecter son ami.


Il ne faut pas le juger, le forcer à se justifier de quoi que ce soit.

Saint-Exupéry a voulu, dans cette lettre, rendre hommage à son ami, montrer le respect qu’il avait pour lui et pour tous les otages de la guerre, de la nation.


Le sourire, comme dirait l’Abbé Pierre « coûte moins cher que l’électricité, mais donne autant de lumière ». Cette lumière n’a cessé de tourmenter Antoine de Saint-Exupéry car rien de cela n’était irréel.



Fragments :

« Il est un silence de la paix quand les tribus sont conciliées, quand le soir ramène sa fraîcheur et qu’il semble que l’on fasse halte, voiles repliées, dans un port tranquille. Il est un silence de midi quand le soleil suspend les pensées et les mouvements. Il est un faux silence, quand le vent du nord a fléchi et que l’apparition d’insectes, arrachés comme du pollen aux oasis de l’intérieur, annonce la tempête d’est porteuse de sable. Il est un silence de complot, quand on connaît, d’une tribu lointaine, qu’elle fermente. Il est un silence du mystère, quand se nouent entre les Arabes leurs indéchiffrables conciliabules. Il est un silence tendu quand le messager tarde à revenir. Un silence aigu quand, la nuit, on retient son souffle pour entendre. Un silence mélancolique, si l’on se souvient de qui l’on aime. »

« L’essentiel, le plus souvent, n’a point de poids. L’essentiel ici, en apparence, n’a été qu’un sourire. Un sourire est souvent l’essentiel. On est payé par un sourire. On est récompensé par un sourire. On est animé par un sourire. Et la qualité d’un sourire peut faire que l’on meure. »

« Je suis si las des polémiques, des exclusives, des fanatismes ! je puis entrer chez toi sans m’habiller d’un uniforme, sans me soumettre à la récitation d’un Coran, sans renoncer à quoi que ce soit de ma partie intérieure. Auprès de toi je n’ai pas à me disculper, je n’ai pas à plaider, je n’ai pas à prouver ; je trouve la paix […]. »


Adèle POISAY, 1ère Année Bib-Med-Pat.

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