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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 07:00

Tchekhov-Nauzyciel-La-Mouette-Tnba.gif

TnBA

Mise en scène et adaptation

Arthur Nauzyciel

texte traduit du russe
par André Markowicz et Françoise Morvan
Actes Sud, 1996

 

 

Hier, je suis allé voir la mouette. J'en ai rencontré plusieurs. Derrière des masques, volatiles de cauchemar, les comédiens envahissent la scène en piaillant, désincarnés, avec des yeux d'oiseaux morts. Le premier acte commence et chacun se présente. D'énormes plaques de métal rouillé déchirent la scène en plusieurs espaces : espace de rencontre, espace d'expression, espace de mise en abyme (quand une pièce de théâtre est jouée dans la pièce de théâtre).

L'histoire, c'est celle de Konstantin, de Nina, d'Irina et de Trigorin. Ce sont des personnages qui s'aiment, ou qui voudraient s'aimer, eux-mêmes d'abord, puis les autres, si c'est possible. Konstantin veut devenir dramaturge, mais il est écrasé par le succès déclinant de sa mère, comédienne, et de l'amant de celle-ci, l'auteur poète Trigorin. Irina, la mère de Konstantin, se noie dans l'admiration qu'elle a pour elle-même. Trigorin, bien que conscient que sa popularité lui vient de son manque d'originalité, n'est tourné que vers son oeuvre et ses échecs. Et il reste Nina. Konstantin a écrit une pièce pour elle, car il est amoureux. Elle, ne croit pas en lui, mais voulant faire carrière, elle se rapproche de Trigorin pour tenter de réussir.

Dans l'écriture du texte, on devine une volonté de comédie, on sent que Tchékhov voudrait rire de ces artistes en peine d'existence, qu'il voudrait rire de lui-même. Pourtant, le drame s'installe, les amours se défont ou s'évitent. La mouette, c'est Konstantin qui l'a tuée, en ratant sa propre tête qu'il aurait voulu expédier d'une balle. La mouette, c'est elle qui est à l'origine de la passion de Trigorin pour Nina. Il écrit cette histoire : une fille qui aime un lac, et que l'on fait périr, simplement pour passer le temps. Nina est cette mouette, qui ne connaîtra que l'échec, et que Konstantin aurait tuée parce qu'il s'ennuyait de lui-même.

Le metteur en scène (Arthur Nauzyciel) nous propose une vision particulière de la pièce. Le texte comportant beaucoup de didascalies, il s'est permis de les transformer, de les actualiser parfois, et plus souvent, de mettre de l'humour là où le drame devenait trop intense. Il en ressort des personnages que l'on peut reconnaitre, malgré leurs noms russes à rallonge, à leur humanité. Les folies représentées sont celles d'aujourd'hui : les aliénations d'une société qui va trop vite, qui s'offre des reconnaissances trop éphémères. Ils nous plaisent, malgré les cris du théâtre et les drames impossibles. Arthur Nauzyciel est aussi musicien, et n'hésite pas à monter sur scène entre chaque acte, à accompagner les danses des ornitho-comédiens de guitare et de chant aériens.

J'ai vu les mouettes, je les ai vues mourir, je les ai vues souffrir. J'ai vu les mouettes dans leurs vols aléatoires, parfois grisées de vitesse, parfois ennuyées par le temps qui passe et se ressemble. Un artiste est comme une mouette : il aime un lac, il est heureux et libre, mais un homme arrive et la détruit, juste par hasard. Comme une mouette.


Léo, AS édlib 2012-2013

 

 

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Published by Léo - dans théâtre
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Elouarn 08/10/2012 20:39

J'avais peur d'une prise de tête de 3h... Finalement, et la mise en scène y est pour beaucoup, j'ai trouvé ça extraordinaire... le bal des oiseaux, les coups de gueules, les coups de coeur...
Me manquaient quand même des clés (en particulier à propos des gestes issus de la culture juive). Et puis pourquoi il est bossu au début, et plus ensuite ?
Ca respire pas la joie malgré tout (je n'ai vu personne ni heureux ni libre)

C'est drôle parce que j'ai discuté ensuite avec des gens qui avaient lu la pièce juste avant... Et je me suis demandé (vu leurs remarques sur les écarts entre le texte et la pièce) s'ils n'étaient
pas prisonnier de leur lecture... La mieux, je crois, avant d'aller voir une pièce, c'est de l'avoir lu il y a longtemps (d'en avoir qq clés, mais d'avoir un peu tout oublié)

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