Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 07:00

Tchekhov-la-mouette.gif


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Anton Tchekhov
La mouette, 1895-1896
 Чайка

traduction
d’Arthur Adamov
Flammarion
Coll. Étonnants classiques, 2006

 

 

 

 

 

 

 

Anton Tchekhov est né en 1860 à Taganrog en Russie et mort en 1904 à Badenweiler en Allemagne. Il est d'abord médecin mais publie des contes humoristiques en 1886, Récits bariolés. Ce sont ses amis Dimitri Grigorovitch (écrivain réaliste) et Alexis Souverine (directeur du journal Le temps nouveau) qui réussissent à le convaincre de se consacrer à l'écriture. Il devient donc romancier et dramaturge. Il publie en 1887 Ivanov. C'est en 1896 que sa pièce La mouette est jouée pour la première fois au théâtre Alexandrinski à Saint-Pétersbourg. Elle est tout d'abord très mal accueillie par le public et les critiques, sans doute à cause de sa modernité. La mouette est une pièce réaliste et symboliste, c'est une toute nouvelle conception du théâtre que nous offre Tchekhov.

Pour ce qui est du contexte historique, en 1891 vient d’être signé un accord France-Russie. Si un pays attaque l’un des deux, alors l’autre doit riposter pour le protéger. De plus, nous sommes en plein dans les grèves ouvrières et juste avant les grandes guerres. Il y a donc de très grands changements sociaux.



Dans cette pièce il n'y a pas de héros particuliers ni d'actions très excitantes, nous pouvons juste y voir évoluer des personnages aux destins plutôt cruels. Mélange de comique et de tragique, La Mouette nous fait assister aux amours impossibles, aux doutes, aux complications artistiques et nous découvrons un monde où l'art est au centre des vies.

Tchekhov rend compte des débats littéraires du remps à travers deux personnages, Trigorine, écrivain réaliste célèbre, et Trépliev, jeune écrivain symboliste. Ils ne s'entendent pas, ne se supportent pas ; il y a donc une forte opposition entre le réalisme et le symbolisme. Trigorine est très terre-à-terre ; pour lui, l'art doit absolument copier le réel. Par exemple, il fait empailler la mouette, il essaye donc de lui restituer la vie, de la faire revenir au monde réel. A l'opposé, Trépliev préfère rêver. Il déteste le réalisme et la science qui, pour lui, détruisent le rêve, l'imagination :

«  [...] pour moi, le théâtre d'aujourd'hui n'est que routine et préjugés. Quand le rideau se lève et que sous une lumière crépusculaire, dans une chambre à trois murs, ces grands talents, ces prêtres de l'art sacré font voir comment les gens mangent, boivent, aiment, marchent, portent leur complet-veston; quand avec leurs images et leurs phrases triviales ils essaient de prêcher une morale, une petite morale bien facile à comprendre, utile à la vie domestique ; quand à travers mille variations, on m'apporte la même chose, encore la même chose, toujours la même chose, alors je fuis, je fuis comme Maupassant fuyait la tour Eiffel, qui lui écrasait la cervelle de sa vulgarité. »

La mouette est une œuvre très symboliste. Déjà, par son titre. « La mouette » est le surnom donné à Nina (dont Trépliev est amoureux mais qui tombe amoureuse de Trigorine). Tout d'abord parce qu’elle est comparée à un oiseau innocent, puis parce qu'elle vole d'amour en amour et change sans arrêt d'avis comme de cap. Enfin, une mouette est tuée et nous voyons Nina mourir psychologiquement tout au long de la pièce. De plus, le mot « mouette », en russe, a la même racine que le verbe « espérer ». Les personnages espèrent donc une vie meilleure, que leurs vœux soient exaucés, ils aspirent à un meilleur quotidien.

 

 

 

La mouette est aussi une œuvre très moderne. On y découvre une toute nouvelle esthétique :

– tous les personnages ont un rôle égal. Il n'y a pas de personnage principal ni de personnages secondaires ;

– il y a un grand jeu sur les contrastes. La pièce est annoncée comme une « comédie en quatre actes » or elle se termine par un drame. Les répliques sont tantôt tristes, tantôt comiques. On a un mélange constant des deux registres.

–- les décors sont très importants : lac, petit théâtre... Tchekhov prend bien soin de décrir le décor dans chaque détail au début des quatre actes.

Il y a quatre personnages féminins seulement, un seul est heureux. Tchekhov représente donc très bien les conditions de vie de la majorité des femmes à cette époque. Nina, Pauline et Macha sont toutes les trois malheureuses. Elles sont mariées à des hommes qu'elles n'aiment pas et/ou vivent des amours impossibles. La seule à égayer ce paysage sinistre est Arkadina. C'est une actrice et une amante épanouie qui assume totalement de ne pas être une mère parfaite et qui se moque de l'opinion des autres. Elle crée un très grand contraste avec les autres femmes de la pièce car elle a une grande estime d'elle-même au contraire des trois autres qui s'apitoient constamment sur leur sort.

La pièce parle aussi beaucoup des artistes. L'angoisse de la feuille blanche pour l'écrivain, l'angoisse de l'avis du public... Elle dépeint des artistes malheureux, torturés, indécis...



Représentation de la pièce au TNBA, mise en scène par Arthur Nauzyciel, le 5 octobre 2012 à 19h30


avec : Marie-Sophie Ferdane, Xavier Gallais, Vincent Garanger, Benoit Giros, Adèle Haenel, Mounir Margoum, Laurent Poitrenaux, Dominique Reymond, Emmanuel Salinger, Catherine Vuillez.


durée : 3h45 (entracte compris)


Pièce créée au festival d'Avignon 2012


Tchekhov-Nauzyciel-La-Mouette.jpg
Tout d’abord, la première chose qui m’a marquée lorsque nous sommes entrés dans la salle était ce décor immense : du sable noir et d’immenses panneaux posés sur le sol, comme un bateau échoué divisant la scène en trois lieux d’action. Le plus gros panneau comme décor principal, là où la plupart des scènes se passent, un petite scène à droite représentant le théâtre de Trépliev et une petite estrade à l’avant-scène où se jouaient la plupart des apartés, des monologues ou des scènes intimes entre les personnages. De plus, le temps que nous prenions place, défilait sur ce panneau principal un film en noir et blanc représentant des gens prenant le train : Arrivée d’un train en gare de la Ciotat, Louis Lumière, été 1897. Le ton est tout de suite donné : ce sera une pièce contemporaine placée sous le signe de la modernité.

Les costumes étaient étonnants. Tout d’abord, les personnages portaient de temps en temps des masques de mouette. Ils étaient tous vêtus de noir : costume pour les hommes et robe pour les femmes sauf pour Polina. Nina était la seule à avoir une robe se démarquant des autres avec des volants et des paillettes (mais à la fin lorsqu’elle revient voir Trépliev pour lui raconter sa misérable vie, elle porte une large veste de costume marron). De plus, leurs jambes étaient enduites de goudron. Cela pourrait symboliser l’enfermement des personnages dans leur triste vie, leur destin tragique, comme une mouette échouée sur la place engluée dans le pétrole.

Les acteurs étaient excellents. Ils avaient un jeu formidable malgré les longueurs et les mimiques qui leur étaient sûrement imposés. Ils ont su s’approprier les personnages et faire passer de fortes émotions. Mais, chose étonnante, ils avaient des micros. Cela peut se comprendre étant donné les dimensions de la salle mais cela gâche un peu le côté traditionnel du théâtre ; cependant Nauzyciel nous avait prévenus, cette pièce allait être très moderne…

Un point très positif pour moi, voir la pièce jouée m’a beaucoup aidée à la comprendre, mieux qu’en la lisant. En effet, les noms russes étant très compliqués (Irina Nikolaïevna Arkadina, Konstantin Gravilovitch Trépliev…) il m’arrivait souvent de revenir à la page de présentation des personnages pour savoir qui parlait, et donc, je me perdais dans l’action. Or, en la voyant jouée, j’ai pu mettre des visages sur les noms et me repérer plus facilement.

De plus, il y avait un musicien qui venait jouer de temps en temps sur scène, en aparté. Il jouait de la guitare et chantait. J’avais aussi parfois l’impression que la musique qu’on entendait (piano) venait de derrière la scène. C’était très beau, très présent et cela permettait d’instaurer une ambiance particulière, mais aussi de faire des pauses dans l’action.

Malheureusement, j’ai trouvé la pièce extrêmement longue. À partir de l’entracte il m’était très dur de me concentrer, cela devenait lourd, lent et énervant. Les acteurs étaient toujours plus longs dans leurs répliques, leurs déplacements… J’ai trouvé que cela gâchait un peu le spectacle. Cela donnait une atmosphère lugubre, déprimante, alors que Tchekhov, selon moi, même si sa pièce n’est pas très gaie non plus, délivre quand même à travers ses personnages un message d’espérance.

Tchekhov-Nauzyciel-La-Mouette-2.jpg

Conclusion

Pour moi c'est une pièce très simple mais émouvante. Il y a possibilité de s'identifier à chaque personnages parce qu'ils portent une part de nous tous en eux. Leur simplicité et leurs petits problèmes de la vie quotidienne les rendent accessibles. Mais malgré leur simplicité ils ont une grand épaisseur psychologique, ils sont captivants.

De plus, Tchekhov utilise un langage accessible à tout le monde mais très beau.

Enfin, la symbolique est très importante dans cette pièce et laisse place à toute interprétation ! Il est possible de trouver des avis totalement différents sur le sens de la pièce et c'est ce qui la rend intéressante pour moi.


Mon passage préféré :

« Il faut peindre la vie non pas telle qu'elle est, ni telle qu'elle doit être, mais telle qu'on se la représente en rêve » Trépliev


Célie, 1ère année bibliothèques 2012-2013

 

 

Lire aussi la critique de Léo sur la représentation au TnBA.

 


Partager cet article

Repost 0
Published by Célie - dans théâtre
commenter cet article

commentaires

Maude 13/10/2012 23:12

Je lis ton article avec attention car pour ma part, la pièce s'est vraiment révélée après l'entracte!

Recherche

Archives