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14 mars 2013 4 14 /03 /mars /2013 07:00

Artaud-Heliogabale.gif





 

 

 

 

 

 

Antonin ARTAUD
Héliogabale ou l’anarchiste couronné
Denoël, Steele 1934
Gallimard, L’imaginaire, 1977




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Antonin Artaud est né à Marseille en 1896 dans une famille bourgeoise. Il contracte en bas âge une méningite qui va provoquer le début de troubles nerveux et de maux de tête récurrents qui le suivront tout au long de sa vie, marquant sa relation avec les autres et sa création artistique. Il développera également un goût pour l’opium dans les années 1920 qui le conduira à de nombreuses tentatives de désintoxication. A la fois poète, écrivain, acteur, essayiste, dessinateur et théoricien du théâtre, il fondera en 1927 le Théâtre Alfred-Jarry avec Roger Vitrac et Robert Aron : un théâtre qualifié d’acte dangereux, dont comédiens et spectateurs ne doivent pas revenir intacts. Artaud amène à repenser intégralement la conception de la dramaturgie dans la première moitié du XXe siècle en faisant apparaître son « théâtre de la cruauté ». Pour lui il ne peut y avoir de vie qui s’exprime sans cette cruauté. Par cruauté il ne faut pas imaginer des souffrances infligées, mais il faut plutôt remonter à l’étymologie du mot « cruauté » qui vient du latin cruor et qui désigne le sang qui coule dans nos veines. C’est-à-dire que chaque instant vécu doit l’être pleinement dans chaque partie de notre corps. Il faut donc voir le théâtre de la cruauté comme une représentation de la vie elle-même. Artaud met en avant la souffrance d’exister, le besoin pour un acteur de transcender son rôle sur scène.

Il écrit Héliogabale ou l’anarchiste couronné en 1934.



Qui est Héliogabale ?

L’empereur romain Héliogabale qui vécut au IIIe siècle au sein de la Rome décadente, est en fait une figure oubliée de l’Histoire. L’œuvre d’Antonin Artaud va retracer le contexte historique de l’époque et plus précisément la montée au pouvoir et le rapide déclin de cet empereur couronné à l’âge de 14 ans.

Il va apporter une nouvelle vision, autre que celle qui est disponible dans les ouvrages spécialisés et destinés à un public averti. Son travail, même s’il est l’un des plus aboutis et des plus documentés qu’il ait réalisés, ne ressemble en rien à un travail d’historien puisqu’il ne peut s’empêcher de s’impliquer tout au long de l’œuvre, d’y laisser une part de lui-même.



L'œuvre

Elle est divisée en trois parties, toutes très différentes les unes des autres. En effet la première, « Le berceau de sperme », s’ouvre sur Héliogabale, ses origines, et toute l’atmosphère dans laquelle il a grandi. Artaud pose les bases de son livre et exécute un véritable travail historique en nous replaçant dans le contexte contemporain. Ce qui le différencie des historiens c’est le choix des anecdotes présentées et bien évidemment son écriture. Il choisit de mettre en valeur les noms propres des villes, des personnages, des déesses, et ce travail généalogique, historique, précis, devient alors poétique grâce à ces mots inconnus dont on ne maîtrise pour la plupart pas le sens. Artaud nous berce dans une atmosphère qui n’est plus la nôtre, dont nous ne saisissons pas grand-chose, si ce n’est l’essence pure de son écriture. Il faut, dans cette œuvre, accepter de ne pas tout comprendre.

Dans « La guerre des principes », la seconde partie de son œuvre, Artaud oublie complètement tous ces détails géographiques, historiques et se concentre beaucoup plus sur la religion, la spiritualité qui était propre à Héliogabale. Il parle notamment de la « religion du soleil », mais fait également des parallèles entre celle-là et la sienne, la nôtre, celle du XXe siècle. Il analyse, se questionne à voix haute et entre dans un débat philosophique et sociologique. En effet, une majeure partie de ce second chapitre est consacré à la philosophie et aux « principes » que va tenter de définir Artaud. Même si ce chapitre prend des allures d’essai, on retrouve quand même cette écriture poétique, le fait de jongler avec les mots, sans forcément donner ou rechercher un sens absolu.

C’est dans le dernier chapitre « L’anarchie », qu’Artaud se rapproche le plus de la forme du récit puisqu’il en vient à raconter la montée au pouvoir d’Héliogabale via les femmes de sa famille, sa politique exubérante et enfin sa mort, tout aussi haute en couleur. La description physique et surtout physique d’Héliogabale est faite : il est présenté comme un dieu, puisqu’il se nomme lui-même ainsi. Il est également décrit comme un « personnage pédéraste qui se veut femme en étant un prêtre du masculin ». La tension entre le féminin et le masculin sera en effet très présente tout au long de cette œuvre. Dans ce dernier chapitre plusieurs thèmes sont récurrents comme la violence, la provocation, la poésie et le théâtre, le sexe, la religion et sont tous représentés dans la manifestation de l’anarchie d’Héliogabale : « il s’habille en prostitué et se vend pour quarante sous à la porte des églises chrétiennes, des temples des dieux romains ». Autre exemple : il nomme un danseur à la tête de sa garde personnelle, choisit des ministres en fonction de l’énormité de leur membre, etc. Selon Artaud il s’agirait d’un moyen, pour Héliogabale, d’exprimer son mépris profond pour le monde romain de cette époque. Ce dernier est continuellement dans la théâtralité, tout comme Artaud, et l’on comprend alors la fascination qu’il a pour l’empereur ; ils vivent tous les deux dans la violence, la poésie, ce sont tous deux des personnages à vif.



Mon avis

Héliogabale ou l’anarchiste couronné est un livre multiple dans lequel il est possible de trouver de véritables éléments biographiques et historiques sur le personnage éponyme, mais c’est également un travail littéraire impressionnant par la diversité de l’écriture et surtout par la poésie qui s’en dégage.


 Laure, 2e année édition/librairie.

 

 

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