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17 janvier 2010 7 17 /01 /janvier /2010 07:00
Arno Bertina Anima Motrix











Arno BERTINA
Anima Motrix

Verticales, 2006
















En publiant Anima Motrix d’Arno Bertina, les éditions Verticales remplissent toutes les conditions de leur ligne éditoriale : un roman qui bouscule les normes, refusant les codes conventionnels avec une écriture contemporaine. Dès les premières pages, le style de l’auteur attire l’attention, allant de l’oubli volontaire de la ponctuation jusqu’à des phrases coupées en leur milieu. Un procédé qui aurait pour but de créer l’essoufflement chez le lecteur. Dans une interview du Matricule des Anges, Arno Bertina explique ainsi son rapport à la syntaxe :

« Pourquoi je ne mets pas de points ? Le point comme la virgule, on doit les marquer en termes de respiration : ils ne sont pas seulement une indication syntaxique. Si je mets un point : il faut s’arrêter. Si je n’en mets pas, mais si je mets une majuscule, c’est pour indiquer qu’il y a bien un changement de phrase, mais qu’il ne faut pas s’arrêter. […] Si l’on s’arrête avant la majuscule alors qu’il n’y a pas de points, on rate le rythme angoissé, le héros étant dans un cauchemar… »

A propos du rythme des phrases il a également une idée précise de ce qu’il veut provoquer :

« Je vais peut-être surprendre le lecteur en interrompant la phrase mais j’ai toujours la sensation que ce moment où on est désarçonné est toujours fantastique. […] Au lieu d’être face à une surface plane qui serait le présent ou le passé, je crée de l’accident en faisant varier les temps de conjugaison ».

On l’aura compris, Arno Bertina aime jouer avec la phrase pour créer une beauté particulière. Pas toujours visible à la première lecture, cette beauté nécessite qu’on prenne le temps de relire certains passages. La relecture d’Anima Motrix peut en effet amener à de nouvelles surprises car, en plus d’une syntaxe étonnante, Arno Bertina a créé un univers dense, complexe, rempli de personnages tous différents. Au centre de cet univers, un ministre macédonien en fuite, poursuivi par ses propres démons. Sur sa route il va croiser un Chinois, une prostituée, des réfugiés, des sans-abri, une duchesse…, autant de rencontres qui vont l’accompagner dans sa perte de repères, le conforter dans sa folie. Au fil du voyage il va se dépouiller de tout, matériellement puis affectivement jusqu’à devenir un autre, jusqu’à s’observer de l’extérieur.

Parfois reprochée à l’auteur, la densité de ses romans est pourtant sa marque de fabrique, ce qui fait la force de ses romans. De son point de vue, un seul personnage ne peut pas rendre compte d’une époque. Il est nécessaire qu’une multitude de voix s’expriment pour que la beauté apparaisse :

« Tous mes livres ont à voir avec la polyphonie, la multiplication des voix et la beauté que ça peut générer. Comme dans l’opéra où quand il y a un chœur c’est poignant parce que c’est le moment où toutes les contradictions se résolvent. »

Opéra, mythologie grecque, théâtre, auteurs du Nouveau Roman mais aussi faits divers, Arno Bertina pioche son inspiration à gauche et à droite sans distinctions et rassemble le tout en un seul roman. Par conséquent, si vous n’avez pas peur de perdre pied, laissez-vous emporter dans l’aventure rocambolesque d’Anima Motrix.



Pour en savoir un peu plus sur l’écriture de l’auteur je vous renvoie à cette interview :


http://www.dailymotion.com/video/x4crq8_arno-bertina_creation


Le Matricule des anges lui a également consacré la Une dans le n°78 paru en novembre-décembre 2006. Toutes les citations de l’auteur vues ci-dessus viennent de l’interview parue dans ce numéro.

Marion Philippeau, 2e année Édition-Librairie

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