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8 avril 2011 5 08 /04 /avril /2011 07:00

Art-Spiegelman-Maus.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Art SPIEGELMAN
Maus : un survivant raconte
traduit par Judith Ertel
éditions Flammarion, 1998.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pologne, milieu des années 1930, Vladeck rencontre Anja alors que l’Europe assiste à la montée du nazisme et des persécutions contre le peuple Juif.

États-Unis, fin des années 1970, Art Spiegelman dialogue avec son père, le questionne sur sa mère décédée quelques années plus tôt, sur leur rencontre et leur déportation à Auschwitz.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser au premier abord, Maus n’est pas « seulement » une bande dessinée sur la Shoah. S’éloignant des témoignages sur les atrocités commises envers les juifs, comme celui de Primo Levi par exemple, et ne cherchant pas à apporter de faits nouveaux liés à l’Holocauste, Maus s’oriente plutôt vers la biographie et l’autobiographie. À travers le récit d’une partie de la vie de son père Vladeck, Art Spiegelman se raconte lui-même, faisant part de ses questionnements et de ses doutes au lecteur.

Art-Spiegelman-Maus-planche-p-201.jpgParlons d’abord du graphisme. Maus est une bande dessinée en noir et blanc, au trait de crayon épais et dur créant un sentiment d’oppression, de terreur et une noirceur omniprésente. Le dessin devient « brouillon » avec des ombres beaucoup plus accentuées pendant les passages retraçant la vie dans les camps, et plus spécialement à Auschwitz.

La particularité principale de Maus est d’utiliser la zoomorphologie pour représenter les groupes nationaux et/ou religieux. Ainsi, les Juifs sont symbolisés par des souris (d’où le titre Maus, qui signifie souris en allemand), les Nazis par des chats, les Polonais par des cochons, les Britanniques par des poissons, les Américains par des chiens et enfin les Français par des grenouilles. Outre le fait de reprendre un procédé utilisé pour la propagande nazie, la représentation par des animaux entraîne de nombreuses connotations, dont la plus évidente est que les chats chassent les souris. De même, le zoomorphologisme dans Maus permet de figurer un groupe dans sa globalité, d’enlever toute trace d’individualité. On peut y voir une reproduction de la pensée nazie qui, par ses actions, entraînait la négation de l’individu au profit du groupe.
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La bande dessinée d’Art Spiegelman est composée de deux trames narratives : celle de la vie de Vladeck en Pologne puis à Auschwitz, et celle des entretiens réguliers qu’Art a eus avec son père pour recueillir son témoignage. Maus passe alternativement d’une trame à l’autre, mêlant le passé et le présent, imbriquant les souvenirs dans l’histoire actuelle.

Maus est d’abord une sorte d’hommage qu’Art rend à son père. Hommage toutefois teinté d’amertume. L’auteur ne cherche pas à améliorer l’image de son père au travers de cette BD ; au contraire, celui-ci se rapproche même du stéréotype du juif (propos tenus dans l’ouvrage par Art lui-même). Vladeck est dépeint comme un homme grincheux, sexiste, maniaque et extrêmement avare au point d’aller demander, dans un supermarché, le remboursement d’un paquet de céréales qu’il n’a pas terminé. De même, Art Spigelman montre la relation difficile qu’il a entretenue avec son père. Oscillant entre admiration et colère, l’auteur exprime la difficulté qu’il a eue à trouver sa place, voire une place auprès de son père, rescapé des camps. De multiples sentiments découlent de ce mal-être de l’auteur : celui d’infériorité ressenti face à Vladeck, l’impression de ne pas avoir de place légitime au sein de sa famille — due à la mort dans les camps d’un plus jeune frère qu’il n’a pas connu, Richieu — et enfin la culpabilité liée au suicide de sa mère qui est mise en images sur trois pages formant une incise dans le récit.

Maus aborde donc, avec une écriture simple et sobre, des thèmes intimement liés à la vie de son auteur : la relation avec son père, les remords face au suicide de sa mère, la difficulté d’écrire Maus … Regroupant des éléments de biographie paternelle et d’autobiographie collective, Art Spiegelman parle de « la génération d’après », celle qui succède aux survivants, celle qui vit avec le poids du passé mais doit quand même croire en l’avenir.



Publiée en deux tomes, Maus a reçu le Prix Pullitzer en 1992. Le premier volume est paru en 1986, après huit ans de travail et s’intitule « Mon père saigne l’histoire » (My father bleeds history, en version originale). Le second tome, lui, a été publié en 1991 sous le titre « Et c’est là que mes ennuis ont commencé » (From Mauschwitz to the Catskills).

L’auteur, Art Spiegelman, est né en 1948 à Stockholm. Il se fait connaître dans les années 1970-80 en contribuant aux revues Real Pulp, Young Lust et Bizarre Sex, et en publiant des comics qui ont fait de lui une personnalité phare de la BD underground américaine de cette époque. Il vit actuellement à New York avec sa femme Françoise Mouly, artiste et éditrice française, également représentée dans Maus.

 

 

 

Pauline, 2e année Bib.-Méd.

 

 

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Published by Pauline - dans bande dessinée
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