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4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 07:00

Inio Asano Le Quartier de la lumiere
ASANO Inio
Le Quartier de la Lumière
Titre original
Hikari no machi
Traduit et adapté
par Thibaud Desbief
Editions Kana
Collection Made In, 2005

 

 

 

 

 

Asano Inio est né le 22 septembre 1980 au Japon, centre de la culture du manga. Pourtant, mis à part la série Dragon Ball, Inio Asano n’est pas amateur de ce genre, la plupart des graphismes ne lui plaisant pas. Il découvre ce style grâce à sa sœur qui l’initie à différentes séries, et le pousse à devenir mangaka. La consécration de son travail arrive en 2001 avec l’attribution du prix du magazine GX. Aujourd’hui, ses efforts sont récompensés, notamment avec l’adaptation cinématographique de Solanin.

Asano n’exerce sa profession de mangaka que depuis neuf ans environ; il expérimente donc encore son style de dessins. En ce qui concerne les scénarii de ses mangas, il excelle et est reconnu par de nombreux critiques japonais. Il a d’ailleurs la particularité d’écrire ses œuvres sous forme de nouvelles, ou longs chapitres.

Son style est très reconnaissable : des mangas polyphoniques où les personnages se croisent sans forcément se connaître. La violence est omniprésente, mais elle est nécessaire pour montrer le besoin de tout homme de s’en sortir.

Dans Le Quartier de la lumière, une dizaine de personnages se côtoient, et tous gravitent autour du personnage principal de ce manga : le quartier lui-même. Dans le prologue, on aperçoit des personnages qui réapparaîtront plus tard, mais de manière assez rapide. De même, chaque chapitre est relié par un élément présent dans l’un des chapitres précédents. Par exemple, un chat présent dans le prologue est le lien entre les chapitres, et il apparaît à la fin de chacun.

Le nom de Quartier de la lumière est en réalité un surnom attribué par ses habitants, car il est exposé plein sud, ce qui est un élément attirant pour la plupart des habitants. Il est géré économiquement par la société Hikari – dont le nom signifie « lumière » –, un grand groupe pharmaceutique, et est plutôt réservé à des familles aisées. Mais au fil de la lecture, on se rend compte que ce surnom est une antiphrase car la vie de ses habitants est très sombre, ponctuée de morts. L’auteur veut donc montrer que les apparences sont parfois trompeuses.


Deux nouvelles sont importantes dans ce manga : les chapitres 2 et 4.

 

Inio Asano le quarierv de lumière pl


Chapitre 2 : « Arrêt de bus  »

Le personnage principal est Tasuku, un jeune collégien qui a perdu sa mère et dont le père, ancien policier, est à présent chômeur et dépressif. Tasuku a découvert un site Internet où l’on peut aider les gens à se suicider contre une somme d’argent symbolique, et décide alors de devenir « accompagnateur ». Il aide notamment une adolescente à se suicider, la même jeune fille que l’on voit sauter d'un toit dans le chapitre 1.

Tasuku est très proche de Haruko, une lycéenne qui a été lacérée deux ans plus tôt et qui attend tous les jours son agresseur à l’arrêt de bus de la résidence. Ces deux personnages sont amis, tous deux perdus et en manque d’affection.

Mais un jour, Tasuku rencontre un homme dans le quartier qui a une arme et veut se suicider. Celui-ci est désespéré, il a étranglé sa fille, tiré sur sa femme, mais il ne parvient pas à se suicider. Tasuku l’aide donc en appuyant sur la gâchette, mais il découvre en ramassant le portable de l’homme, son rituel, que c’était le père d’Haruko. Celle dernière n’est pas morte mais est totalement choquée, et Tasuku décide de ne pas lui dire qu'il a tué son père. Pour lui remonter le moral, il décide d’aller pique-niquer, mais en chemin, il est contacté par un homme intéressé par son business d’accompagnateur. Cet homme s’avère être celui qui avait agressé Haruko deux ans auparavant. Ayant gardé l’arme du père de Haruko, Tasuku lui tire dans l’oreille ; Haruko tente de lui enlever l’arme des mains pour se venger mais n’y parvient pas. Elle laisse donc l’homme partir.

Sur le chemin du retour, les deux adolescents s’avouent la vérité : Tasuku est un accompagnateur et a tué le père de Haruko, et Haruko, elle, ne s’est pas fait lacérer sans raison, elle était consentante et avait tenté de voler l’argent de l’homme, qui l’avait donc punie.  Après ces révélations, les deux jeunes n’ont plus de raison de rester ensemble.

Parallèlement à cette histoire, une enquête de police sur la mort des parents de Haruko se déroule. Le père de Tasuku découvre les portables de tous les gens qu’il a aidés à se suicider, et décide de se sacrifier pour sauver son fils, en se faisant passer pour le meurtrier.

Le chapitre se termine avec le départ de Haruko du Quartier de la lumière, et le retour à la vie normale de Tasuku qui vit désormais avec son oncle et sa tante.



Chapitre 4 : « Home »

On retrouve l’homme qui a agressé Haruko, après qu’il a été blessé par Tasuku à l’oreille. Il s’appelle Hōichi, et est une petite frappe qui vit à dix minutes en voiture du quartier de lumière. Il vit avec Satoshi, un ancien étudiant en médecine qui a abandonné ses études, et Momoko, une fillette de cinq ans qui ne parle pas. Cette dernière a été abandonnée par une prostituée muette à Hōichi et Satoshi, qui l’élèvent donc comme une vraie famille. Ils forment un trio étonnant mais solide.
Satoshi enchaîne les petits boulots pour pouvoir participer aux frais de la famille, mais se fait souvent réprimander par Hōichi. Ce dernier est obnubilé par l’argent, et pour en obtenir, il commet de nombreux délits. Il est persuadé que s’il gagne suffisamment d’argent, il pourra racheter le quartier de lumière pour reconstituer la campagne où il a été élevé dans son enfance.

Il décide d’enlever le directeur de l’entreprise pharmaceutique Hikari, qui a la mainmise sur l’économie du quartier de la lumière. Hōichi a besoin de l’aide de Satoshi, qui doit détourner la voiture du dirigeant. Mais lors de l’opération, Hōichi dit à Satoshi de s’en aller avec Momoko après cela, comme s’il savait que quelque chose allait mal se dérouler. En effet, lors de l’enlèvement, les petites frappes annoncent au directeur qu’ils vont faire du mal à sa fille, et Hōichi ne veut pas faire cela. Il veut s'en aller mais les malfrats ne lui en laissent pas l'occasion et le battent à mort.

Pendant ce temps, Satoshi rentre avec Momoko mais découvre qu’ils sont expulsés de leur maison par le groupe Hiraki ce qui est très ironique, mais Satoshi y reste pour attendre Hōichi. Il ne se doute pas que celui-ci est mort. La nouvelle s’achève sur les premiers mots de Momoko.



Dans ce manga, Inio Asano mêle donc violence et vie, qui se confrontent mais qui pourtant sont complémentaires. En effet, à chaque histoire violente sa part de bonheur, comme par exemple Hōichi qui meurt et Momoko qui se met à parler alors qu’elle avait été muette jusque là. D’ailleurs, à chaque début de chapitre, Asano écrit une petite maxime en rapport avec l’histoire, comme une morale de conte sauf que dans le cas présent, elle est au début et non à la fin. L’auteur respecte en quelque sorte l’esprit des nouvelles et permet aux lecteurs de lire son manga de la même manière qu’un roman.  

Enfin, il y a aussi une part de fantastique dans ce manga, principalement dans le prologue et l'épilogue. Le prologue est commenté par un narrateur inconnu qui observe le quartier de la lumière sans vraiment porter de jugement. Il est omniscient et passe de personnage en personnage très rapidement. Il a envie de chanter et commente donc la vie des gens de manière légère, comme dans une comptine, même si elle est parfois moins gaie. A la fin du prologue, le narrateur se sent partir et on voit une ombre entrer dans le ventre d'une femme enceinte, et celle-ci sent son bébé bouger. Cette scène fantastique peut symboliser l'apparition de la vie, une ode à la vie en quelque sorte, car en nous présentant tous ces personnages, le narrateur montre une part de leur vie.

Dans l'épilogue, Taïki est le héros et le narrateur. Il y fait deux rêves fantastiques. Le premier montre un bus volant conduit par le chat du quartier qui transporte les âmes des morts. On peut y reconnaître le père de Tasuku et Hōichi. C'est le bus que l'on voit sur la couverture. Dans le second rêve, on voit aussi le chat, où ce dernier pousse une âme qui devient une étoile filante. Le chat a la réputation d'éloigner les mauvais esprits dans les mythologies asiatiques, ce qui peut expliquer son rôle de passeur dans ces rêves. Ces deux songes sont ponctués de questions très métaphysiques sur la vie et la mort, et il est un peu déroutant que ce soit un garçon aussi jeune que Taïki qui se les pose, mais cela amène un point de vue différent face à toute cette histoire horrible engluée dans la violence et les meurtres.

Le fait que le manga débute et finisse sur du fantastique permet à l'auteur de déconcerter le lecteur, mais aussi cela va lui permettre de les faire réfléchir sur des points importants de la vie, comme par exemple l'extrême violence de la société n'empêche pas les gens d'être heureux. L'homme aspire au bonheur, et c'est souvent à cause de la violence qu'il s'en rend compte. Ce manga a donc une portée philosophique importante et peut permettre aux lecteurs de se remettre en cause.
 

Alice, 1e année Éd.-Lib.

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