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29 juin 2013 6 29 /06 /juin /2013 07:00

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Aurélien BELLANGER
La théorie de l'information
Gallimard, 2012

 





 

 

 

 

 

 

 

Ce premier roman de Aurélien Bellanger (il écrivit déjà un essai sur Michel Houellebecq en 2010) fut l'une des sensations de la rentrée littéraire 2012. Il faut avouer que ce livre avait tout pour se faire remarquer : c'est un premier roman de plus de 500 pages, ce qui n'est pas banal. De plus le sujet (la théorie de l'information) est tellement technique qu'il ne peut laisser les critiques littéraires que dubitatifs. Enfin le héros de ce roman, Pascal Ertanger, est directement inspiré d'un personnage réel très médiatique, le patron de Free, Xavier Niel. Toutes ces raisons ont attiré les critiques sur le livre mais ne nous disent rien sur la qualité littéraire de celui-ci et son intérêt pour les lecteurs.

Dès le début, il est évident que ce livre est très particulier. On se demande toujours si l'on est dans un roman ou dans une biographie. Le style est très simple, certains disent transparent, et entretient l’ambiguïté. D'autant plus que tous les personnages, à l’exception de Pascal Ertanger / Xavier Niel, portent leur vrai nom dans le livre ; on croise ainsi Jean-Marie Messier, Thierry Breton, Nicolas Sarkozy et d'autres encore.

Au travers de Pascal Ertanger, nous suivons l’évolution de l'informatique et des technologies de communication en France depuis les années 1980 jusqu'à nos jours. Cela commence avec les premiers ordinateurs individuels et leurs programmes en basic, jusqu'au développement d'internet à haut débit, en passant bien sûr par le minitel. Ce monde des technologies informatiques nous est présenté comme un véritable far-west, un monde sans foi ni loi, où il est possible de gagner beaucoup d'argent si l'on a assez peu de scrupules. Et Pascal Ertanger n'en a absolument aucun, et il réussit donc très bien. C'est en vendant des programmes de jeux dans la cour de son lycée que Pascal Ertanger obtient ses premiers gains. Puis il va faire fortune dans le minitel rose en s'alliant avec un patron de sex-shops parisiens ; enfin il va réussir dans internet en lançant les premières box haut-débit, sans oublier au passage d’éjecter ses partenaires qui le gênent un peu trop. Si Pascal Ertanger réussit dans les affaires, il n'a pas le même succès dans ses relations sociales et amoureuses, son obésité ne l'aidant pas vraiment. Il tombe pourtant amoureux d'une strip-teaseuse qu'il rencontre lors de ses débuts dans le minitel rose. Toutefois il ne réussira jamais à s'en faire aimer totalement, même si elle accepte de l’épouser, Pascal Ertanger privilégiant toujours l'argent. En plus de l’évolution personnelle de Pascal Ertanger, c'est aussi une petite histoire de France que nous offre Aurélien Bellanger dans ce livre. Ce double récit histoire est passionnant, un vrai roman d'aventure.

 

Émilie, du reste, s’intéressait de moins en moins aux affaires de Pascal. Elle considérait qu'Internet était moins amusant et moins sincère que le Minitel, et avait à cet égard très mal pris la vente du 3615 ELYANGE, d'autant que Pascal n'avait pas jugé utile de la consulter. […] Dans le petit monde de l'internet français, on commençait à craindre, à admirer et à imiter Pascal Ertanger. La distribution massive et gratuite des kits de connexion s'imposa très vite comme un standard marketing. Mais surtout, on voulut comprendre comment faisait Demon pour être, à vitesse et à débit équivalents, le moins cher et le plus rentable des FAI.

 

Intercalées au milieu des chapitres romanesques, se trouvent des notices Wikipedia (c'est l'auteur qui le dit) sur la théorie de l'information selon Claude Shannon. Malheureusement cela casse le rythme du récit, et à moins d’être un grand spécialiste on n'y comprend rien. Il est d'ailleurs probable que ce n'est pas fait pour être compris, ni même lu, mais simplement pour renforcer le côté « geek » du livre.

 

Après avoir caractérisé l'information  et découvert une formule permettant de la mesurer, Shannon va définir son unité élémentaire. Il s'appuie pour cela sur une source dont l'alphabet se limite aux deux seuls caractères a et b. Son entropie s’écrit, si l'on applique la formule H :

                        H(a,b) = - p(a)logp(a) + p(b)logp(b)

On peut représenter la courbe que décrit H en fonction des différentes valeurs prises par p(a) et p(b) : il s'agira d'une parabole, dont le sommet, situé au-dessus de l'endroit où les deux probabilités s’équilibrent, atteint la valeur maximale de 1. C'est bien le résultat attendu par Shannon : la quantité d'information délivrée par une source est maximale quand ses tirages sont équiprobables – le destinataire du message ne disposant alors d'aucun biais statistique sur lequel fonder des prédictions fiables. Dans la mesure où toutes les sources, quelle que soit la complexité des alphabets qu'elles utilisent, peuvent être représentées par des chaînes de 0 et de 1, la quantité maximale d'information contenue dans cette source élémentaire fournira l’unité de base pour mesurer l'information. On baptisa cette unité le bit.

 

 Ce côté « geek » est totalement assumé dans la troisième partie du récit, où l'on quitte la réalité pour entrer dans la science-fiction. La théorie de l'information se transforme alors en un récit d'anticipation, auquel malheureusement je n'ai pas du tout adhéré et il me fut vraiment difficile de finir les dernières pages.

Si Aurélien Bellanger possède un vrai potentiel, dans ce premier roman il s'est un peu laissé emporter par son sujet et sa volonté de faire un roman balzacien. Il aurait mérité d’être plus court et plus concentré sur le parcours de Pascal Ertanger et sur cette petite histoire de France de la fin du XXème siècle.


Christophe, AS édition-librairie

 

 


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