Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 avril 2012 5 20 /04 /avril /2012 07:00

 Basho Cent onze haiku

 

 

 

 

 

Bashō Matsuo
松尾 芭蕉
Cent onze haïku
Verdier, 1998
Traduit du japonais
par Joan Titus-Carmel




 

« Mon père et ma mère
Sans cesse je pense à eux
Le cri du faisan »

 

 

« Tant et tant de choses
Me reviennent à l’esprit –
Fleurs de cerisiers ! »

 

Matsuo Kinsaku dit Bashō, poète du XVIIe siècle, est l’un des maîtres reconnus du haïku par la force et la diversité de son œuvre. Il est toujours vénéré au Japon aujourd’hui. Le poète a mené une vie modeste, faite de voyages et d’échanges avec ses disciples ou dans des cercles poétiques. Passionné très jeune par le haïkaï, une forme de poésie brève, il publiera plusieurs anthologies mais c’est dans une recherche de totale liberté que le poète produira ses premiers haïku. Il veut aborder tous les sujets, saisir l’émotion dans une réalité de l’instant. De la brièveté du haïku naîtront les sensations du lecteur. Le bashō (bananier, en japonais) planté près de sa demeure et qui a prospéré, est à l’origine de son nom de plume.

Pour en savoir plus sur la vie du poète : http://fr.wikipedia.org/wiki/Bash%C5%8D_Matsuo


basho.jpgBashō, passionné par la philosophie japonaise et la calligraphie chinoise, s’était rapproché d’un courant du bouddhisme : le Zen, tourné vers la méditation et fortement imprégné de taoïsme.  On peut entrevoir l’ensemble de ces influences dans sa poésie. Il a beaucoup voyagé à pied, à la recherche de sa nature profonde, de son identité poétique. De ses périples, nous connaissons ses carnets de voyage, des récits entremêlés de haïku. Il a établi peu à peu le principe poétique de « légèreté » : exprimer la beauté du monde à travers un langage simple, direct, une méthode descriptive épurée. L'allusion et le non-dit dans chacun des haïku provoquent la sensibilité du lecteur. Bashō établit un rapprochement entre l’Homme et la nature, il veut saisir l’émotion de l’instant.



Le poète décrit ses perceptions à travers les cinq sens. Par exemple :

  • la vue, p. 36 :

« Ah ! quelle merveille
ces jeunes et vertes feuilles
brillant au soleil ! »,

 

  • l’ouïe, p. 10 :

« Le saule s’effeuille
et le maître et moi-même
entendons la cloche ».

 

 


L’auteur exprime à travers sa poésie toutes ses sensations, ses surprises, la beauté de la nature. Le haïku n’est pas simplement une poésie contemplative, elle veut offrir une perception du monde sensible.

Le haïku est constitué de 17 mores, unité de son plus précise que la syllabe (Plus d’informations sur le haïku  ici). Lire un haïku en français ne nous permet donc pas d’accéder à toutes les subtilités que les sonorités du japonais peuvent évoquer. Malheureusement, ce n’est qu’à travers le travail du traducteur que l’on accède au haïku. Frustrant.



Cent onze haïku

 « Retourner à l’expérience immédiate. Là réside la poésie. » Bashō

Ce recueil des Éditions Verdier est paru en 2003 : Cent onze Haïku pour cent onze pages d’un livre à l’esthétique soignée, dans l’esprit de la calligraphie et de la culture orientales. Sur chaque page d’un papier épais, on trouve le haïku original à la verticale, précédé de sa translittération (sa prononciation en alphabet romain), suivi de sa traduction en français. Sur la couverture, la signature calligraphiée de Bashō.

Le recueil est organisé selon le fil conducteur des quatre saisons débutant par le printemps (plus d’une vingtaine de haïku par saison). Les haïku se suivent selon un enchaînement jour/nuit, un élément du paysage se répétant (les fleurs de cerisier, les cigales, la neige…). La nature est présente dans chacun des haïku, elle est toujours reliée aux sensations que sa vue évoque. L’émotion suscitée par le haïku naît souvent de la chute, du caractère imprévu du derniers « vers ».

Il faut saluer le travail réalisé par le traducteur, Joan Titus-Carmel, peintre et poète. Il est celui qui a traduit les autres grands poètes du haïku pour les éditions Verdier : Shiki, Kobayashi, Buson, Ryokan... Sa passion pour le Japon, en particulier pour la calligraphie et le haïku, et ses traductions qui respectent l’indétermination dans la construction grammaticale du haïku japonais (fréquente absence de sujet, pluriel/singulier peu distingués…) lui valent une grande reconnaissance des amateurs de haïku.



Roland Barthes, dans L’Empire des signes, alerte sur les risques de penser que l’écriture d’un haïku serait facile, un jet de sa pensée en voyage ou au regard de la beauté de la nature.

« Le haïku semble donner à l’Occident des droits que sa littérature lui refuse, et des commodités qu’elle lui marchande.[…] Vous avez le droit, dit le haïku, d’être futile, court, ordinaire ; enfermez ce que vous voyez, ce que vous sentez dans un mince horizon de mots, et vous intéresserez ; vous avez le droit de fonder vous-même (et à partir de vous-même) votre propre notable, votre phrase, quelle qu’elle soit, énoncera une leçon, libérera un symbole, vous serez profond ; à moindres frais, votre écriture sera pleine. » R.Barthes, L’empire des signes.

Le haïku démontre par son impressionnante brièveté, la grande capacité d’évocation de l’écriture poétique. Qu’on y soit sensible ou non, le haïku nous plonge dans un univers japonais contemplatif mais aussi bouleversant. Il faut se méfier des centaines de sites internet occidentaux se proposant d’expliquer et de diffuser le haïku. Ce recueil des éditions Verdier fait partie de la liste des œuvres de littérature de référence, proposée par l’Éducation nationale aux enseignants du cycle 3. Ainsi, le haïku semble trouver sa place dans le patrimoine culturel commun.


Nadine, AS Éd.-Lib.

 


Partager cet article

Repost 0

commentaires

Recherche

Archives