Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 juin 2013 5 07 /06 /juin /2013 07:00

Bast En chienneté couv

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous sommes le 05 avril 2013, il est 19h et je déambule dans les allée de l'Escale du livre en quête de nouvelles lectures. C'est au détour d'une allée que je tombe sur une rencontre sur le milieu carcéral et la bande dessinée. Je m'arrête deux minutes par curiosité et m'assois pour écouter.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C'est ainsi que je fais la découverte de Bast, auteur de bande dessinée et professeur à l’École des métiers de l’image (Esmi). La rencontre est animée par David Fournol et l'association « Et si rien d'autre n'avait d'importance ». Il présente le dernier livre de Bast : En chienneté, tentative d'évasion artistique en milieu carcéral, paru en janvier 2013.

 

Bast nous raconte son expérience suite à la demande du Service Pénitentiaire d'Insertion et de Probation de Gironde. Pendant quatre ans, de 2004 à 2007, on va lui confier l'animation d'ateliers de bande dessinée d'1h30 dans un lieu un peu particulier : le quartier pour mineurs de la Maison d’arrêt de Gradignan. Cet ouvrage retrace le premier contact de l'auteur, Bast, avec l’univers carcéral, puis ses rencontres avec les jeunes et nombre d’anecdotes sur les ateliers et leurs participants.

Le but principal de ces ateliers a été de faire découvrir un nouveau moyen d'expression, de communication à travers le dessin. Dans cet échange, Bast nous raconte le rapport complexe entre le milieu carcéral et la bande dessinée. Le plus important dans ces atelier a été le dialogue entre l'animateur, Bast et ces jeunes en cruelle difficulté.

À travers ce témoignage, Bast nous avoue les appréhensions qu'il avait avant de commencer ces ateliers. Il avait en tête tous les stéréotypes qu'une personne lambda peut avoir sur la prison : ses détenus, la violence, les barreaux, les surveillants... Bref le milieu pénitentiaire. La prison s'est en effet avérée sombre, glauque, avec des barreaux et... des détenus. Le plus difficile, nous confie Bast, a été d'être face à l'état de ces jeunes détenus.

Bast a su faire preuve de pédagogie et d'écoute face à ces prisonniers. Il était là en tant qu'animateur, pas en tant que surveillant autoritaire. Il n'y avait pas de contrainte et aussi et surtout, il n'y avait pas de discours moralisateur. De toute façon Bast ne pouvait poser de questions en rapport avec la raison de l'emprisonnement des participants ; c'était la principale condition pour que Bast puisse faire ces ateliers. Il y a eu un travail important autour des dessins de détenus. Ces jeunes ont peu de patience et entre différents ateliers, le temps passe vite.

L'autre travail qui apparaît à travers les dessins des détenus a été la mémoire. Elle se traduit plus particulièrement par des dessins de famille, de paysages. Il nous décrit cela comme étant « la plus belle des réalités à travers les barreaux ».

Dans ces ateliers, la notion artistique était à oublier. Les détenus pouvaient grâce à cette activité avoir un regard différent sur eux-mêmes, mais aussi sur les autres.

Beaucoup regardaient ce que les autres faisaient, s'en inspiraient mais dessinaient ; c'était le principal pour Bast. Certains ressentaient même de la fierté de pouvoir créer quelque chose même si le dessin n'avait aucune qualité graphique.

Bast-01.jpg

Le dessin

Pourquoi Bast a t-il décidé de représenter ces détenus mineurs en adultes ?

À cette question, Bast répond : « Je les ai dessinés ainsi tout simplement parce que je les voyais ainsi. Ils ont beau avoir quinze ans quand je les ai connus, je ne les vus comme des enfants que lorsqu'on leur proposait de jouer à la console, sinon ils faisaient les durs et se mettaient dans la peau "d'adultes". […] Ces jeunes ont vieilli trop vite car ils ont morflé pendant tout leur parcours familial, même s’ils ont leur part de responsabilité. À 16 ans, moi, je dessinais dans ma chambre... »



Pourquoi avoir choisit cette couleur ?

À cette question, Bast répond que l'éditeur La boîte à bulles a comme charte graphique le noir & blanc ou la bichromie. Bast a donc choisi la bichromie avec du blanc et du vert ; mais le résultat final n'est pas celui escompté par l'auteur ; il aurait voulu un vert plus bouteille tirant sur le ton des barreaux de la prison.



Le titre

« En chienneté » est en rapport avec l'expression d'un des détenus qui estimait qu'ils étaient « en chienneté », c'est-à-dire enfermés comme des chiens.

Bast admet que sa démarche était « vaine, déconnectée de leurs préoccupations. Mais elle les sortait de leur cellule. Mon livre est d’ailleurs sous-titré "tentative d’évasion artistique en milieu carcéral". Quand je le leur ai dit, un détenu m’a demandé : “On prend combien pour ça ?” ».



L'écriture

Bast dit avoir mis beaucoup de lui dans cet ouvrage, plus que dans ses précédentes bandes dessinées. C'est un ouvrage que l'on peut considérer comme « sérieux ». Il avoue avoir mis beaucoup de temps à faire ce travail. Il nous confie : « Ça a été un véritable travail sur moi-même, j'étais seul pour réaliser ce travail que ce soit pour les dessins ou pour le texte. ».

Lorsque David Fournol l'interroge sur cet ouvrage et ce que ça a pu lui apporter, Bast avoue : « J'ai dû apprendre, réapprendre à communiquer, et c'est entre autres grâce aux dessins que j'y suis parvenu. ».

Bast a décidé de ne pas s'intégrer, graphiquement parlant, dans l'histoire. « Ça ne sert à rien qu'on voie ma tête ! ».

Grâce à cette rencontre, j'ai pu me défaire de cette idée que les maison d'arrêt pour mineurs sont des mouroirs pour jeunes. Je ne pensais pas qu'il pouvait y avoir des intervenants aussi diversifiés dans le milieu carcéral. C'est un monde que l'on ne connaît pas et que l'on ne veut surtout pas côtoyer.

Pour moi, c’est un travail indispensable à lire et à faire circuler autour de soi !

 

 


Bast-expo01.jpgBast-expo02.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'exposition

Une exposition a été créée autour de cette bande dessinée. « Cette exposition accompagne le livre En Chienneté – Tentative d'évasion artistique en milieu carcéral coédité aux éditions La Boîte à bulles et aux éditions Sangam. Elle est réalisée par l'association « Et si rien d'autre n'avait d'importance » et scénographiée par Béatrice Raphaël. ».

Elle montre la vision des détenus depuis leur cellule. On peut également y voir les différents dessins des jeunes présents aux ateliers de Bast.

La présentation un peu spéciale rend le sujet encore plus intéressant et permet de se mettre « dans la peau » d'un de ces détenus.


Une entrevue plaisante

La rencontre était suivie d'une dégustation de vin, ce qui m'a permis d'acheter cette bande dessinée et de me la faire directement dédicacer par Bast. J'ai pu m'entretenir avec lui pour lui poser des questions plus personnelles sur le milieu carcéral, dont je vous ai fait le résumé ci-dessus !
Bast-dedicace.jpg
Liens
 

 

Un portrait de Bast ; il parle de son travail en milieu carcéral vers la fin de la vidéo :  http://www.youtube.com/watch?v=5sTy9qoaV74

Un témoignage intéressant de Davil Fournol à propos de cette bande dessinée :   http://www.wmaker.net/fournoldavid/En-chiennete-Tentative-d-evasion-artistique-en-milieu-carceral_a1142.html


Pauline, 2ème année Bibliothèques-médiathèques.

 

 

 

 


 

 


Partager cet article

Repost 0
Published by Pauline - dans bande dessinée
commenter cet article

commentaires

Recherche

Archives