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8 juin 2013 6 08 /06 /juin /2013 07:00

Bast En chienneté couv

 

 

 

 

 

 

 

BAST, dessin et scénario
En chienneté,

tentative d'évasion artistique en milieu carcéral
La boîte à bulles
Collection Contre cœur, 2012














Bast est un auteur de bande dessinée et professeur de l’École des métiers de l’image (Esmi). Pendant quatre ans, de 2004 à 2007, on va lui confier l'animation d'ateliers de bande dessinée d'1h30 dans un lieu un peu particulier : le quartier pour mineurs de la Maison d’arrêt de Gradignan.

Cet ouvrage retrace le premier contact de l'auteur avec l’univers carcéral, puis ses rencontres avec les jeunes. Il va également nous présenter certaines anecdotes sur les ateliers et leurs participants.



L'histoire

Un jour, Bast reçoit un appel de la S.P.I.P : Service Pénitentiaire d'Insertion et de Probation de la Gironde. On lui propose de diriger des ateliers BD auprès de détenus mineurs à la maison d'arrêt de Gradignan. Ils ont pour but de faire dessiner les jeunes. Il faut que les détenus soient volontaires et « stables ». Bast décide d'accepter : « Quand il s'agit de faire de la BD ou du dessin, je suis partant... ».

C'est ainsi que nous sommes plongés dans l'univers carcéral. Bast va nous décrire la maison d'arrêt : un lieu austère, froid et peu accueillant : « c'est un monstre gris, vorace qui engouffre tout ce qui se trouve à sa portée... et ne garde dans son ventre que les détenus à digérer ». À l'intérieur, c'est « le monde de la désillusion, de la désolation, de la déception... ». C'est un lieu très fermé, où l'on n’entre pas facilement. Même en tant que visiteur ou intervenant on a le sentiment de perdre un peu de sa liberté en entrant dans ce lieu.



Les ateliers
Bast-En-chiennete-pl02.gif
Ils durent en moyenne 1h30 et il y a quatre participants par atelier. Le but de ces ateliers était donc de les faire dessiner et surtout qu'ils participent. Malgré les « Pfff j'sais pas dessiner ! », on voit rapidement qu'en prenant un crayon et du papier la main suit et les premiers dessins apparaissent. Ce ne sont bien évidemment pas de grands dessins, mais l'essentiel est qu'ils participent.

Au sein de la maison d'arrêt, il y a évidemment des règles à respecter pour les personnes qui viennent de l'extérieur, Bast a dû lui aussi s'y plier :

Règle n°1 : Ne pas demander au détenu la raison de son incarcération.
Règle n°2 : Ne rien donner aux détenus.
Règle n°3 : Ne rien recevoir de la part du détenu.
Règle n°4 : Ne pas exposer ses opinions politiques.
Règle n°5 : Ne pas exposer ses opinions religieuses.
Règle n°6 : Ne pas juger le détenu.

Bast nous raconte ainsi ses difficultés et ses envies dans ce monde carcéral où tout est fermé et sans la moindre liberté.

Pour les détenus participants les ateliers sont un moyen d'évasion. Ils ont peu d'expériences dans le dessin, elles se limitent le plus souvent aux cours d'arts plastiques du collège quand ils ont eu l’occasion d'y aller. Mais contrairement à ce que ces jeunes détenus peuvent croire, ils ont, pour beaucoup, déjà eu une expérience graphique. Le dessin peut parfois faire partie intégrante de leur personne, beaucoup de détenus arborent un ou plusieurs tatouages. C'est une pratique très codifiée et un art graphique à part entière. Mais comme le dit Bast, « ici, dessiner sur soi est moins un acte artistique qu'un acte de rébellion ».

Ni les détenus, ni Bast n'attendent un résultat artistique de ces ateliers ; l'objectif premier est de les occuper et de leur faire découvrir un nouveau langage sympathique et distrayant. Parfois, les détenus demandent à Bast de faire des dessins pour eux ; les  thèmes qui reviennent souvent sont les femmes, les armes, les voitures, les motos ou encore la famille. Il y a donc un apport de l'animateur aux détenus. Chacun apprend un peu de l'autre : Bast apprend à dessiner des tags et les détenus apprennent à apprécier un nouveau moyen d'expression.

Ces ateliers ont également permis aux détenus d'avoir un autre regard sur eux-mêmes et sur leurs capacités : «  Travailler sur l'image de soi revêt ici, dans le contexte carcéral, un sens tout particulier. Un détenu face à lui-même se retrouve de fait face à ses propres failles, erreurs ou illusions. »

Bast écrit également : « Quelques tables collées les unes aux autres, des chaises de jardin en plastique, des consoles de jeu reliées à de vieilles télévisions, la salle de l'atelier BD n'a rien d'extraordinaire et pourtant... Chaque semaine, elle est le point de chute d'une poignée de jeunes aux parcours chaotiques. Des trajectoires de vies personnelles et indépendantes viennent s'échouer ici. Je suis au carrefour des routes brisées. Face à moi, des individus qui ont vieilli trop vite, qui n'ont pas au d'enfance (ou très peu) et qui sont déjà bien fatigués. Des types blindés, blasés, blessés, bridés. »

C'est donc sous la forme du témoignage que va se dérouler l'histoire. Bast ne se montre pas, il décrit les faits.

Entre quelques pages de récit, Bast introduit des passage explicatifs sur le système carcéral en France et plus particulièrement celui de la maison d'arrêt de Gradignan. Il propose une réflexion sur le statut du détenu, son sentiment de privation de liberté et le souci d'éducation dans les établissements pour mineurs.

À travers ses dessins, Bast nous fait le portrait de certains détenus qui l'ont marqué. Il y celui qui parlait beaucoup pour être visible, celui qui n'aimait personne, celui qui se faisait persécuter à cause de son passé ou encore celui qui ne disait jamais rien mais qui avait un très bon coup de crayon.

Il nous décrit également une société régie par des lois : celle du plus fort, celle du silence et celle du rejet des « pointeurs ». Ces derniers sont des détenus compromis dans une affaire sexuelle, ils sont souvent méprisés et laissés pour compte.


À la fin de l'album, les ateliers se font de plus en plus rares, ils sont désertés. Les dernières pages nous présentent certaines productions des détenus. Ils sont accompagnés d'une réflexion de Bast par rapport à ces ateliers : ont-ils eu du mérite ? Ont-ils été utiles ? Qu'ont-ils apporté aux détenus ?   

Bast-En-chiennte-pl-01.jpg

La forme

Bast utilise la bichromie pour cet album. C'est la charte graphique de la maison d'édition La boîte à bulles. C'est un vert qui rappelle la couleur des barreaux de la maison d'arrêt.

Les détenus sont représentés sous les traits d'adultes pendant la quasi -totalité de la bande dessinée. L'unique passage où ces jeunes détenus sont représentés comme des enfants est quand le surveillant leur propose de jouer aux jeux vidéos après l'atelier.



Le titre

« En chienneté » est en rapport avec l'expression d'un des détenus qui estimait qu'il été « en chienneté », c'est-à-dire enfermé comme un chien. 



Suite à une rencontre avec Bast lors de l'Escale du livre 2013 à Bordeaux, j'ai pu découvrir cette bande dessinée qui mérite d'être connue. On ne connaît pas le milieu carcéral soit parce qu'on ne le côtoie pas, soit parce qu'on en a peur ou tout simplement parce que c'est un mode complètement inconnu. Pour résumer : à travers cet ouvrage Bast nous livre son expérience particulière qui permet de passer de l'autre côté des murs.


Pauline, 2ème année Bibliothèques

 

 

Liens

 

Rencontre avec Bast lors de l'Escale du livre 2013

 

Le blog de Bast

 

 

 

 


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Published by Pauline - dans bande dessinée
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