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30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 07:00

ben-katchor-histoires-urbaines-de-julius-knipl.gif










Ben KATCHOR
Histoires urbaines de Julius Knipl, photographe
Julius Knipl, real estate photographer, 1996
Traduit de l'anglais par Jean Esch
Casterman,

collection Écritures, 2005

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ben Katchor est né en 1951 à Brooklyn au sein d'une famille juive. Il grandit dans un milieu hétéroclite, nourri de culture yiddish et des idées communistes de son père, lecteur assidu du journal communiste yiddish le Morgn Frayhayt. En parallèle, l'âge d'or des Comics et des comic strips publiés dans la presse (il cite par exemple Little Orphan Annie ou Dick Tracy) le familiarisent avec le dessin. Ses études à l'École d'art et de dessin au musée de Brooklyn, constituent un pas important vers le monde des comic strips : il explique qu'il fut fasciné par « cet espace d'illusion que l'on pouvait coucher sur papier ». C'est sans doute à ce moment qu'il bifurque vers son monde actuel : les enseignements suivis lui apportent en effet une culture solide dans l'art du dessin, mais aussi en littérature anglaise, et c'est ainsi qu'il définit et justifie le charme des comics par l'alliance poétique du dessin et de la fiction, qui renvoie au terme de « roman graphique » utilisé par Will Eisner.

Publiées à partir de de 1980 dans le Raw Magazine de Spiegelman, les pérégrinations de Julius Knipl ont aussi été publiées dans The Forward, une revue socialiste juive en anglais qui fait écho au Frayhayt que lisait son père. Cela pose alors la question d'une possible politisation du personnage de Knipl et de ses interactions avec une ville qui est chez lui exclusivement celle des classes moyennes et populaires. Katchor avance cependant que son travail n'a pas pour but de mettre en scène ses idées politiques, mais explique que toute création peut avoir une portée ou une signification politique. Il définit plutôt son travail sur la ville ainsi :

« Les villes sont fascinantes car il y a dans le tissu urbain les liens les plus évidents entre les gens et les objets, la grande ville nous fait prendre conscience de ce qui se passe, notamment en termes de relations humaines ».



Julius Knipl, « œil flottant »

Ben-Katchor-02.JPGJulius Knipl est photographe pour une agence d'immobilier. La cinquantaine, le dos voûté portant son lot de souvenirs, son matériel à immortaliser le réel, l'instant fugace. Réel, le monde de Katchor ne l'est pas à proprement parler, puisqu'il explique avoir peint une ville imaginaire pour ne pas ennuyer son lecteur et s'ennuyer lui-même, en reproduisant machinalement New York, à laquelle la ville de Knipl s'apparente cependant. En effet, celle-ci est une ville d'anonymes, impersonnelle, une fourmilière de petits commerçants, de travailleurs ordinaires, s'accommodant du quotidien, hommes seuls hantés par des souvenirs, des opportunités non saisies. Ainsi Knipl travaille sans grand enthousiasme, c'est un homme on ne peut plus banal, qui s'éloigne clairement des héros ou anti-héros propres aux comics : Knipl est un non-héros. Son métier n'est qu'une excuse pour ses promenades contemplatives dans les rues de la ville. Car si Knipl n'est pas du genre voleur de feu, c'est cependant un poète à sa façon, un maniaque des témoignages du passé, un collectionneur des résidus de cet autre monde : il est un « œil flottant », c'est le prétexte de Katchor pour s'attarder sur la valeur sentimentale d'un appartement qui éclot lors du déménagement, ou se rappeler l'inexistence nostalgique de métiers loufoques, celui de cracheur certifié par exemple, sorte de chasseur de primes ayant pour seule arme le crachat.
   
« Knipl », explique l'auteur, signifie le nœud du mouchoir en Yiddish, et fait référence aux femmes au foyer qui faisaient un nœud dans leur mouchoir pour y mettre des pièces. Cette maniaquerie d'un autre temps illustre justement le caractère sentimental et poétique d’un personnage aux pratiques dépassées. Knipl voit et s'approprie des instants, des situations, et les conserve, comme tout bon collectionneur, avec méticulosité et un attachement particulier pour le précieux. Ce qui frappe chez Katchor, c'est justement cette capacité à instiller une agréable nostalgie partout, et même dans ce que nous ne connaissons pas : en effet, s'il semble regretter la poésie et le charme d'objets anciens noyés dans le flot de standardisation propre à notre société de vitesse, l'évocation d'associations aux activités étranges, de situations bien souvent comiques amusent notre nostalgie.

Ben-Katchor-03.JPG

Le style graphique et littéraire de Katchor

Le dessin de Katchor, est à la fois très méticuleux, grisâtre, parfois presque brouillon, il n'est pas véritablement beau mais il s'inscrit dans ce monde urbain impersonnel, cette ville quasi sous-marine, éclairée d'innombrables enseignes, grouillante de taxis ou vendeurs de journaux, foisonnante de détails. Ce qui importe dans ce dessin, c'est aussi un style littéraire particulier : une voix narratrice nous accompagne tout au long des situations (qui n'ont d'ailleurs pas de liens entre elle, chaque situation étant indépendante des autres) exposées sur 8-9 cases. Cette narration se fait de manière discontinue (une phrase peut commencer à la première case et se terminer à la cinquième), et alterne avec des dialogues ou des remarques des personnages dans les phylactères. Si cela rend la lecture quelque peu complexe au premier abord, on se rend vite compte que cette prose concise, épurée, constitue l'essentiel de la puissance d'évocation de l'auteur. Il nous plonge dans une atmosphère très contemplative, aux plans longs, tel un film. Quant aux nombreux éléments absurdes et surréalistes des situations, Katchor explique qu'ils sont là justement pour nous amener à nous poser des questions sur la composition de notre propre monde, si ce dernier est véritablement moins absurde.



Bibliographie

Cheap novelties : The pleasures of urban decay (Penguin), 1991
Julius Knipl : Real estate photographer : stories, 1996 (Casterman, 2005)
The Jew of New York (Amok), 2001 (puis Rackham, 2007)
Julius Knipl, Real estate photographer : The beauty supply district (Rackam, 2011)
The cardboard valise, 2011


Une interview très intéressante de Ben Katchor sur France Culture  ici
 


Nicolas, 1ère année bib.-méd.

 

Ben KATCHOR sur LITTEXPRESS

 

 

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Article de Gaëlle sur Julius Knipl photographe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Published by Nicolas - dans bande dessinée
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