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22 septembre 2013 7 22 /09 /septembre /2013 07:00

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Ben KATCHOR
Le Quartier des marchands de beauté
Julius Knipl, photographie immobilière
Traduction
Professeur A
 Rackham
Collection Le Signe noir, 2011

 

 

 

 

Ben Katchor est né en 1951 à Brooklyn. Il grandit au sein d'une famille juive puis entre à l'école d'art et de dessin de Brooklyn. Depuis toujours au contact de la presse, il publiera régulièrement des comic strips dans des journaux américains tels que The Raw, créé par  Art Spiegelman, ou The Forward. Il a une page mensuelle dans Metropolis, un journal sur l'immobilier. En fait, Ben Katchor est vite influencé par les strips de la presse quotidienne (il se rappelle son père qui lisait un journal communiste) ou les comics, qui sont très présents aux États-Unis dans les années 40-50. Cependant, il s'intéresse particulièrement aux dessins, plaçant les fictions des supers-héros en arrière-plan. Il est par exemple influencé par  Dick Tracy, célèbre bande dessinée policière de Chester Gould. Pour le dessinateur, le support est un élément central. Ben Katchor est un homme de terrain, il ne veut pas être exposé dans des musées ou des galeries, sur un mur. La presse l'intéresse car elle est imbriquée dans la culture actuelle au sens large, elle questionne la société, tout ce qui nous entoure. Ainsi, le public tombe sur les strips de l'artiste, il ne fait pas que les contempler comme dans un musée, il y a un véritable ancrage dans la société et dans les individus qui la constituent.

Ben Katchor a eu la bourse Mc Arthur en 2000 et est aujourd'hui professeur agrégé à Parsons, The New School for Design à New York.


Nous allons voir, à travers Le Quartier des marchands de beauté, comment son œuvre fait référence à sa vie. Cet ouvrage est le troisième du dessinateur et nous remarquons qu'il y a une certaine continuité, l'artiste y défend une vision des choses.

Le Quartier des marchands de beauté est édité en 2011 par la maison  Rackham. Elle publie principalement de la bande dessinée américaine, et s'occupe de rééditer des ouvrages. La traduction en français est du Professeur A.

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Ben Katchor a travaillé dans une imprimerie à New-York, il a donc côtoyé des hommes d'affaires. Ces derniers le fascinent. Ce sont des hommes qui travaillent machinalement, sans forcément de passion ou d'envies. Il est également fasciné par le monde qui l'entoure, la société industrielle, économique. Il regarde le monde et se pose des questions, s'intéresse à la cité urbaine qu'est New-York et aux interactions entre les individus. Il s'intéresse à l'homme qui prend son café en terrasse, en contemplant la rue, en rêvant ou lisant. Cet homme fait abstraction de ce qui se passe autour de lui et n'imagine pas que derrière lui, des gens s'affairent en cuisine pour lui permettre de vivre ce moment. Katchor s'intéresse au lien entre les objets et les individus, entre le matériel et l'humain et nous propose dans son livre, un personnage assez similaire.

Julius Knipl est le personnage que l'on retrouve dans ses comic strips. Cependant, il est aux antipodes d'un personnage principal classique. Il est un fil conducteur, n'a pas vraiment de personnalité, c'est un non-héros. Il observe le monde qui l'entoure et propose au lecteur ce qu'il voit. On retrouve également une voix narratrice, qui sait des choses que Knipl ne sait pas. C'est au lecteur d'assimiler et de faire la différence entre ces personnages et leurs visions.

Ce livre est une « photographie immobilière ». Ben Katchor rassemble ici deux procédés pratiques, terre à terre, qu'il trouve particulièrement proches et représentatifs de la société.

L'artiste nous propose donc l'état des lieux d'une société économique. Même si elle rappelle fortement New-York, elle n'est pas réelle. Il ne voulait pas reproduire la société existante sinon le lecteur se serait ennuyé et il affirme qui lui aussi. Cette société que nous présente Katchor semble absurde. Il consacre huit vignettes à raconter une histoire qui n'a pas de sens, fait un gros plan sur un moment de la vie qui paraît insignifiant et cela peut, au premier abord, déstabiliser le lecteur qui se questionne. En fait, il nous propose une exposition d'hommes qui constituent un quartier d'affaires et c'est comme s'il parlait de l'absurdité de l'argent, de ces commerces, de ces échanges qui n'en sont pas vraiment. Il y a un regard assez nostalgique et un rapport à l'objet, à la collection. Nous pouvons prendre l'exemple de la page qui s'intitule « première femme ». Il s'agit d'un homme qui souhaite démontrer à son ami qu'il a eu une femme avant sa présente vie. Il recherche une certaine photographie qui prouvera l'existence de cette idylle. On comprend le pathétique de la vie de cet homme qui s'ennuie et éprouve le besoin de se raccrocher à son passé.

On peut se demander s'il y a une critique de la société actuelle, de son non-sens, de son absurdité, du fait que les hommes n'ont plus de passion, que la société industrielle qui a fabriqué des chaînes commerciales a tué le peu d'humanité qu'il pouvait y avoir dans les commerces à l'atmosphère particulière. Ce formatage place les hommes dans un moule et empêche la créativité. On ressent cette idée au fil des pages. Nous pouvons prendre l'exemple de l'histoire du stylo-bille : « La production de ces instruments d'écriture bon marché a largement excédé les exigences de l'inspiration poétique ». La dernière histoire, plus longue que les autres, présente le quartier des marchands de beauté comme un lieu où il y avait une école de pensée, philosophique, qui se reflétait dans chaque commerce à la théorie esthétique différente.

On remarque que tous les personnages qui ont un espoir ou une envie créatrice sont finalement déçus. C'est le cas dans la page intitulée « anciennes fournitures de bureau ». Un collectionneur est heureux de sa trouvaille absurde mais essentielle pour lui. Pourtant, celle-ci causera sa perte. Même Julius Knipl qui est le fil rouge de ces nouvelles sans aucun lien entre elles ne porte pas de jugement, il semble un peu vide face à la situation qu'il observe. Il est juste préoccupé par son travail et l'argent nécessaire pour vivre jusqu'à la fin du mois. Il erre dans la ville comme s'il était en quête de quelque chose, de connaissances, d'un intérêt qui donne un sens à sa vie.

 


Ben Katchor nous propose une bande dessinée pour adultes à la lecture dans un premier temps laborieuse. Dans ces nuances de gris, le lecteur doit trouver son chemin entre les pensées de Knipl, la voix narratrice et les dialogues des personnages. Mais cette exposition absurde et poétique d'une société mérite qu'on s'y attarde et pourquoi pas, qu'on l'apprécie davantage à la seconde lecture. L'auteur se compare aux surréalistes qui proposent un art dénué de raison, dénué des valeurs communes. Mais cela me fait également penser aux dadaistes qui répondent à l'absurdité de leur monde, de la guerre par un art absurde, automatique.

Cette lecture m'a donné envie de lire son dernier ouvrage, L'Odyssée d'une valise en carton, paru en 2012 aux éditions Rackham. Il semble y avoir une continuité. Il y parle de ce qui rassemble et désunit les peuples : le matérialisme. Car celui-ci bouche la communication, laisse place à l'individualisme, à la culture et consommation de masse qui empêchent l'imagination. Il parle de la crainte de l'autre et de la tristesse de la communication. Il fait également référence aux frontières culturelles.

 

Ben-Katchor--L-Odyssee-d-une-valise-en-carton.jpg

Camille, 1ère année édition-librairie 2012-2013

 

 

Ben KATCHOR sur LITTEXPRESS

 

 

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Articles de Gaëlle et de Nicolas sur Julius Knipl photographe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Camille - dans bande dessinée
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