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17 juillet 2011 7 17 /07 /juillet /2011 07:00

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Bernard LENTERIC
La nuit des enfants rois
Olivier Orban, 1981
LGF/Livre de poche, 2001
Réédition Numéro 1, 2011







 

 

 

 

 

 

 L'auteur en quelques mots
 
Bernard Lenteric est un écrivain français né à Paris en 1944 et décédé en 2009. Il exerce de nombreux métiers avant de se tourner vers la littérature. Son premier roman, La Gagne, sort en 1980 ; il acquiert une certaine notoriété en 1981 avec La nuit des enfants rois. Ce livre sera qualifié de « best-seller » en France et fera l'objet d'une adaptation cinématographique en 2010.

La bibliographie de Bernard Lenteric se compose d'une quinzaine de livres publiés chez divers éditeurs tels que Olivier Orban, Lattès, Plon.



Résumé
 
Jimbo Farrar informaticien de génie et surdoué de surcroît semble être la personne désignée pour mener à bien le projet de la fondation Killian. Ce dernier consiste à débusquer, dès la maternelle, des enfants qui présenteraient des capacités intellectuelles bien supérieures à la moyenne. Pour cela, Jimbo, aidé de son super ordinateur nommé Fozzy, traque et teste tous les enfants des États-Unis. Malgré des investissements financiers considérables, ce projet semble stérile jusqu'au 18 juin 1971 « et il est 10 heures du soir quand ça arrive ».

Sept écrans, sept dessins. Aucun ne ressemble pourtant aux autres. Jimbo est assailli par un malaise grandissant. Lorsqu'il ordonne à Fozzy de superposer les gribouillages et qu'il découvre les mots « WHERE ARE YOU ? » sur l'écran, il sait qu'il vient de faire une découverte qui dépasse l'entendement. Ces sept enfants ont entre quatre et cinq ans, ils sont dispersés aux quatre coins des États-Unis et ne se sont jamais rencontrés... Pourtant, un lien inexplicable les unit. Durant dix années, Jimbo Farrar rencontrera chacun d'eux à l'occasion d'une visite annuelle. À l'exception des phrases « Vous n'êtes pas seuls. Vous êtes sept » prononcées la première année, ses visites se résumeront à un regard, une sorte de piqûre de rappel. S'enclenche alors un compte à rebours avant que les Sept soient réunis à l'occasion d'une distribution de prix organisée par Killian Incorporated. Tout aurait pu laisser place à un bonheur parfait, celui d'être enfin ensemble ; pour la première fois de leur vie, ils se sentent entiers et apaisés. Fini la solitude et le mensonge. Plus besoin de paraître pour rester dans une invraisemblance acceptable. Ils peuvent être ce qu'ils sont réellement : de purs génies, bien plus intelligents que tous les autres, à eux sept ils ne font qu'un. « Ils sont un seul esprit, une seule volonté. »

Hélas ! la nuit de leur rencontre sera aussi celle de leur basculement dans la violence. Battus, violés et blessés, ils sortiront de cette expérience pleins de haine et de besoin de vengeance. Les Sept sont désormais des meurtriers en puissance. Le monde leur appartient ; il ne tient qu'à eux d'en prendre possession. Jimbo l'a compris, rien ne pourra les détruire, excepté celui qui les a créés. Lui. Jimbo. Tiraillé entre amour et admiration, il devra choisir son camp. S'il n'est pas avec eux il est contre eux. Il n'y a pas d'alternative.



Un roman plein d'inquiétude
 
Paru en 1981, ce roman met en scène un monde qui évolue en permanence, engagé dans une course stimulée par l’émergence de l'informatique et la rapidité du progrès technique. Le personnage principal, Jimbo Farrar, est le représentant de la génération qui arrive. Il est plongé au cœur de l'informatique à tel point que son ordinateur subit une personnification sans égal :

« On l'avait baptisé Fozzy. Il était tellement ultraperfectionné qu'il pouvait parler avec une vraie voix humaine, en imitant par exemple Cary Grant dans Philadelphia Story, Judy Garland dans A star is born ou Dustin Hoffman dans Macadam Cowboy. Et, mieux que cela, si on lui posait une question stupide, il était capable de réponses encore plus stupides. Plus ultraperfectionné que cela, c'est difficile. Et naturellement, quand cela arriva, il parlait avec Jimbo Farrar. »

Il me semble presque naturel de dire que Fozzy est un des protagonistes de l'histoire. C'est lui qui trouvera les Sept, qui sera le lien entre eux et Jimbo. Ce rôle accordé à l'ordinateur n'est pas anodin. Il traduit cette inquiétude ambiante face au progrès technique, à la méconnaissance de son influence sur l'homme, la société et l'économie.

Ce roman est une sorte de mise en garde contre la faiblesse de l'informatique malgré sa toute puissance apparente. Les Sept symbolisent cet aspect de la pensée. Bien qu’ils semblent indestructibles, les failles existent.

La nuit des enfants rois, c'est aussi un roman de l'adolescence et de ses conséquences sur le passage à l'âge adulte. Cette transition est également abordée d'une façon très noire. Les Sept sont au cœur de la violence générée par leur changement de statut, caractérisé par le passage de l'adolescence. Cette période est marquée par une haine destructrice qui va les mener jusqu'au meurtre. Ce passage, considéré comme « difficile » dans une vie humaine, est ici amplifié, dilaté jusqu'à être complètement destructeur. Le trauma généré par la nuit de viol et de passage à tabac déclenche le processus de transition. L'enfance est à jamais quittée mais ils ne veulent pas être adultes. Comme les Sept sont des génies, leur « crise » d'adolescence ne sera pas ordinaire. Pleins de haine et de rancœur, ils décident de voler des millions. Ils ne reculent devant rien et éliminent tous ceux qui approchent de la vérité.



Construction et écriture
 
Le roman se divise en huit chapitres eux-mêmes découpés en sous-chapitres. Cela donne un rythme particulier qui laisse plus de place à l'action qu'à la profondeur des personnages. Les Sept sont considérés comme une seule et même entité. Dans cette idée, Lenteric n'a pas étoffé sept personnalités différentes. On ne connaît pas bien leurs noms, excepté celui de Liza. Le lecteur a accès à son intériorité car elle sera une sorte de clé pour le dénouement final. Les enfants sont nommés « les Sept ».

Jimbo est marié à Ann. On n’a d'elle qu'une brève description très synthétique, presque comme une fiche technique :

« Ann vient d'achever des études de journalisme et de droit. Elle peut occuper un poste dans un journal de Denver avec d'autant plus de facilités que le journal appartient à la famille, comme pas mal de choses dans le Colorado. Elle peut aussi partir pour Los Angeles ou New York, ou pour l'Europe. Pas de problèmes. Et, si elle veut entrer dans la télévision, ABC, NBC ou CBS, aucune difficulté. L'oncle Harold leur verse assez d'argent en publicité. […] Ann Morton est blonde et grande. À trois reprises, les gens de Playboy sont venus lui demander de poser dans leur page triple du milieu, vêtue en tout et pour tout d'une rose entre les dents. Elle a failli dire oui à la seule fin d'emmerder Mme veuve et l'oncle Harold. Elle a dit non. »

Cet extrait à propos d'Ann est très représentatif des descriptions qui jalonnent le roman. Ce qui est important, c'est l'action et surtout l'inquiétude face à la société qui se développe. Les personnages n'ont pas besoin d'être profonds, le lecteur n'a pas de temps à perdre dans les méandres de leurs pensées ; ce qui prévaut, c'est l'intrigue.

Seul le personnage de Jimbo a une réelle profondeur. On le suit, lui et ses doutes. C'est une sorte de géant au cœur tendre. Le lecteur apprend peu à peu à le connaître à travers ses réflexions sur les Sept et la conduite à adopter à leur égard.
 


Avis personnel
 
La nuit des enfants rois est un roman de fiction et d'action. Il est très rapide à lire ; c'est un choix qui est accentué par la mise en page. On peut lui reprocher le manque de profondeur de certains personnages qui mériteraient un peu plus d'attention et la rapidité de la fin. J'aurais d'autant plus apprécié le roman si cette dernière avait dérogé à la règle de la vitesse pour nous accorder quelques pages de plus. Malgré ces quelques petits reproches, qui semblent être partagés par de nombreux lecteurs, je ne me lasse pas de ce roman. Il réussit à mettre en scène des personnages entre fiction et réalité. De telles intelligences confinent à la folie et pourtant les Sept sont attachants. Jimbo Farrar réussit à nous faire douter avec lui de la nécessité de les détruire. C'est aussi une critique, enfin plutôt une mise en garde, contre le progrès et ses effets. Ce roman s'inscrit contre l'idée générale de l'époque qui veut que la technique soit salvatrice. Il montre qu'elle peut être utilisée contre l’homme même si son but premier était de l’assister. Qu'elle peut même échapper à tout contrôle à travers une poignée de leaders. Jimbo soulève cette question en s'interrogeant sur les hommes qui ont marqué l'histoire et la conjoncture des événements qui a favorisé leur montée en puissance.

Il me semble que ce roman convient aussi bien aux adolescents qu'aux adultes. Les uns et les autres n'y verront pas les mêmes intérêts mais finalement chacun y trouve son compte.


Margaux, 1ère année Éd.-Lib.

 

 

 

 


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Published by littexpress - dans fiches de lecture 1A
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