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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 07:07

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Bernard-Marie KOLTÈS
La nuit juste avant les forêts
Minuit,1988


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Koltes.jpgBernard- Marie Koltès, auteur dramatique, est né en 1948 à Metz. Fils d'officier, il grandit dans une famille bourgeoise.Pour lui, Metz, c'est la laideur et l'ennui. Alors, à dix-huit ans, il part, découvre le théâtre et suit ses envies d'ailleurs :

« Je trouve qu'il est essentiel de voyager à la fin des études. On apprend des choses qui servent toute la vie. Si on met pas dans la gueule des mecs de 18 ans la place relative qu'on occupe dans le monde, ils passeront leur vie à penser qu'ils sont très importants.(...) Si on l'apprend jeune, on ne l'oublie pas. Moi, à 20 ans, ça m'a mis tout en doute (.... ) ».

Ses pas l'emmèneront en Russie, en Afrique, en Amérique Latine et à New-York.

À vingt ans, il voit Maria Casarès, grande tragédienne française interpréter Médée : impressionné, il se met tout de suite à écrire. Il intègre l'école du Théâtre National de Strasbourg puis monte sa propre troupe, « Le Théatre du quai » en 1970. En 1977, il écrit  La nuit juste avant les forêts, montée en off au festival d'Avignon. Suivront, entre autres, Combat de nègre et de chiens (1979), Dans la solitude des champs de coton et Quai Ouest (1985). Patrice Chéreau sera le principal metteur en scène de ses pièces. Il décède du SIDA, à Paris, à l'âge de quarante et un ans.
 

 
Un personnage semblant vouloir échapper à des individus menaçants et cherchant un abri rencontre au coin d'une rue un individu avec qui il entame, en une longue et unique phrase, un dialogue qui restera sans écho. Celui qui semble être un jeune homme seul et désoeuvré expose alors, avec enthousiasme et désinvolture, ses idéaux teintés d'amertume et de désespoir. À travers la voix d'un personnage anonyme, Koltès distille ses colères et ses aspirations. Il dresse le constat d'une société où « tout fout le camp » : où la politique est faite par des voyous, où la trahison revêt le visage de l'amour, où même les prostituées deviennent sentimentales... Où l'horizon c'est « l'usine ou rien ».

À travers une écriture désarçonnante apparaissent des éléments qui caractérisent les pièces de Koltès : la force du langage, l'impression de solitude et d'étrangeté, des personnages qui se débattent dans une situation qui leur échappe, l'engrenage d'une société corrompue qui broie ceux qui voudraient croire à autre chose.

La nuit juste avant les forêts marque par sa forme. Le monologue du personnage se présente comme une longue et unique phrase. Les mots s'enchaînent en un flot ininterrompu. Cela donne un rythme et une musicalité très forts et fait du langage un élément de l'action à part entière. Koltès donne à la parole une place primordiale. Pour lui, le théatre, c'est fabriquer du langage. « La parole, explique-t-il, a une part considérable dans nos rapport avec les autres, elle dit beaucoup tout en étant complexe. » Il écrira la majeure partie de ses pièces à l'étranger, loin, dit-il, de sa langue natale qui prend alors une autre dimension, plus forte et plus  riche.
 
« (..) forcé de cacher que je suis étranger, forcé de parler de la mode, de la politique, de salaire et de bouffe, tous ces cons de Français avec leurs mêmes gueules et leurs mêmes soucis, parlant de bouffe jusque sous la pluie, tournant le dos au vent et parlant toujours de bouffe, et moi qui approuvais, pour pouvoir être libre tout à l'heure de courir, courir, courir, (..) »
 
Le personnage se sent d'autant plus solitaire et étranger qu'il porte en lui un désir de liberté et une vision anticonformiste du monde. Sa frustration est  renforcée par l'obligation de taire ses aspirations et pourtant elles sont aussi réelles que fortes.  Il les livre donc aux seules oreilles qui lui inspirent confiance et expose son rêve ultime : former « un syndicat international ». Il se rêve défenseur des plus faibles et de l'égalité face à une violence latente et pernicieuse. Il joue les caïds et veut défendre celui qu'il considère déjà comme un ami et appelle « Camarade ». Mais celui qui joue les gros bras ne bronche pas quand deux loubards lui cassent la figure après lui avoir volé son portefeuille.
 
Omniprésent, le pouvoir injuste et aveugle, entrave ses rêves de liberté et d'indépendance :

« (…), je voudrais être comme n'importe quoi qui n'est pas un arbre, caché dans une forêt au Nicaragua, comme le moindre oiseau qui voudrait s'envoler au-dessus des feuilles, avec tout autour des rangées de soldats cachés avec leurs mitraillettes, qui le visent, et guettent son mouvement, et ce que je veux te dire, ce n'est pas ici que je pourrais te le dire, il faut que l'on trouve l'herbe où l'on pourra se coucher, avec un ciel tout entier au-dessus de nos têtes, et l'ombre des arbres (...) ».

Il dénonce le système dominé par une minorité, qui exploite les ouvriers, mais qui bénéficie du soutien du peuple lui-même, ignorant et prêt à se battre pour les miettes qu'on veut bien lui laisser.
 
Ce qu'il reste à ce jeune homme est cet autre, visage amical éloigné des rapports cyniques entre les individus. Dans ce décor urbain, théâtre de tragédies singulières, des histoires d'amour se dissolvent dans l'indifférence générale. Koltès envisage les rapports humains sous un angle commercial car, selon lui, c'est ce qui se rapproche le plus de la réalité. On retrouve cette idée à travers trois relations amoureuses : les deux premières, vécues (ou rêvées) et racontées par le personnage, se soldent par un abandon et par une trahison, la troisième est celle d'une prostituée, qui meurt de chagrin, délaissée par son homme...



Avec  La nuit juste avant les forêts, Bernard-Marie Koltès nous livre une écriture qui lui est propre, rythmée, musicale et insaisissable. Lui qui se défiait du théâtre et s'imaginait écrire pour De Niro ou Brando, revenait paradoxalement vers lui pour ses contraintes. « Avant, je croyais que notre métier c'était d'inventer des choses, maintenant je crois bien que c'est de les raconter. » L'espace et le temps semblent se confondre, il est parfois difficile de se situer dans ce récit mais cela est peut être secondaire, il est le reflet d'une génération dans laquelle on se retrouve encore aujourd'hui. Ce texte est, plus que jamais, un texte qui se dit. Il semble fonctionner comme une boucle ou un feedback. Le personnage est une voix , une voix qui s'éteint sitôt les mots prononcés, et qui n'existe peut être que parce qu'elle est entendue. En nous plongeant dans l'intériorité de ce personnage énigmatique, c'est à nous que cette voix fait écho...
 
 
Céline, AS Bib.
 
Cette pièce a été présentée au Tnba du 17 au 19 janvier 2012
 

 

 

Liens

 

  tnba www.tnba.org


 http://www.bernardmariekoltes.com/

 

 

Bernard-Marie KOLTÈS sur LITTEXPRESS

 

koltes-dans-la-solitude-des-champs-de-coton.gif

 

 

 

 

 

Articles d'Elisa et d'Anne-Claire sur Dans la solitude des champs de coton.

 

 

 

 

 


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Published by littexpress - dans théâtre
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