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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 07:00

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Bernard Marie KOLTÈS
Roberto Zucco
Minuit, 1990

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Roberto Zucco est une pièce de théâtre écrite par Bernard Marie Koltès (1948-1989) et parue aux éditions de Minuit en 1990. C’est donc sa dernière pièce.



Roberto Zucco est une épopée des temps modernes, retraçant la vie du personnage principal, incarcéré pour le meurtre de son père, à partir de son énième évasion de prison.

Cette pièce est inspirée de faits réels. En effet, l’auteur reprend ici la terrible histoire d’un meurtrier italien appelé Roberto Succo qui commit de nombreux meurtres. Certes, Koltès n’était pas très informé sur ce sujet mais il s’est appuyé sur des photos et articles de presse résumant la vie et les crimes atroces du jeune homme. En Italie, Succo était devenu une icône anticapitaliste.

Lors de la première représentation, la pièce a fait scandale car il fallait respecter la mémoire des morts et les familles des victimes de Succo. Or, la pièce de Koltès, même si la première lettre du nom du tueur a été changée, présente Zucco comme un héros intrépide.

La pièce est une chronologie d’événements mettant en scène Zucco avec divers personnages secondaires, tous en recherche d’identité. Les thèmes sont la solitude, la quête de l’identité ou du bonheur, les désillusions, la violence de la société, l’abandon, la folie, la perversité, la vengeance, les traditions familiales. En effet, certaines scènes sont choquantes et immorales, comme lorsque Zucco étrangle sa mère alors qu’il fait semblant de vouloir la serrer dans ses bras pour faire la paix (page 18).

Malgré tous ces  thèmes pessimistes, l’œuvre de Koltès est également pleine d’humour. Il y a beaucoup de comique de situation, ou des répliques touchantes, comme par exemple dans les premières pages quand les gardiens de prison discutent paisiblement alors que Roberto Zucco est en train de s’échapper tout près d'eux (lire page 9).

De plus, la scène de la prise d’otage est également marquante : une femme quelconque est prise en otage par Zucco dans un parc et celui-ci menace de la tuer sous les yeux des promeneurs. Or, les témoins de la scène ne sont pas choqués le moins du monde. Au contraire, ils assistent à la scène comme s’ils étaient au théâtre ; nous avons donc en quelque sorte du théâtre dans le théâtre. La vctime de Zucco s’écrie :

« Arrêtez de faire du scandale. Regardez : ces imbéciles vont s’approcher, ils vont faire des commentaires, ils vont appeler la police. Regardez : ils s’en lèchent déjà les babines, ils adorent ça. Je ne supporte pas les commentaires de ces gens-là. Tirez donc. Je ne veux pas les entendre, je ne veux pas les entendre. ».

Les gens sont donc représentés comme des êtres vicieux qui se délectent de la souffrance d’autrui comme d’un divertissement quelconque.



Roberto Zucco est un héros marginal car il ne cherche pas à répandre le bien. Il est choquant car impulsif, sans pitié ; son vocabulaire est cru et ses pensées sont plutôt dérangeantes et folles. De plus, l’œuvre est très axée sur la psychologie : on cherche toujours à comprendre pourquoi le criminel agit de la sorte mais on ne parvient finalement pas à trouver, ce qui est parfois déstabilisant. On veut croire que le héros changera en bien avant la fin du texte mais il s’agit bien d’une tragédie, la fin est inéluctable. D’ailleurs, la quatrième de couverture explique que Zucco est « un personnage mythique, un héros comme Samson ou Goliath, monstres de force ».

Le personnage de La Gamine est sans doute le plus intéressent après le personnage principal car elle seule sait faire parler et avouer le criminel. Elle n’a pas de nom précis mais seulement des surnoms d’oiseaux que lui donne sa famille qui la voit comme une petite fille chétive et pure (petit moineau, alouette, colombe, pinson, poussin…). Elle tombe amoureuse de Zucco alors qu’il lui a volé sa virginité et qu’elle fait la honte de sa famille à cause de cet incident. Il est intéressant de voir que Zucco, gravissant tous les obstacles, est pourtant désarçonné par la délicatesse de La Gamine. Nous pouvons nous demander si Zucco n’est sympathique envers elle que par pitié.



La répartition des répliques est étrange : les personnages autres que Zucco ont toujours plus de répliques que Zucco lui-même alors qu’il est le héros, présent dans toutes les péripéties, comme si l’auteur ne souhaitait pas que l’on arrive à cerner ce personnage sombre. Lorsqu’il daigne exprimer ses pensées, c’est sous l’effet de l’alcool ou bien par obligation, à force d’insistance de La Gamine. Selon lui, il n’y jamais rien à expliquer, le monde est ainsi : il est absurde et il est absurde de vouloir mettre des mots sur des choses ou des sentiments. D’ailleurs, même son identité lui importe peu et il a du mal à révéler haut et fort son nom. Le fait que Zucco se confie moins que les autres personnages nous prouve qu’il est incompris et solitaire.

Ce théâtre se différencie du théâtre de l’absurde. En effet, dans Roberto Zucco, le personnage du tueur n’est pas « vide » comme le seraient les personnages de Beckett ; c’est le monde qui l’a rendu ce qu’il est aujourd’hui, c’est la violence du monde qui l’a transformé en tueur. Zucco est donc irresponsable, il ne peut pas lutter contre son destin.

Une certaine poésie émane des monologues, même lorsque les personnages parlent de la violence environnante. Le comble réside aussi dans le fait que Roberto Zucco, apparaissant comme invincible, en soit réduit à avoir peur de personnes inoffensives comme les enfants ou les prostituées. Ces dernières le défendent car elles le prennent pour un attardé mental presque schizophrène.

Les actions ne se ressemblent jamais et apportent toutes un éclairage sur le personnage mystérieux qu’est Zucco. Les dialogues sont simples mais efficaces. Ils tiennent le lecteur en haleine et poussent à la réflexion. Le rythme est soutenu. Est-ce une critique de la société décadente ou bien des Hommes eux-mêmes qui semblent comparés à des chiens affamés, agissant par intérêt et par égoïsme ?

Le livre peut être perçu comme une alerte sur le manque de communication entre les hommes, sur l’incompréhension. L’auteur nous laisse le droit de nous approprier le texte et plusieurs interprétations du personnage de Zucco ainsi que de l’histoire sont possibles.

J’ai beaucoup apprécié cette pièce et j’ai trouvé qu’elle se démarquait vraiment des autres. Le personnage de Zucco est fascinant. Nous nous rendons compte au fur et à mesure de l’œuvre que nous éprouvons de la compassion pour ce criminel, ce pourquoi la réception de cette pièce a été si polémique à mon avis.


Camille, 2ème année BIB


 

 

Bernard-Marie KOLTÈS sur LITTEXPRESS

 

 

Koltes La nuit juste avant les forets

 

 

 

 

Article de Céline sur La nuit juste avant les forêts

 

 

 

 

 

 

 

 

 Table ronde au TnBA sur Koltès et La Nuit juste avant les forêts


 

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Articles d'Elisa et d'Anne-Claire sur Dans la solitude des champs de coton.

 

 

 

 

 

 

 


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Published by Camille - dans théâtre
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commentaires

Anonyme 04/03/2017 17:01

Merci beaucoup, ça m'a bcp aidé pour réaliser un sujet d'invention sur deux metteurs en scène qui se disputent.

Cacatoès 20/03/2016 12:02

Mersi ct tré hutile

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