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15 septembre 2012 6 15 /09 /septembre /2012 07:00

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Blaise CENDRARS
Histoires vraies
Grasset, 1937
Rééd. Denoël, 2003


 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

http://www.poesie.net/cendrs2.htm


Le recueil

Publié chez Grasset en 1937, le recueil Histoires vraies est composé de sept nouvelles. Cendrars nous entraîne avec lui dans ses souvenirs d’aventures rocambolesques à travers le globe via cette œuvre qui est à la fois une ode au voyage, une invitation à la découverte et un tour du monde gratuit.

Ce recueil a été composé par l’auteur, ses nouvelles n’ont pas beaucoup de points communs les unes avec les autres si ce n’est le narrateur (toujours Cendrars qui nous raconte ses voyages, fictifs ou non), et le fait qu’elles soient certainement toutes contemporaines de leur situation d’écriture.



« T.P.M.T.R. » : une histoire de marins un peu rustres à bord d’un bateau de plaisance, et de leur ligue qui promet le retour au pays natal du corps d’un copain mort à bord… la T.P.M.T.R.

« L’égoutier de Londres » : où Cendrars raconte sa drôle de guerre. En faction dans un camp où rien ne se passait, il se retrouve en cohabitation forcée sous sa tente avec un étrange personnage, un Anglais agonisant qui lui raconte sa découverte.

« Le cercle du diamant » : en plein voyage au Brésil, l’auteur peint avec subtilité et énergie le monde des chercheurs de diamants, les bagarres de bars, les tueries… mais également les histoires d’amours et de trésors cachés !

« Le Saint inconnu » : Santiago, Chili. Cendrars s’improvise hagiographe en racontant la vie d’un Saint, né métis et handicapé dans une famille pauvre et qui finira adulé par un pays entier pour son don de guérison.

 « Au Bidon de sang » : préfacée et traduite par Cendrars, cette nouvelle d’Al Jennings est une pure histoire de bars, de cow boys, de hors la loi, de western comme on les aime !

« L’Actualité de demain » : réécriture d’un article sur la révolution au Brésil, suivie d’un entretien entre Cendrars et un léniniste sur l’actualité idéologique et politique du monde, déjà bien controversée à cette époque. Entre citations d’auteurs tels que Comte ou Guzman (on a droit a un extrait de L’aigle et le serpent, livre que Cendrars aurait préfacé) et réflexions sur ces « jeunes gens qui s’ennuient dans la vie », l’auteur fait à nouveau montre de son admiration profonde pour l’Amérique du Sud, sa culture et ses mouvements.

« En transatlantique dans la forêt vierge » : en véritable Petit Routard, Cendrars nous livre en une nouvelle un récit, un guide de voyage pour une croisière en Amazonie : points de départ, quel cargo emprunter, par où arriver… Le lecteur a même droit à une description chiffrée du Brésil et de l’Amazonie. Oiseaux, végétation, descriptions des virages et directions à prendre en bateau… Une liste exhaustive de données à prendre en compte pour effectuer une virée amazonienne, à la Cendrars, c'est-à-dire mêlée à une histoire rocambolesque et improbable !

« La sensation subite d’être plongé dans un univers inconnu est une sensation grandiose, au-delà de toute expression, et probablement aussi c’est la sensation la plus forte, la plus inquiétante qui puisse troubler un homme civilisé. »



Les thèmes

Le côté indéniablement autobiographique de ce recueil (Cendrars préface sa traduction d’une nouvelle d’Al Jennings en décrivant leur rencontre) laisse cependant une interrogation au lecteur : autobiographie réelle ou fictive ? Certaines rencontres et destinations de Cendrars sont connues et authentifiées, mais comme nous le savons cet homme a écrit sur des contrées qu’il ne connaissait pas.

Cendrars nous parle de la mer. Ayant navigué sur différents cargos et bateaux, il emploie un vocabulaire de marin et connaît bien le fonctionnement d’un bateau et de sa hiérarchie. Son récit de voyage sur mer est criant de réalité, il est très complet et prenant.

Le thème associé par les marins à la mer, dans la première nouvelle notamment, est la mort. Cet épisode dans lequel le boulanger du cargo meurt et ses amis se battent pour ne pas jeter son corps à la mer mais le ramener chez lui comme il le voulait témoigne d’une solidarité même dans la mort, d’une amitié forte. Nous pourrions le lier, en une référence très anachronique mais amusante, à Georges Brassens et ses « Copains d’abord » : « quand l’un d’entre eux manquait à bord, c’est qu’il était mort, oui mais jamais au grand jamais, son trou dans l’eau n’se refermait, cent ans après coquin de sort, il manquait encore… ».

Un thème prédominant dans toutes les nouvelles est la religion, la majorité des histoires de ce recueil se situent dans les années 20 à 30. Or, Cendrars nous plonge dans une époque où la désacralisation du religieux n’est pas encore de mise. La Seconde Guerre mondiale n’est pas encore là, et même si l’Europe et tout particulièrement sa foi a été affaiblie par la drôle de guerre, le religieux compte encore dans la vie de beaucoup de gens, est encore ancré dans les mentalités. C’est dans la quatrième nouvelle que Cendrars s’improvise hagiographe et raconte la vie d’un saint chilien, désacralisant paradoxalement le rôle des docteurs et des théologiens du Tribunal Sacré (« Mon rôle n’est pas de dresser la liste des innombrables miracles attribués au sacristain de la cathédrale de Santiago, puisque cette liste sera publiée en son temps par la commission compétente de la curie romaine, après enquête contradictoire, critique des faits, audition des témoins… »).

La vie de Cendrars est fondée sur le voyage, il n’est donc pas étonnant qu’il en fasse l’apologie. Il balade son lecteur dans le monde entier, et connaît beaucoup de régions du monde (ou les invente). En partageant son coup de cœur pour l’Amérique du Sud, il ouvre le regard d’un lecteur peu friand de littérature sud-américaine sur ce continent à découvrir, même par les yeux d’un Européen, avec tout ce que la description faite aura de merveilleux et de rocambolesque.

De plus, Cendrars évoque fortement le concept même de départ, déjà illustré par les grands voyageurs de la littérature tels que Ulysse ou Don Quichotte. Les nombreuses descriptions des pays latino-américain (le Chili, le Brésil) transmettent cette ambiance, propre à ces régions, et l’auteur écrit avec un tel enthousiasme que le lecteur ne pourra rester de marbre.



Une ouverture aux autres cultures, à peine crédible pour l’époque, qui ne pouvait intéresser que les bourlingueurs comme Blaise Cendrars : « La plus belle des croisières est certainement celle qui vous dépayse le plus ».

 « Le XXème siècle sera le siècle de l’Amérique latine. C’est pourquoi l’Europe, et tout particulièrement la France et les pays méditerranéens ont tort de se désintéresser complètement des révolutions politiques, économiques, morales, sentimentales, religieuses, du Sud et du Centre Amérique. C’est dans ces régions, aujourd’hui encore aux trois quarts vierges, que vont se jouer leurs prochaines destinées. »


Juliette, 1ère année éd-lib. 2011-2012

 

 

Blaise CENDRARS sur LITTEXPRESS

 

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Articles de Camille et de Loïk sur Du monde entier.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 


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Published by Juliette - dans Nouvelle
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