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4 août 2013 7 04 /08 /août /2013 07:00

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Bohumil HRABAL
La Chevelure sacrifiée
Postřižiny
édition samizdat, 1974
traduction Claudia Ancelot
Gallimard
L'Imaginaire, 1987 et 2003
Adaptation en film
par Jiří Menzel en 1980

 

 

 

 

 

 

 

 

L'auteur

Bohumil Hrabal est né à Brno en 1914 et est mort à Prague en 1997. Il s'agit d'un des auteurs les plus importants de la littérature tchèque du XXème siècle. Il a exercé de nombreux métiers au cours de sa vie et a fini ses études de droit péniblement lors des diverses dictatures d'Europe centrale.

Il est marqué par les œuvres de Kafka, Sénèque, Camus et les contes oraux d'Europe de l'Est.

 

Son œuvre

Hrabal s'illustre notamment en décrivant de façon drôle et émouvante la vie simple des Tchèques du début du XXème siècle.

Dans Une trop bruyante solitude, Hanta est chargé de pilonner des livres interdits par la dictature communiste. Il tente alors de résumer le désespoir, la culture qui le sauve, une vie simple mais difficile qui l'attend dans un univers aussi répressif.

Dans Trains étroitement surveillés, on nous raconte la vie d'une petite gare, jusqu'à ce que le personnage principal se rende compte que les trains partent en réalité vers les camps de concentration.

Enfin, Moi qui ai servi le roi d'Angleterre est une œuvre qui évoque l'ascension sociale d'un jeune serveur au début du XXème siècle à Prague.

 

Les thèmes de l'auteur

Bohumil Hrabal met souvent en avant des personnages seuls, mais non dénués d'humour qui profitent dès qu'ils peuvent d'une vie simple autour d'une bière. À travers ses œuvres, il critique surtout les régimes totalitaires qui ont opprimé l'Europe centrale.

Hrabal évoque notamment la présence de samizdat, un système de diffusion clandestine des œuvres interdites par les pouvoirs en place. Il a lui-même publié la majorité de son œuvre de cette manière, avant d'être découvert et publié officiellement après la chute du bloc soviétique.

Il met en avant des Tziganes dans ses œuvres, peuple auquel il rend hommage et dont il dénonce la persécution permanente. Il décrit par ailleurs une histoire d'amour avec une jeune Tzigane qu'il ne reverra jamais après le passage des nazis dans Une trop bruyante solitude. Ayant exercé plusieurs petits métiers, Bohumil Hrabal sait ce qui anime les foules d'Europe Centrale.

 

L'histoire

La Chevelure sacrifiée raconte la vie de Maryska et Francin, un couple qui mène une existence simple en Tchéquie. Maryska est la narratrice de l'histoire, qui met en avant son couple dans des situations assez cocasses. Elle avoue elle-même aimer Francin, mais aussi beaucoup la charcuterie, la bière et les travaux manuels. Maryska décide ensuite de se laisser pousser les cheveux et cela va amener à des situations particulièrement étranges, à la création d'un monde onirique...

Une partie du livre explique les petits rituels de la vie et les grandes étapes initiatiques comme le mariage, et fait l'éloge des plaisir simples de la vie comme la danse ou un verre de bière.

Ce livre se base beaucoup sur les contes oraux tchèques, notamment avec la présence d'une chevelure aux pouvoirs extraordinaires.

Moins engagé politiquement que la plupart de ses œuvres, La Chevelure sacrifiée reste cependant une œuvre importante qui montre tout le complexité de l'univers de l'auteur mais également le goût pour un amusement sans cesse, pour montrer ce qui fait le véritable monde. L'auteur met en avant des personnages plutôt hors du commun, fantasques et parfois marginaux, qui deviennent à la lecture extrêmement attachants par leur vécu et leurs paroles.



Le conte populaire

La chevelure a une importance dans l'imaginaire collectif de nombreux pays, elle est symbole de féminité, d'érotisme mais également de pouvoirs surnaturels supposés.

L'auteur, au fil du texte, personnifie les objets et apporte une dimension fantastique aux situations triviales. Ainsi, l'oncle cordonnier de Francin se bat contre des monstres qui sont en réalité des souliers à réparer. Puis, à son tour, la chevelure de Maryska devient l'objet de situations étranges, ses cheveux deviennent source de problème. Les cheveux peuvent être comparés à du lierre, cette plante rampante, qui devient peu à peu envahissante.

Ce conte populaire permet de mettre en lumière les contes et superstitions de Moravie. La chevelure féminine est donc objet de controverse, accusée souvent de procurer des pouvoirs surnaturels à celles qui les laissent pousser.

La magie de cette œuvre repose sur les croyances populaires et les sentiments forts qui animent les êtres humains. L'auteur aime donner vie à des personnages hauts en couleur, fantasques, qui vivent pleinement leur vie avec fantaisie, à l'instar de Maryska, qui manie plus volontiers la hache que la machine à coudre. C'est donc le récit d'une antihéroïne qui fait appel à ses souvenirs d'enfance et mène ainsi sa vie avec force et détermination.

 

Le style de l'auteur

Les phrases sont longues, rythmées, ponctuées, foisonnantes, exprimant ainsi le rythme effréné de la vie des personnages. Hrabal revient sur le moyen d'expression qui lui est cher : la palabre. Les phrases sont ainsi de longs monologues de personnages qui semblent dialoguer avec eux-mêmes, ils se comprennent et font état de leurs pensées intérieures. La palabre peut être vue comme une discussion sans fin, émanant des pensées directes d'une personne. Cet art oral est ainsi ici retranscrit à l'écrit par Hrabal.

La Chevelure sacrifiée est une œuvre lyrique, basée sur la mémoire et la croyance populaire, qui est racontée de façon très originale par Hrabal, teinté de surréalisme. J'ai beaucoup aimé le foisonnement qui découle du texte, sa poésie naturelle et son histoire décalée qui confère une vision déjà novatrice de l'héroïne féminine, aux antipodes des contes traditionnels.

 

Citations

 

« Il faut que je vous dise que tant que mes cheveux étaient mouillés, jamais ils ne promettaient ce qui allait advenir en séchant ; dès le début du séchage on aurait cru voir naître dans leurs flots des milliers d'abeilles d'or, des milliers de vers luisants, des milliers de minuscules cristaux d'ambre étincelants. » p. 37.

[…] « il faut que je vous dise que c'était pareil le jour de notre mariage, en me mettant la bague au doigt ses mains tremblaient si fort que l'alliance est tombée par terre et a roulé je ne sais où, tant et si bien que d'abord Francin, puis les témoins ensuite les invités se sont mis à la chercher oui, même le prêtre a rampé dans l'église jusqu'à ce que l'enfant de chœur trouve l'anneau sous la chaire, cette alliance ronde qui avait roulé tout à l'opposé de là où tout la noce l'avait cherchée. » p. 41.

« Je lançais un sourire dans ces jumelles et le vent se leva des profondeurs et mes cheveux s'ouvrirent comme un éventail de plumes d'autruche, je vis des flots de cheveux se refermer autour de mes yeux, tout autour de ma personne assise il y avait un halo comme celui de la Vierge Marie aux sept douleurs de la colonne de la peste sur la place... » p. 80-81.

 

Maëlle S., AS Bibliothèques 2012/2013

 

 


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