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7 décembre 2010 2 07 /12 /décembre /2010 19:00

Molière scène d’Aquitaine
Vendredi 26 novembre
18h30

 

 

Judith Elbaz et Christophe Lambert dansent le tango et lisent des textes écrits par Judith elle-même et Stéphane Marte.

Au début, la scène s’éclaire et nous découvrons nos deux protagonistes. Judith est debout à gauche, et Christophe à droite.

Dans le silence, ils se penchant sur leurs jambes. Ils remontent leurs pantalons noirs jusqu’à leurs genoux et une guêtre noire et rouge leur permet de faire tenir le tissu, dévoilant leurs mollets.

Christophe rejoint Judith, et ils entament une marche étrange en se tenant par la taille. La jambe dévêtue de Judith et celle de Christophe sont vers l’intérieur du couple. Judith avance sa jambe avec la guêtre, puis Christophe fait de même, puis ils avancent leur deuxième jambe, en même temps sur les premières notes de cette chanson.

 

Très vite, nous comprenons qu’on suggère la présence d’une troisième personne. Un danseur, ou une danseuse, qui aurait deux guêtres rouges et noires et marcherait entre eux : c’est aussi ce que dit la chanson : « hay un secreto entre los dos ».

J’ai trouvé sur internet les paroles de cette chanson et leur traduction, elles donnent le ton du reste du spectacle  :

Se arrastran los compases compadrones     Se traînent les mesures compadrones
del tango que se encoge, que se estira...       du tango qui se trouble et qui s’étire
Su música doliente pareciera                            Sa musique douloureuse paraissait
sentir que una amenaza se aproxima.           Sentir qu’une menace se rapprochait
Viviremos los dos el cuarto de hora              Nous vivrons tous deux notre quart d’heure
de la danza nostálgica y maligna.                    De la danse nostalgique et maligne.
Escuchemos latir los corazones                       Écoutons battre les cœurs
Al amparo de Venus Afrodita.                          Sous la protection de Vénus Aphrodite
Placer de dioses, baile perverso,                     Plaisir des dieux, danse perverse
el tango es rito y es religión;                              Le tango est rite et religion
orquestas criollas son sus altares                   Orchestres criollos sur leurs autels
y el sacerdote, su bandoneón.                         Et comme prêtre, le bandoneon
Quiero sentirme aprisionado                           J’aime me sentir emprisonné
como en la cárcel de mi dolor,                         dans la cellule de  ma douleur
guarda silencio, mitad de mi alma                  Garde le silence, moitié de mon âme
que hay un secreto entre los dos.                   Il y a un secret entre nous deux
Se arrastran los compases compadrones    Se traînent les mesures compadrones
del tango que se adueña de las fibras.           Du tango qui s’empare de nos fibres
El juego de tus rulos en mis sienes                 Le jeu de tes mèches sur ma tempe
será la extremaunción de mi agonía.            Sera l’extrême onction de mon agonie
Te invito a penetrar en este templo              Je t’invite à pénétrer le temple
donde todo el amor lo purifica.                      Où tout amour se purifie
¡Viviremos los dos el cuarto de hora            Nous vivrons tous deux, le quart d’heure
de la danza nostálgica y maligna!                   De la danse nostalgique et maligne.


Ils vont s’asseoir chacun de son côté, et pendant que Christophe commence à lire le texte de Stéphane, Judith enlève sa guêtre.

Commence une alternance de textes, qui n’ont pas forcément de rapports entre eux.

Le texte de Stéphane parle souvent d’oiseaux. Oisillons tombés de nid, par sa faute, avec lesquels il fait un parallèle : la première fois où il est lui aussi sorti de son nid pour aller dormir chez un camarade d’école. Il a le réflexe de tendre la joue au père de son ami qui rentre, mais l’homme lui tend une main virile. Trop tard, le mal est fait, son camarade a été témoin de son erreur. « Quelle humiliation ! »

Il va s’asseoir devant le public pour casser des œufs dans un saladier de verre tandis que Judith prend la parole. Son texte est très souvent coupé et haché, peu de verbes, enchaînement de substantifs, il faut une grande attention pour suivre le fil de son développement.

Christophe reprend ses feuilles pour nous lire une nouvelle anecdote. Il parle d’œufs, et de sa peur quand il fait des œufs à la coque d’avoir cuit un futur être en devenir. Il parle du sentiment de soulagement qui le saisit à chaque fois qu’il brise la coquille et découvre un jaune vierge : il n’a tué personne, aucun oisillon cette fois-ci.

Judith a enlevé sa chemise, et ils se lancent dans un tango rapide.

Pendant les cinquante minutes que dure la représentation, les yeux des spectateurs sont arrimés aux jambes des danseurs. Tout est très chorégraphié et manque un peu selon moi de spontanéité. Mais quelle maîtrise !

Christophe va également lire un passage qui raconte une gastro-entérite, et à quel point le narrateur était satisfait de sa fatigue extrême, qui le conduisait à n’avoir que deux points fixes dans sa vie : son balcon et l’herbe qui se jette dans la mer, la plage : en effet il ne fait que se traîner d’un de ces endroits à l’autre et il est parfois aujourd’hui nostalgique de cette période où tout lui semblait si simple. Il se trouvait dans un pays ou les perruches sont aussi fréquentes que les pigeons à Paris, alors toutes les hypothèses sont permises : Inde ? Brésil ?

Judith quant à elle rebondit sur le thème des oiseaux, elle lit d’abord le texte en anglais puis en français : elle est sur une plage « surrounded by birds » et elle décrit la « nage vigoureuse » d’une jeune femme, et la détermination de l’athlète qui nage vers le large.

Dans les textes de Stéphane, quelques formules inouïes et savoureuses. Une réflexion sur le travail d’écriture : « On ne dit pas « phallus en érection » comme on dit forêt d’arbres. Des considérations stylistiques : « Une seule lettre Q pour changer mouette en moquette. »

Et dans les textes de Judith, du lyrisme, des gens qui avancent dans le « cylindre pailleté de l’horizon »…

L’avant-dernier texte lu par Judith est à nouveau une suite de mots. On comprend qu’elle parle du monde de la télévision, ou du cinéma, Christophe ajoute parfois à son énumération « un plateau » mais elle l’ignore.

Le dernier texte est partagé entre eux deux. Il s’agit d’un homme qui pleure sur un banc. Une femme le console. Elle lui masse la nuque. Il vient de lui raconter son infidélité à lui, mais c’est elle qui le rassure. Comme le dit Judith, « elle lui apprend les insultes qu’il devra lui dire plus tard. » Elle parle à la troisième personne. Christophe parle à la première personne, il est le mari adultère.

Le dernier morceau sur lequel les danseurs s’élancent est le même que le premier. Mais cette fois-ci, ils se sont attaché à la taille une laisse de chien, rouge pour Judith, verte pour Christophe.

Ils les ont données à deux spectateurs du second rang, situé tout à gauche pour Judith, et tout à droite pour Christophe.

Quand le couple se reforme sur scène, les laisses délimitent un triangle au sommet duquel le couple virevolte. Quand ils tournent les laisses s’enroulent autour d’eux. Mais ils finissent toujours par tourner en sens inverse et par s’en libérer.

Peut-être s’agit de la représentation de leur histoire passée, de ces extraits de vie qu’ils nous ont lus, et qui ne les empêchent pas de danser ensemble, ni ne freinent leur danse, mais les rattachent à leur passé, chacun de son côté.

Anne, A.S. Éd.-Lib.


RITOURNELLES 2010 sur LITTEXPRESS

 

 

 Article de Claire sur Les Axes de la terre et sur Medea.

 

Article de Sébastien sur Flanquées.

 

 

 


 

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Published by littexpress - dans EVENEMENTS
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