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15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 07:00

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Boris VIAN
Mademoiselle Bonsoir
in Mademoiselle Bonsoir
suivi de La Reine des garces
Le Livre de poche, 2009


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié seulement en 2009, cet inédit de Vian est constitué de deux comédies musicales écrites selon Nicole Bertolt, directrice de la fondation Boris Vian, en 1952 ou 1953. Il est doublement préfacé d'abord par Ursula Vian Kübler puis par M. d'Déé, dont on sait seulement qu'il est un « complice des premières heures » pour Mademoiselle Bonsoir.

Mademoiselle Bonsoir est un chef-d'œuvre qui révèle l'étendue de la pensée visionnaire de Vian. Mademoiselle Bonsoir est en son essence une satire de la société d'alors dont les intellectuels étaient déjà anéantis par l'engouement « des masses » pour les reality show. C'est par le biais de la comédie musicale que l'auteur adorateur de musique nous invite à découvrir un genre peut-être nouveau pour vous aussi. Pour les plus avertis, Mademoiselle Bonsoir n'est pas une comédie musicale à proprement parler ; on admet plutôt que c'est un opéra lyrique ou une comédie dramatique lyrique ou bien qu' « il y a de l'opéra populaire dans son écriture ».


Mademoiselle Bonsoir est composé de quatorze tableaux entre lesquels sont insérés des ballets, des tangos et des chansons, des chorals. À chaque début de tableau, Vian nous dévoile un décor parfois très surprenant :

« Premier Tableau, Décor. - La rédaction du courrier du cœur du journal Cœur Maître. Bureau en forme de cœur, chaises à dossier en cœur, chanteurs de charme à bouche en cœur dans cadres en cœur, etc. »

« Cinquième Tableau, Décor. - Une usine entièrement peuplée de jolis robots qui l'animent et la dirigent. (…) Dans l'obscurité verdâtre apparaissent les robots, de jolies filles en collants argent, avec de petites lampes rouges et vertes en guise d'yeux. Clémentine paraît. Un robot étoile mène le Ballet des robots. »

Les chorégraphies et les chansons sont repérables grâce à deux pictogrammes significatifs. On ne trouve pas, et c'est peut-être regrettable, les paroles des chansons, ce qui laisse le simple lecteur sur sa faim. Pourtant le décor du neuvième tableau est un des plus directifs du point de vue de la mise en scène et favorise l'imagination :

« La musique commence et elle chante. Les statues manifestent un certain intérêt, s'étirent, descendent de leur socle, ouvrent de petits placards dans lesdits socles et se vêtent d'oripeaux divers. On met une tête à la Victoire de Samothrace, des bras à la Vénus de Milo, etc. Les deux partenaires du Baiser de Rodin se séparent et commencent à se quereller. Le Penseur qui en a assez de penser se met à faire de la gymnastique suédoise. André se lève et danse avec Clémentine. »



On débarque au cœur de la rédaction du journal Cœur Maître où Janine et Robert répondent au courrier des lecteurs amoureux ou sur le point de l'être, lecteurs qui sont en fait le fonds de commerce de l'agence. Le travail à peine entamé, André paraît, lecteur du magazine, célibataire à cause de sa timidité. Il propose un « bizenèce » aux deux rédacteurs :

« André, volubile. Voilà... le soir... je voudrais une fille qui vienne m'embrasser dans mon lit... je n'en demande pas plus... on s'adresserait à une maison sérieuse... on paierait une petit somme... et le soir, elle viendrait, elle entrerait... une chanson... un baiser... adieu ! et une nuit pleine de beaux rêves... Pour tous les célibataires timides... »

L'argument de vente avancé par la société est le remède aux insomnies des célibataires. La société investit dans une roulotte de fête foraine et engage Clémentine, une chanteuse (L'usage du prénom Clémentine est une récurrence chez Vian). Janine, Robert et André lui proposent une coquette somme en échange d'une prestation chaque nuit. Son premier client est Kyriano, tueur et « roi de la came » ; cette première prestation est un succès pour Clémentine qui devient vite très réputée, malgré le caractère innovant du concept.

Un mois plus tard, les sonneries au standard de la société sont incessantes et l'emploi du temps de la starlette est surchargé de rendez-vous. André paraît et reproche à son associé de ne pas lui accorder un seul rendez-vous avec l'endormeuse. Il s'enfuit, et alors qu'il flâne il rencontre Michel, le gosse. Celui-ci l'emmène dans un camp de clochards, et apparaît Clémentine. Il en tombe désespérément amoureux et tente de conquérir son cœur.

Pendant ce temps, Janine et Robert organisent un casting afin de remplacer partiellement Clémentine et de soulager son emploi du temps ; ce casting est nécessaire afin de mieux répondre aux nouvelles demandes, à la machinerie infernale du reality show et de la consommation de la bimbo. Une sélection de jeunes filles est faite par les six plus grands célibataires de la place de Paris. Kyriano le tueur fait une proposition à Robert et Janine qui le remballent hâtivement. Cependant, énerver Kyriano qui a promis de se venger est un coup de pub inespéré pour la production, ce qui réjouit Janine et Robert. Clémentine est enlevée par les tueurs de Kyriano et retenue dans une tour. Apparaissent tous les acteurs et le coup de pub est réussi ; s'ajoutent des journalistes, des reporters, des photographes et un animateur radio ; bref, l'enlèvement de Clémentine est un véritable propulseur médiatique.


Mademoiselle Bonsoir force à une lecture multiple du fait qu'elle se prête à la fois à une contextualisation de l'œuvre et à une recontextualisation ou une actualisation ; loin d'être une simple comédie musicale de divertissement, c'est une œuvre lyrique contemporaine. La satire que Vian fait de sa société est tout à fait valable pour la nôtre, dans ses grandes lignes. L'auteur montre que la société consumériste, pourtant bien floue, est tout aussi douce et confortable qu'hypnotisante.

Les personnages et les décors sont constamment des prétextes au concept et à l'idée : la grosse production est alimentée, crée de la valeur ajoutée par l'Audimat (les rendez-vous dans le texte) et les people (Clémentine et les jeunes filles du casting) ; on entre dans l'ère de l'automatisation, de la robotisation (cf. Cinquième Tableau) pour que finalement le profit revienne aux mafieux, aux gangs et aux « têtes couronnées » (Robert et Kyriano). Les plus petits n'hésitent pas à écraser le voisin pour grapiller des miettes de notoriété. Mademoiselle Bonsoir, autrement dit Clémentine, n’est que le produit des attentes de la société et, loin d'être un individu affranchi, elle se laisse manipuler par les acteurs de la machination, qui sont Robert et « les téléprédateurs », les « téléphages », les messieurs Tout-le-monde. Au final ce n'est qu'une bimbo, une jeune femme devenue icône. La principale victime demeure André, amoureux transi de l'image, idole, icône, concept, victime de ses sentiments. Kyriano, la bête noire, est pourtant le personnage qui donne le ton et une tournure nouvelle, il dirige le récit et mène le jeu. C'est finalement lui qui a tout à gagner.


La notoriété est ce phénomène particulier que Claude Maggiori qualifie de « maladie de l'époque ».

« Aujourd'hui, il faut être célèbre, vite, de n'importe quelle façon, être connu pour s'extraire de la masse et espérer toucher le jackpot. (…) Tout le monde veut participer à tous les castings : si je suis choisi, je vais être connu, je vais être célèbre. (…) La célébrité est devenue un système. Elle s'autoproduit. (…) Nous avons fini par inventer la « star de rien » : une invention formidable ! », L'Echo des savanes, avril 2011, p.79.


Chloé, 1ère année Éd.-Lib. 2010-2011

 

 

Boris VIAN sur LITTEXPRESS

 

 

 

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Articles de Pauline et de Tiphaine sur Le Loup-garou

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Published by Chloé - dans théâtre
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