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3 août 2012 5 03 /08 /août /2012 07:00

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Brady UDALL
Le destin miraculeux d’Edgar Mint
The Miracle Life of Edgar Mint , 2001
Traduit par Michel Lederer
Albin Michel, 2001
10/18, « Domaine étranger », 2011


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Brady Udall est un auteur américain, né en Arizona au sein d'une famille de Mormons. Une éducation religieuse maintes fois évoquée dans son œuvre. Diplômé de l'université de Brighram Young, Il enseigne l'anglais au Brésil et en Corée. Aux États-Unis il renforce sa formation en intégrant par la suite les cours de créativité littéraire de l'Iowa Writer's Workshop. Son activité littéraire est marquée à ses débuts par la publication de nouvelles au sein de revues spécialisées. C’est en 1998 que le recueil de nouvelles Lâchons les chiens  lui donne la reconnaissance de ses pairs. Il est aujourd’hui considéré comme l'un des écrivains américains les plus originaux de la jeune génération. Il publie en 2001 son premier roman Le destin miraculeux d'Edgar Mint.

 

Un jour d'été, dans une réserve indienne américaine, Edgar Mint, sept ans, joue sur le bord de la route. Laissé seul par sa grand-mère et sa mère, deux femmes alcooliques et dépressives, il est écrasé par la roue arrière de la jeep d'un facteur inattentif. Cet accident va être l'élément déclencheur d'une épopée chaotique. Edgar, considéré comme mort, est sauvé miraculeusement par un médecin entêté, Barry. Il se retrouve à l’hôpital Sainte Divine pour un long séjour de rééducation. Son accident le prive d'une seule faculté : l'écriture manuelle. Il partage sa chambre avec deux patients quelque peu atypiques : Jeffrey, toxicomane adepte de médicaments en tout genre, et Art, un vieil homme noyé dans l'alcool depuis la perte de sa femme et de ses deux filles. Ce dernier se lie d'amitié avec Edgar. Il lui fait cadeau d'un Hermes Jubilé, une machine à écrire. Ce qui lui permet de découvrir les joies de l'écriture. Edgard va vivre à Sainte Divine une période relativement heureuse loin des mauvais traitements que lui infligeaient sa mère et sa grand-mère. Les deux femmes n'ont plus la garde du garçon. Mais l’hôpital ne peut garder Edgar indéfiniment.

À la fin de sa rééducation, il est envoyé à l'école Willie Sherman, au cœur d'une réserve indienne dévastée par la misère et la violence. Un apprentissage scolaire qui constituera une époque difficile pour Edgar. La vie au sein de l'école et de son pensionnat lui révèle un monde cruel et sans pitié. Les enfants de la réserve ont pour jeux les pires violences et humiliations. Edgar semble bien peu de chose dans cet univers. Il va devoir s'adapter et rendre les coups à son tour. On ne reste pas longtemps un enfant à Willie Sherman. La venue de deux missionnaires mormons à l'école est pour Edgar l'occasion inespérée de changer de vie. Il devient ami avec les deux hommes. La religion est une découverte pour lui. Il y voit une occasion de se débarrasser de toutes ses erreurs. Une famille de la communauté mormon, les Madsen, prend la décision d’accueillir le jeune garçon. Edgar dit alors adieu à la promiscuité du pensionnat, à la violence de son école pour un quartier tranquille et une vie dans une famille modèle, habitant une grande maison où rien ne manque. Mais la famille Madsen n'est pas ce qu'elle semble être. Un douloureux souvenir déchire le couple : la mort d'un nouveau-né. Edgar ne se sent plus à sa place dans cette famille en deuil. Il décide de partir.

Il a gardé contact avec Art, son voisin de chambre à l’hôpital Sainte Divine. Ce dernier l’accueille chez lui pendant plusieurs jours. Un but anime Edgar depuis sa sortie de l’hôpital : retrouver le facteur qui lui a écrasé la tête pour lui dire qu'il est vivant et qu’aucune culpabilité ne doit le hanter. Barry, le médecin qui l'a sauvé, l'aide dans cette recherche. Il finit par trouver l'homme en question en Pennsylvanie. Edgar décide de s'y rendre. Il ne sait pourquoi, mais rencontrer cet homme lui est nécessaire. Un dernier périple qui lui fait découvrir une vérité surprenante. C'est la femme du facteur, Rose, qui lui raconte les véritables circonstances de l'accident.

Le facteur, Nicholas Retenko, n'était pas un inconnu pour Edgar. Depuis l'accident, ce dernier ne se souvient de rien. Sa vie avant l'âge de ses sept ans n'est qu'une suite d'images sans cohérence. Nicholas et sa femme Rosa étaient en réalité, un couple désireux d'adopter Edgar pour le sortir de son enfer familial. Le jour de l'accident, ils venaient lui rendre visite. Le jeune facteur est tombé en dépression peu après. Le couple a déménagé pour oublier le drame. La mort d'Edgar était annoncée. Personne ne savait qu'il avait finalement survécu. Rose lui annonce que son mari est mort depuis peu, d'une pneumonie. L'homme a vécu malheureux toute sa vie sans savoir qu'il n'avait tué personne. Edgar va rester longtemps avec cette femme. Il retrouve la mère qu'il aurait pu avoir, la vie qu'il a manquée à une roue de jeep près.



Le destin miraculeux d'Edgar Mint est un roman qui oscille sans cesse entre drame et humour. Aussi surprenant que cela puisse paraître, l'histoire de cet enfant abandonné de tous n'est pas un prétexte au pathos, à la tristesse et aux larmes. La vie d'Edgar est certes désastreuse et triste mais les situations présentées à travers le regard de l'enfant de sept ans nous apparaissent sous un point de vue beaucoup plus insouciant. La naïveté et la simple observation donnent aux circonstances dramatiques une ironie, parfois tragique. Edgar, malgré toutes ses déceptions et la violence qu'il subit au quotidien, garde en lui l'espoir d'un jour meilleur.

Cette légèreté est toutefois à relativiser. Ce n'est pas la simple histoire d'un enfant malheureux qui cherche à accomplir son destin. On retrouve dans ce roman un univers peu abordé en littérature : les réserves indiennes présentes encore aujourd'hui aux États-Unis. Un monde délaissé et mis de côté par une société américaine industrielle et développée. La période où Edgar se retrouve à Willie Sherman est la plus difficile du livre. La violence vécue dans cette établissement, le désespoir des professeurs, le harcèlement moral que certains élèves subissent sont décrits par l'auteur avec un réalisme cruel. La vie au sein du pensionnat résume les difficultés économiques et sociales que vivent les habitants de la réserve. Les enfants orphelins laissés à Willie Sherman n'ont aucun avenir et d’autre choix que d'imposer leurs règles et la violence pour espérer survivre. Une scène du roman rappelle douloureusement les limites de ce laisser-aller : un enfant, le seul ami que Edgar avait dans cette école, se suicide. Edgar a une chance inouïe d’être adopté par la famille mormon. Là encore un autre univers nous est présenté. À l'opposé de la réserve indienne, un quartier paisible et riche. Ces deux univers proches géographiquement sont pourtant très éloignés. Un paradoxe que l'on peut repérer dans de nombreux pays aujourd'hui.

Edgar connaît de nombreuses déceptions au cours de son existence. Né d'une mère alcoolique et d'un père inconnu, il démarre dans la vie avec quelques difficultés. On pourrait penser que l'issue funeste de l'accident aurait été pour lui une meilleure solution. Ce qui arrive par la suite vérifie ce raisonnement. La fin du roman dévoile pourtant ce qu’Edgar a perdu avec l'accident. Le destin miraculeux d'Edgar Mint connaît au final un repos bien mérité.



Extrait

« Lorsque le facteur s'arrêta ce jour-là devant chez nous, ma mère, installée dans la cuisine aussi sombre qu'une grotte, expédiait son petit déjeuner (quatre boîtes de Pabst Blue Ribbon accompagnées d'un demi-bac de glaçons) cependant que grand-mère Paule, vêtue de sa jupe traditionnelle et de son sweat-shirt Mickey, broyait des glands sous la pergola tout en réussissant à ne pas transpirer. Moi, j'étais dehors à traîner au milieu des hautes herbes sur le bas-côté de la route ou peut-être à semer la panique dans une fourmilière – à la vérité, peu importe où j'étais. Ce qui compte, c'est que le facteur, un petit gringalet dont les cheveux roux luisants de transpiration évoquaient la chair d'une citrouille, descendit de voiture pour aller dire un mot à ma mère. Ce qui compte aussi, c'est que pendant ce temps-là, quelque chose – Dieu seul sait quoi – me poussa à me glisser en dessous. Peut-être mon attention avait-elle été attirée par une page de catalogue ou un enjoliveur abandonné là, à moins que le rectangle d'ombre pourpre sous la jeep m'ait semblé constituer un bon endroit où m'abriter de la chaleur. Je dois pourtant m'interroger : peut-on imaginer que le petit Edgar de sept ans affligé d'une mère constamment soûle et déprimée et d'un père disparu dans la nature, sans oublier une folle de sorcière pour grand-mère, ait songé au suicide? Peut-on imaginer qu'Edgar, sept ans et fatigué de tout, après avoir posé sa tête devant la roue, se soit contenté d'attendre ? »


Justine, 2e année éd.-lib.

 

 

Brady UDALL sur LITTEXPRESS


 

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Articles de Claire, Nadège et Aurélie sur Lâchons les chiens.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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