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20 septembre 2013 5 20 /09 /septembre /2013 07:00

Conan-le-barbare-01.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

Brian WOOD (scénario)
Becky CLOONAN (dessin)
James HARREN (dessin)
Dave STEWART (mise en couleurs)
Conan le Barbare, tome 1 :
La Reine de la Côte Noire
Titre original
Conan the Barbarian,
Queen of the Black Coast, 2012
Traduit de l’américain
par Thomas Davier
Panini Comics, 2013

 

 

 

 

 

 

Les auteurs

Brian Wood : Après avoir été diplômé de la Parsons School of Design (New York) en 1997, il a officié en tant que designer dans le jeu vidéo. Il entra chez Marvel grâce à Warren Ellis, et depuis, il se consacre entièrement à la bande dessinée. Il est l’auteur de Northlanders, DMZ et contribue également aux Xmen et à Star Wars en plus de Conan le Barbare qu’il scénarise.

Becky Cloonan : Après avoir auto-publié ses travaux, elle entame en 2003 une collaboration avec Brian Wood sur plusieurs titres, dont Northlanders. En 2008, elle remporte, à égalité avec d’autres auteurs, un Will Eisner award pour 5, une anthologie de bande dessinée.

James Harren : Produit des années quatre-vingt, il officie en tant que dessinateur sur B.P.R.D. et Abe Sapien, séries dérivées de Hellboy de Mike Mignola, ainsi que sur certaines aventures des Xmen.



Un héros qui traverse les époques

Plus qu’un héros de bande dessinée, Conan le Cimmérien est avant tout un personnage de littérature « pulp » créé par Robert E. Howard en 1932 pour le magazine Weird Tales. Tout comme J.R.R. Tolkien, Robert E. Howard (1906-1936) est incontournable dans l’histoire de la fantasy moderne. Malgré sa courte carrière, il contribuera à l’essor du genre avec des personnages tels que Solomon Kane, le Roi Kull ou encore Sonja la Rousse qui sera intégrée à l’univers de Conan par les scénaristes de bande dessinée. Son amitié épistolaire avec H.P. Lovecraft l’influencera et il ajoutera occasionnellement une touche de fantastique horrifique à ses récits.

Dès 1970, la maison Marvel s’empare du personnage par l’intermédiaire du scénariste Roy Thomas, et des dessinateurs Barry Windsor-Smith et John Buscema.


Après des centaines d’épisodes déclinés sur plusieurs séries, Marvel abandonne les aventures du Barbare en 2000. Quatre années plus tard, Dark Horse Comics ressuscite le personnage pour cinquante numéros avec Kurt Busiek et Cary Nord à la barre, et ce jusqu’en 2008.

C’est en 2012 que Dark Horse décide de repartir une fois de plus fois à zéro, avec une nouvelle équipe destinée à moderniser le héros et à s’affranchir des dessins très réalistes qui marquaient la série jusqu’à présent, et ce depuis 1970.

Pour cela, Brian Wood, suivant la demande de Dark Horse entame ce nouveau cycle par l’adaptation de La Reine de la Côte Noire, célèbre nouvelle de Robert E. Howard et finalement peu adaptée en comparaison de La tour de l’éléphant, par exemple, qui est une autre nouvelle emblématique de la saga du Cimmérien.

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Une vie d’aventures et de fureur

Conan est un Barbare originaire de Cimmérie, région dure et inhospitalière. Guerrier impitoyable mais au grand cœur, il voyagera toute sa vie, exercera divers métiers, participera à de nombreuses guerres tout en explorant le monde à la recherche de trésors enfouis et de mystères séculaires jusqu’à accomplir sa destinée : devenir roi d’un empire colossal. Chaque nouvelle est un fragment de la vie de Conan et se situe à un moment précis de sa vie. Le héros change, gagne en maturité, tandis que Howard livre ses textes à Weird Tales sans chronologie établie, tel un vieux conteur qui raconterait des bribes de la vie de Conan le soir, autour du feu, au fur et à mesure que ses souvenirs réapparaissent. Cette fragmentation est appréciable, insufflant un caractère très épique aux nouvelles narrant l’âge mûr de Conan et un aspect bien plus aventureux à ses péripéties de jeunesse.

Par l’intermédiaire de son héros, Howard dresse un impitoyable portrait de la Civilisation. Conan, barbare pragmatique et naïf lors de ses jeunes années, est confronté à l’hypocrisie des peuples civilisés, à l’injustice et à la trahison. Tel Robin des Bois, il franchira souvent les limites imposées par la Justice si elles sont en contradiction avec son propre sens moral. Vivant au jour le jour et au fil de l’épée, Conan savoure l’instant présent, et dépense ses revenus en alcool et en femmes de joie avant de repartir à l’aventure. Ne craignant que la magie et ce qui est invulnérable à l’acier tranchant de sa lame, il se forgera au fil de sa vie, dans le sang et la fureur, une réputation de guerrier impitoyable auquel personne ne résiste.

conan1.jpg

La Reine de la Côte Noire

La Reine de la Côte Noire est une nouvelle de Robert E. Howard parue dans Weird Tales en 1934.

 

« Crois-moi, les verts bourgeons s’éveillent au printemps,
L’automne peint les feuilles d’un feu sombre ;
Crois-moi, j’ai gardé mon cœur inviolé
Pour prodiguer à un seul homme mes désirs ardents. »
Le chant de Bêlit - Robert E. Howard


Conan a environ 25 ans lorsqu’il arrive à Messantia, ville côtière et gigantesque capitale de l’Argos pour trouver du travail. À cause d’un quiproquo malheureux, le Barbare est accusé, à tort, d’avoir participé au meurtre d’un garde de la cité dans une taverne. Traîné devant la justice, il tente vainement d’expliquer son innocence, mais son statut d’étranger joue en sa défaveur et il est reconnu coupable. Perdant patience, Conan s’échappe après avoir fendu le crâne du juge avec l’épée d’un garde et volé le cheval du gouverneur local. Après une poursuite dans les rues de la ville, il embarque de force sur une galère marchande, L’Argus, menée par le capitaine Tito, qui met les voiles vers le pays de Kush afin de commercer. Mais l’infortune guette Tito et ses marins quand les Dieux mettent sur leur route La Tigresse, navire craint par-delà les océans car mené par Bêlit, la redoutable Reine de la Côte Noire et sanguinaire pirate. Après un abordage d’une grande violence, l’équipage de l’Argus est décimé. Seul Conan survit, maculant le pont de La Tigresse de sang. Impressionnée, Bêlit rappelle ses hommes, et engage le redoutable guerrier à son bord pour une vie de piraterie et d’aventures exotiques. Conquis, non pas par les armes, mais par le cœur, Conan suivra celle qui sera le premier (et seul ?) grand amour de sa vie.

Ce résumé correspond environ à la première moitié de la nouvelle originale et de l’album de bande dessinée. Puis l’histoire diverge, car Brian Wood a pris la liberté d’allonger le récit de Howard en rajoutant des péripéties permettant ainsi d’étoffer la relation entre les personnages, notamment le chaman N’Yaga et l’amour naissant et scellé dans le sang entre Conan et Bêlit. La suite de cette aventure, en cours de parution aux États-Unis, sera publiée ultérieurement et devrait rejoindre à terme le récit original qui est marqué par un finale dont l’intensité dramatique frappera Conan à jamais.

La seconde partie de cette histoire dessinée nous embarque donc dans une aventure inédite exaltante dans laquelle Conan revient à Messantia en compagnie de Bêlit et son équipage pour organiser un acte de piraterie sans précédent et aux risques incommensurables.



Des choix controversés

Le souhait affirmé de Dark Horse est de dynamiser la licence Conan le Barbare afin de conquérir un public plus jeune, habituellement plus enclin aux super-héros costumés qu’aux adaptations de littérature populaire d’aventure des années 1930. Cependant, le public traditionnel, habitué aux dessins réalistes des prestigieux prédécesseurs de Becky Cloonan et James Harren a tendance à bouder ce nouveau départ, selon l’aveu même de Brian Wood dans l’interview qu’il donne à la fin de l’album. En proposant un changement de cette envergure, Dark Horse entraîne également un renouvellement de ses lecteurs.
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Becky Cloonan et James Harren proposent au lecteur un style plus dépouillé que celui de Buscema, par exemple, notamment au niveau des personnages, tandis que certains décors sont très détaillés malgré un dessin qui tranche avec l’académisme habituel. Cependant, il se dégage un dynamisme parfaitement maîtrisé, autant dans l’émotion que dans les déchaînements de violence qui rendent hommage à l’écriture de Howard, très incisive, parfois abrupte et finalement très moderne. Certaines vignettes jouent habilement sur les perspectives afin d’offrir des cadrages osés, quasi cinématographiques et sont sublimées par une mise en couleurs travaillée qui s’attarde sur les modelés et les détails.

Contrairement au dessin, le récit reste plus classique. Certains dialogues sont directement issus de la nouvelle originale, et les textes descriptifs sont écrits avec une typographie rappelant celle d’une machine à écrire, comme pour faire un lien avec Robert E. Howard.

 

« Telle une perle dorée scintillant dans les eaux bleues de l’Océan occidental. Une cité où règnent l’aristocratie, la finance, les lois et la justice. Une cité où de grandes maisons de marchands avec terrasses perchées dans les collines dominent de sinistres taudis bordant les quais, des bazars où sévissent les crimes et où la corruption des classes supérieures se matérialise par un couteau logé dans les côtes d’un homme qui se meurt dans une impasse obscure. »

 

Brian Wood nous raconte les aventures d’un Conan jeune, peu expérimenté, à la musculature réduite, parfois enclin aux doutes et dont le cœur est encore à prendre. C’est pourquoi son travail sur Bêlit est très intéressant, car il propose avec ce personnage d’une grande force une sorte d’alter ego féminin à son héros, tour à tour objet de fantasme dans des rêveries, sanguinaire lors des combats et vulnérable face à qui saura prendre son cœur.

Cet album, dont la lecture s’est révélée très agréable passée la surprise due au graphisme, est une bande dessinée de qualité qui n’hésite pas à s’éloigner des précédentes séries consacrées à ce célèbre personnage pour proposer au lecteur une aventure rythmée, riche en péripéties dessinée avec talent et portée par des personnages bien écrits et attachants. Et par-dessus tout, cette nouvelle parution s’avère, dans l’esprit, très fidèle à l’œuvre originale de Robert E. Howard.



En complément

Pour les amateurs de fantasy et de littérature populaire d’aventure, notons  l’excellente et exhaustive réédition de l’intégrale de Conan le Barbare, parue en trois volumes chez Bragelonne.

 

Rémy de La Morinerie, AS Bib 2012-2013

 

 


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Published by Rémy
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commentaires

Distribution de prospectus à Paris idf 22/09/2013 00:40

Merci pour le temps que vous passez sur ce blog et les informations que vous faites figurer. En tout cas c’est un blog utile de plus il est facile à consulter. Bonne continuation pour ce
merveilleux travail.

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