Mardi 8 décembre 2009
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19:00
Calixthe BEYALA
Comment cuisiner son mari à l’africaine
Albin Michel, 2000
J'ai Lu, 2002
Résumé
Mademoiselle Aïssatou, d’origine africaine, vit à Paris en essayant de se fondre dans le stéréotype de la femme occidentale épanouie
et désirée parce que mince à l’extrême : « je brime mon corps, jusqu’à le rendre minimaliste […] Planche à pain égale belle femme ». Sa vie est partagée entre le nettoyage des toilettes publiques et des histoires d’amour aussi brèves que superficielles. Mais, un jour, elle tombe amoureuse d’un nouveau
locataire de son immeuble, Monsieur Souleymane Bolobolo, noir, comme elle. Pour le séduire elle fait appel aux conseils que lui donnait sa mère et s’attelle aux fourneaux pour arriver à ses fins.
Son but ultime : l’épouser et réussir à le garder.
L’auteur
Calixthe Beyala a grandi au Cameroun dans une famille modeste, sa sœur aînée veillant à son éducation. Elle rejoint la France à l’âge
de 17 ans, obtient le baccalauréat et se marie.
Elle publie son premier roman en 1987, à 23 ans, C’est le soleil qui m’a brûlée. C’est une auteur très prolifique, elle a publié 18 ouvrages et reçu de
nombreux prix :
Maman a un amant, grand prix littéraire de l’Afrique Noire,
Les Honneurs perdus, grand prix du roman de l’académie française,
La petite fille du réverbère, grand prix de l’Unicef.
Elle a également était nommée chevalier des arts et des lettres. Il s’agit donc d’une auteure largement reconnue mais elle est aussi très controversée. Elle a
notamment été soupçonné de plagiat à plusieurs reprises, dont une condamnation en 1996 pour « contrefaçon partielle » dans son roman Le petit prince de Belleville ; elle ne fait pas
appel.
Elle a aussi beaucoup fait parler d’elle en 2007 en publiant L’Homme qui m’offrait le ciel, où elle évoque sans trop de dissimulation une liaison qu’elle
aurait eue avec Michel Drucker et qui se serait mal terminée.
En parallèle de sa carrière d’écrivain elle est une féministe engagée et la porte-parole de l’association Collectif égalité qu'elle a fondée en 1998 pour défendre
notamment la représentation des minorités visibles dans les médias.
Originalité et thèmes
La grande originalité de ce roman se trouve dans sa construction : chaque chapitre est clos par une recette de cuisine typiquement africaine (antilope fumée aux
pistaches, boa en feuilles de bananier, etc.), évoquée précédemment par l’héroïne. Une idée attirante et ludique, mis à part que la plupart des recettes nécessitent des ingrédients difficilement
trouvables pour l’occidental lambda (tortue de brousse, crocodile…)
La plupart des romans de Calixthe Beyala qui traitent de la condition des femmes africaines sont très durs, très crus. Ici on a affaire à une histoire plus légère,
empreinte d’humour mais qui aborde quand même des thèmes importants dans l’œuvre de Beyala :
– Le tiraillement entre deux cultures, la difficulté de l’insertion des minorités noires. Cette dualité est visible à
travers l’héroïne : « je regarde le ciel et j’imite les Blanches, parce que, je le crois, leur destin est en or » ;
elle n’hésite pourtant pas à consulter un
marabout et à faire appel à la cuisine africaine pour « ensorceler » son nouveau voisin.
– La relation entre mère et fille : bien qu’elle soit morte la mère est omniprésente dans la mémoire de l’héroïne, c’est d’elle qu’elle tient ses talents de
cuisinière et par là sa réussite amoureuse. Dans ses premiers romans, les héroïnes ont aussi des relations assez complexes avec leur mère (jalousie, absence).
– La volonté primordiale du mariage, il est clairement établi qu’à un moment la femme doit aimer le mariage plus que l’homme.
- Malgré cela elle donne une image négative des hommes, Bolobolo s’avère être un mauvais mari : « mon mari était coureur de jupons, poltron, avare, prétentieux et sans doute n’y avait-il pas dans l’univers de vice, de crime que je ne pouvais en toute honnêteté lui mettre
sur le dos », de même que le mari de la concierge et le père de Bolobolo.
Mon opinion
Derrière les aventures culinaires, ce roman aborde des sujets d’actualité importants, tels que la place de la femme dans la société ou
le mélange des cultures. Mais ces sujets sont traités sur le ton de l’humour, au second degré. Pour ma part je n’ai pas été sensible à cet humour, j’ai trouvé décalé qu’une féministe engagée
puisse donner une image aussi restrictive de la femme, qui selon la description de la mère de l’héroïne se limite au sexe, au ménage et à la cuisine. Certaines descriptions ou situations sont
manifestement caricaturales, et pourtant elles sont encore tellement vraies ! Et, comme pour finir de contrarier, l’auteur parle d’amour pour évoquer cette relation profondément stéréotypée,
conflictuelle et emplie de manipulation.
L’idée de construire le roman avec des recettes est géniale ; dommage quelle repose sur une image de l’être humain et du couple à couper l’appétit.
Muriel, A.S. Ed.-Lib.
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d'Inès.
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