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2 décembre 2009 3 02 /12 /décembre /2009 07:00








Carl ADERHOL
D,
Mort aux cons
Paris : Hachette littératures, 2007
Le livre de poche, 2009


















Qui n’a jamais rêvé de tuer le chauffard qui vient de vous faire une queue de poisson, ou ce voisin qui vous réveille un dimanche matin avec sa perceuse, ou encore votre collègue qui vous est devenu insupportable ? En commençant par jeter par la fenêtre le chat de sa voisine, notre « héros », qui n’en a que le terme générique, va s’attribuer une mission : éradiquer tous les « cons » qui polluent son espace vital. Des animaux aux humains, le pas est franchi par le narrateur qui voit en plus le destin lui faciliter la vie et faire en sorte qu’il ne soit pas démasqué. La liste s’allonge et ce ne sont alors pas moins de 142 morts que Carl Aderhold, l’auteur de cet ouvrage, va mettre en scène.

Carl Aderhold est né en 1963 à Decazeville dans l’Aveyron. Il vit aujourd’hui à Paris et Mort aux cons est son premier roman. Le 13 janvier 2010 va paraître Les poissons ne connaissent pas l'adultère chez Jean-Claude Lattès.

Avec un humour noir, cynique et parfois même diabolique, l’auteur nous conte un parcours initiatique à travers son personnage anonyme qui pourrait être n’importe qui, y compris nous-même, et nous dépeint le parcours d’un homme banal devenant au fur et à mesure des lignes et de notre lecture un cruel assassin. En effet, c’est à travers le cheminement de sa pensée, logique pour lui, que le narrateur commence à supprimer toutes les personnes qu’il qualifie de « cons » et qui perturbent son entourage, son quartier, sa vie. Pensant être investi d’une mission qu’il s’est lui-même attribuée, il va élaborer sa théorie qui lui permet de rendre à ses yeux ses actes humains, voire généreux ! En élargissant toujours plus la définition qu’il se fait d’un « con », il va partir de l'idée de supprimer pour le bien-être public, puis passer à l’assassinat pour son propre compte et pour des raisons personnelles. Homme, femme, enfants, personnes âgées, tout y passe ! Epaulé avant de disparaître à son tour, son psychologue va être passionné par le cas psychique que représente notre personnage principal. Il va essayer de trouver les causes de sa déviance sans percevoir l’ampleur de la réalité du récit de son patient, allant même jusqu’à l’encourager au moment où notre héros freine le rythme de ses assassinats. Puis, c’est à travers l’inspecteur chargé d'élucider le meurtre de sa femme qu’il va conclure sa théorie et écrire son manifeste, que le lecteur lit depuis le début.

Lorsqu’on lit ce livre, on ne peut passer à côté de la fonction d’exutoire qu’il peut constituer pour nous. En effet, l’auteur évoque des « cons » parmi lesquels chacun peut reconnaître  u
ne personne de son entourage ou une anecdote qui lui est arrivée. On a tous un jour ressenti cette soudaine envie de tordre le cou à celui qui failli nous renverser en grillant un feu rouge, par exemple. L’auteur joue sur ces pulsions qu’on a tous en nous et on se laisse facilement entraîner dans ce tourbillon de morts. On sourit à certaines circonstances cocasses et aux trouvailles assassines du héros pour supprimer ses « cons ». On éprouve même de la compassion à quelques moments pour ce personnage pourtant tueur en série. Lorsque l'on parcourt cet ouvrage, c’est la part sombre qui est en  nous qui se révèle violemment  à notre conscience ; l’on ne peut alors refermer ce livre sans un sourire moqueur sur les lèvres et le léger malaise instillé en nous tout au long  de notre lecture.

« Je savais enfin contre qui je me battais. J’avais enfin un nom sur leur visage. Le con, m’écriais-je, voilà l’ennemi ! » p. 153

« Sans que j’y prenne garde tout de suite, l’élaboration d’une théorie et d’hypothèses allait changer la nature de mon combat. Désormais, ma sélection ne s’effectuerait plus tant en fonction du préjudice que j’avais subi, que selon des critères préalablement définis, parfois même sans que j’aie rien, à titre personnel, à reprocher au trépassé. De la prise de conscience individuelle, je passais à un stade supérieur de la lutte des cons » p. 169

A propos d’un gardien de square peu aimable avant la mise à exécution : « Qui interdit les balles, à la fin en prend une » p.172

« Le port de l’uniforme peut permettre de repérer (presque à coup sûr ?) le con. » p. 173

« Le con est celui qui abuse de son pouvoir, qu’il soit petit ou grand. » p. 195

« C’est la société, la famille, l’entourage, les collègues qui sont désormais responsables des conneries du con moderne. Sa victimisation, il la met en avant, la revendique même. » p. 274

« Ce n’est pas le flou de la définition qui rend la connerie insaisissable, mais bien plutôt l’omniprésence des cons qui en fait une notion difficile à cerner. » p. 296


Manon AS Bib

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