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18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 07:00

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Carlos FUENTES
En inquiétante compagnie
Titre original : Inquieta Compania
Traduit de l'espagnol (Mexique)
par Céline Zins
Éditions Gallimard, 2007

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biobibliographie de Carlos Fuentes : http://www.centrenationaldulivre.fr/?Carlos-FUENTES

 


Carlos Fuentes : Inquiétante ou bonne compagnie ?

 

Il était une fois des histoires banales, sans rien de bien extraordinaire : un homme secrètement amoureux d'une jeune actrice, une fille qui ne supporte plus ni sa mère, ni la chatte de celle-ci, un jeune homme qui rend visite à ses deux vieilles tantes, deux étudiants qui tombent amoureux et se marient, un médecin qui rend visite à un malade et un nouveau voisin qui arrive dans le quartier.

En quelques nouvelles, Carlos Fuentes dépeint des paysages mexicains, des villes du Vieux Continent, et d'autres du Nouveau Monde. Il invite en effet le lecteur à un voyage, un périple dans son pays, le Mexique, et dans l'histoire de celui-ci. Les lieux sont reconnaissables : un quartier huppé de Londres ou le centre-ville de Mexico.

C'est après avoir entamé les premières pages du recueil que le lecteur commence à ressentir une gêne, un malaise. On ne se rend pas compte tout de suite que cet ouvrage nous a fait passer une porte, un portail vers un monde étrange, malveillant, effrayant, vers un univers peuplé de dangers visibles et invisibles.

En effet, les protagonistes vont tous vivre une expérience surprenante, voire terrifiante : la peur, la folie, l'impossible s'insinuent entre les lignes. Carlos Fuentes flirte avec la folie, le surnaturel, le fantastique.

Il s'est fortement inspiré des romans gothiques pour créer les décors, les personnages et les situations. À la lecture des nouvelles de ce recueil, on retrouve en effet tout un panel de stéréotypes issus de ce mouvement littéraire du XVIIIe et du XIXe siècle : château hanté, crypte et vampires dans « Vlad », maison décrépie baignant dans la folie, digne de la chute de la maison Usher de Poe dans « En bonne compagnie », personnages torturés, hantés par un lourd passé et revenants dans « La Belle au bois dormant ».

La Mort s'invite invariablement dans les différents récits, au point de devenir un personnage à part entière. Elle s'insinue dans la narration, entraînant dans son sillage une ribambelle de spectres, de morts qui ont bien du mal à rester dans leur monde : ils s'invitent sous forme d'hallucinations, de rêveries nocturnes et éveillées. Le lecteur est malmené, désorienté : les morts évoluent parmi les vivants, on ne les différencie plus les uns des autres, la frontière entre les deux est abolie.

Carlos Fuentes s'amuse à maintenir le doute dans ses nouvelles : folie ou surnaturel, surnaturel ou folie ? Celle-ci s'insinue dans la narration, on se met à douter du narrateur : est-il victime de visions, de fantasmes ? Sommes-nous les victimes d'une démence grandissante, les victimes d'un manipulateur ou les morts viennent-ils réellement chercher vengeance ?


Cette ambivalence, ce doute omniprésent, le lecteur les ressent énormément dans la troisième nouvelle du recueil, « En bonne compagnie » :

Le jeune Alejandro de la Guardia quitte Paris pour Mexico, où l'attendent ses deux vieilles tantes revêches qui cohabitent sans se parler ni se croiser dans une antique demeure délabrée à l'odeur de moisi. Elles le mettent en garde : personne à l'extérieur de la maison ne doit savoir si elles sont mortes ou vivantes.

Le passage entre le naturel et le surnaturel, le bon sens et la folie est symbolisé par la porte d'entrée, passage que le jeune homme a interdiction d'emprunter. Les deux vieilles tantes lui ont en effet chaudement recommandé de n'emprunter que celle de derrière, et ce sans lui donner plus d'explications. La maison, la porte, entités vivantes au même titre que les tantes, tissent une atmosphère pesante dans cette nouvelle, invitant le lecteur à plonger dans la folie en compagnie du héros.

En inquiétante compagnie est un recueil déroutant à l'ambiance noire, parfois glauque. Fuentes s'amuse à faire peur au lecteur, jouant avec les codes et les stéréotypes du mouvement littéraire gothique. Des histoires étranges qui pourraient rebuter certains lecteurs non adeptes du genre… Par contre, les autres devraient passer un bon moment.


Laure, A.S. Bib.-Méd. 2011-2012



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Published by Laure - dans Nouvelle
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