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25 octobre 2011 2 25 /10 /octobre /2011 07:00

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Carlos SALEM
Aller simple
Camino de ida, 2007
Traduit par
Danielle Schramm
Actes Sud,
Collection Actes Noirs, 2009
Babel Noir, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
Quelques éléments biographiques
 
Carlos Salem est un auteur argentin né en 1959 à Buenos Aires. Il vit  actuellement en Espagne. Il fut traduit en France par les éditions Moisson Rouge puis par les éditions Actes Sud. Il est écrivain et journaliste. Il a également possédé un bar dans  la ville de Madrid ; Le Bukowski Club. Charles Bukowski est un écrivain qui l'inspire sans nul  doute. Aller simple est son premier roman traduit en France. Il a reçu le prix Mémorial Silverio Canada en 2008. Carlos Salem est aussi l'auteur de Nager sans se mouiller (2010) et de Je reste Roi d'Espagne (septembre 2011).



L'histoire
 
Tout commence le jour où la femme envahissante et acariâtre d'Octavio Rincon décède. Octavio, simple employé de l'état civil d'une petite ville espagnole, voit alors sa vie changée. Depuis vingt ans, Dorita envahit son existence et décide de ses choix et de  ses envies. Plusieurs fois, il a rêvé de la voir mourir. C'est pendant leur svacances au Maroc que  son vœu s'exauce. Une sieste funeste lui octroie cette libération. Ce sentiment d'être  libre, Octavio ne le ressent pas immédiatement. Il ne sait pas comment réagir, deux sensations  contradictoires l'envahissent : la peur mais aussi une joie inespérée. Il descend à l'accueil de l'hôtel pour  prévenir du décès de sa femme et éviter toute accusation fortuite de meurtre.

Une rencontre inattendue dans le bar de l’hôtel va quelque peu modifier ses projets. Un Argentin aux idées révolutionnaires, venu vendre des glaces dans le désert marocain va entraîner Octavio dans de nombreuses péripéties toutes plus drôles, inattendues et  périlleuses les unes que les autres. Son nom est Raul Soldati. Sa vision de la vie, libre et sans retour, va être  le fil conducteur de la nouvelle existence du modeste « monsieur tout le monde », qu'est Octavio.

Ensemble, ils vont se voir confrontés à un mafieux bolivien, trafiquant de  faux dollars, qui va les poursuive à travers le désert marocain pour récupérer un agenda  électronique contenant des informations précieuses et confidentielles. De nombreux personnages vont se  trouver sur leur route. Ils croisent une bande de hippies, dont un, nommé Charlie, se  trouve être un chanteur de tango décédé depuis de nombreuses années : Carlos Gardel. Ce dernier a pour but d'éliminer Julio Iglesias qui a fait des  reprises de ses chansons. Un hommage très mal considéré par l'artiste. Une  rencontre avec l'une des hippies, nommée Ingrid, va permettre à Octavio de  découvrir que la vie sexuelle éteinte qu'il avait avec sa femme n'était pas  du tout satisfaisante. Il se découvre un autre homme, viril et sûr de  lui. Son sexe, qui double de taille, est le symbole de cette virilité  retrouvée.

Remarquons que Carlos Gardel est mis en avant dans le roman avant chaque  nouvelle partie. Carlos Salem narre alors un passage de la vie du chanteur. Un mélange de fiction et de réalité, qui permet aux lecteur de connaître l'histoire de cet homme, symbole de  l'Argentine.

Octavio et ses deux compagnons de route quittent les hippies pour échapper au Bolivien, toujours à leur poursuite. Ils essaieront de récupérer le corps de Dorita resté à l'hôtel. Une diversion tourne mal, le bâtiment prend feu. Ils doivent une nouvelle fois fuir le Bolivien et les autorités marocaines sans avoir retrouvé le corps.

De retour dans la campagne et le désert marocains, ils croiseront de nombreux personnages atypiques : Gimaldi, un scénariste fantasque qui, pour son dernier « chef d’œuvre », tourne dans le désert, sans se préoccuper de l'absence de pellicule dans les caméras. L'équipe de tournage, consciente de cette absurdité, continue sans relâche à jouer pour ce  scénariste caractériel.

Après être tombé en panne de voiture, Octavio se voit contraint de trouver des outils. Il rencontre alors, dans un village isolé, un rassemblement de  touristes en attente devant une maison. Il se trouve qu'un écrivain de talent, reconnu mondialement et détenteur d'un prix Nobel de littérature, habite dans ce village. Octavio, contre tout avis, décide d’entrer chez ce dernier, appelé Mowles. L'auteur l'accueille avec curiosité et bienveillance. Les deux hommes discutent et l'auteur trouve enfin l'occasion de révéler son secret : il n'a jamais écrit un seul livre. Il s'est contenté de faire un mélange de diverses œuvres classiques. Malgré tout, la  profession, les journalistes et ses lecteurs lui vouent une admiration sans bornes. Il supporte de moins en moins ce succès immérité. Selon lui, ses lecteurs ne doivent même pas le lire. Ses livres sont justes bons à décorer les bibliothèques. Octavio lui propose de lui remettre sa propre histoire, quand tout cela sera fini et que lui et le corps de sa femme seront de retour en Espagne. Mowles accepte et se voit soulagé de connaître un jour peut-être une gloire méritée.

Octavio voit son périple finir par une nouvelle étonnante. Dans un élan de nostalgie, il appelle son domicile en Espagne. C'est sa femme qui répond. Une dispute éclate. Pour une fois Octavio, fort de son incroyable aventure, dit à sa femme ce qu'il pense réellement. Il refuse de venir habiter avec elle. Il lui avoue ne l'avoir jamais aimée et être, pour la première fois de sa vie, heureux. Après s'être débarrassé du Bolivien et de son équipe de tueurs, Soldati et Gardel repartent aux États-Unis, pour réaliser leur rêve d'entreprise et de vengeance. Octavio se retrouve seul pour enfin vivre selon ses envies. Il écoutera maintenant l'adage de son ami argentin : la vie n'est qu'un aller simple, il faut savoir en profiter.

 

Les thèmes majeurs
 
Le périple d'Octavio est un éloge du lâcher prise et de la liberté. Cet homme banal et sans histoire qui se laisse vivre sans prendre en compte ses envies, sans avoir une seule opinion ni le courage de se confronter à sa femme, va connaître en quelques jours ce qu'il n'a jamais osé imaginer en cinquante ans d’existence. Il va se libérer de toutes contraintes morales et sexuelles. Tout ce que sa femme ne lui permettait pas, il va le réaliser : les femmes, le sexe, l'alcool, la fête. Il se redécouvre et dépasse ses limites.
 
Cependant, tout n'est pas si simple. Une culpabilité l 'envahit fréquemment. Le corps de sa femme est resté dans la chambre d'hôtel. Il tient absolument à le récupérer, pour procéder à un enterrement dans les règles, en Espagne. Cette idée va être son objectif pendant toute l'histoire. Sa femme décédée reste présente. Dès qu'il vit un moment de joie ou qu'il se montre courageux, il aimerait que Dorita soit là pour le voir. Il se sent coupable mais aussi  fier de tout ce qu'il fait. Sa femme qui le considérait comme un minable, ne verra jamais le nouvel Octavio.
 
L'humour est également très présent dans ce roman. Malgré des personnages désespérés et frustrés, le décès d'une femme, et les envies de meurtres d'un mafieux, l'histoire nous apparaît légère, pleine d'ironie et de situations extravagantes.
 
L'amitié qui lie Octavio, Soldati et Carlos Gardel est aussi un élément majeur de l’œuvre. C'est grâce à ces deux hommes qu’Octavio réussit à changer de vie et à résister à toutes les épreuves qu'il rencontre. Cette amitié masculine est révélatrice d'un monde  machiste où les femmes ne trouvent leur place que dans un lit ou dans une tombe. Dorita est la caricature de la femme envahissante et insupportable. Son mari incapable de se prendre en main,  n'est-il pas la raison de tout cela ? Les femmes qu’Octavio rencontre par la suite sont simplement des objets sexuels. Il ne se lie jamais avec elles. Sauf Ingrid, qu'il retrouve, par hasard, à la fin du roman.



Pour finir, Carlos Salem fait de nombreuses références à ses contemporains, une sorte d'intertextualité que l’on découvre dans les noms des personnages. Raul Soldati évoque un réalisateur et écrivain italien du même nom. Le prix Nobel Mowles (Paul Bowles ?) possède un chat : Jorge Luis, en référence à Jorge Luis Borges, figure emblématique de la littérature sud-américaine. Octavio Paz, grand poète mexicain serait, quant à lui, à l'origine du prénom du personnage principal du roman.



Extraits
 
« Dorita mourut pendant sa sieste, pour achever de me gâcher mes vacances. J'en étais sûr. J'avais passé vingt de nos vingt-deux années de mariage à  lui inventer des morts fantasmatiques. Et quand enfin cela arriva, ce ne fut  aucune de celles que j'avais imaginées. Mettant de côté les attentats les plus divers, les poisons et les piranhas dans la baignoire, qui étaient surtout des exercices innocents de réconfort, j'avais toujours su qu'elle mourrait avant moi et dans un lit. »
 
« — Moi aussi j'ai longtemps été triste. Ça ne m'a servi à rien. Longtemps après, j'ai découvert que tous les chemins qu'on prend sont sans retour..
— Jusqu'où ?...
— C'est ce qui compte le moins, répondis-je. L'important c'est d'aller, de faire, de rire, de pleurer, de vivre. Ce sont des verbes, de l'action. Si tu te trompes, tant pis. Mais si tu ne décides pas par toi-même, la chance bonne ou mauvaise, te sera toujours étrangère. Tu comprends ? On ne peut pas vivre en accusant toujours les autres de son malheur, parce que être malheureux, c'est aussi un choix, mais un choix de merde. »
 
 
Justine Genois, 2e année édition-librairie

 

 

Carlos SALEM sur LITTEXPRESS

 

 Rencontre dans le cadre de Lettres du monde 2011.

 

 

 

 

 


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Published by Justine - dans polar - thriller
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