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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 07:00

Carlos Salem Aller simple

 

 

 

 

Carlos SALEM

Aller simple

Camino de ida

Traduit de l'espagnol

par Danielle Schramm

Actes Sud, Babel Noir, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notes biographiques : voir les autres fiches sur Carlos Salem ou le  site des éditions Actes Sud

 

 

 

 

 

 

 

Résumé

 

Octavio et Dorita, le tyran qui lui tient lieu de femme, sont en vacances au Maroc lorsque Dorita meurt subitement dans leur chambre d'hôtel. Libéré du poids de ses reproches mais inquiet à l'idée qu'on puisse le soupçonner de l'avoir tuée, il descend se calmer au bar de l'hôtel.

 

Là, il rencontre Soldati, un Argentin mi-homme d'affaires mi-révolutionnaire, qui l'entraîne dans une folle soirée dans les palaces de Marrakech. Après avoir dépouillé un espion bolivien de sa veste (et par la même occasion de son portefeuille et de son agenda électronique) les deux compères s'invitent dans un palace, puis dans un bordel luxueux. C'est là que pour la première fois Octavio se rend compte que depuis la mort de sa femme son pénis a grossi jusqu'à atteindre une taille relativement impressionnante, première étape de sa transformation en un homme nouveau.

 

De retour à l'hôtel pour récupérer le corps de sa femme, Octavio met le feu au bâtiment pendant que Soldati constate que le cadavre a disparu, et qu'ils sont poursuivi par l'espion bolivien (et ses acolytes très armés) qui aimeraient bien récupérer son agenda électronique top secret.

 

C'est le point de départ d'un aller sans retour, d'un voyage à travers tout le Maroc jusqu'à l'Espagne et finalement Madrid, pendant lequel Octavio va rencontrer des personnages tous plus loufoques et étonnants les uns que les autres, et se redécouvrir.

 

Un vieux hippy qui se trouve être Carlos Gardel (que l'on croyait mort depuis une cinquantaine d'années) et qui veut tuer Julio Iglesias pour avoir massacré ses tangos ; une belle jeune femme dont il tombe amoureux ; un nuage qui le suit pour qu'il n'oublie pas de retrouver le corps de sa femme ; un réalisateur qui tourne sans pellicule et sa troupe d'acteurs vieillissants ; un futur prix Nobel de littérature qui n'a jamais rien écrit ; une prostituée nommée comme son amour d'enfance et qu'il traite en princesse le temps d'une nuit madrilène. Tels sont les personnages qu'Octavio rencontre lors de son périple, sans oublier l'espion bolivien qui met un acharnement certain à retrouver son agenda électronique et à faire passer l'arme à gauche aux inconscients qui l'ont dépouillé.

 

 

 

Pourquoi lire Aller simple ?

 

Au fil du texte, on observe un homme qui s'est ignoré toute sa vie et qui se redécouvre, qui prend conscience que ce sont ses choix et pas la fatalité qui ont fait de lui un fonctionnaire minable marié à une femme qu'il exècre et qui le domine au point de l'écraser. C'est en faisant des choix qu'Octavio se reconstruit, se transforme. Son voyage n'est pas que géographique, il est aussi intérieur, et chaque kilomètre qu'il parcourt l'éloigne un peu plus de son ancienne personnalité.

 

 

 

L'extrait

 

« – Moi aussi, j'ai longtemps été triste. Ça ne m'a servi à rien. Longtemps après, j'ai découvert que tous les chemins qu'on prend sont sans retour...

 

– Jusqu'où ? demanda-t-il en caressant Jorge Luis qui ronronnait.

 

– C'est ce qui compte le moins, répondis-je. L'important c'est d'aller, de faire, de rire, de pleurer, de vivre. Ce sont des verbes, de l'action. Si tu te trompes, tant pis. Mais si tu ne décides pas par toi-même, la chance, bonne ou mauvaise, te sera toujours étrangère. Tu comprends ? On ne peut pas vivre en accusant toujours les autres de son malheur, parce qu'être malheureux, c'est aussi une choix, mais un choix de merde.

 

[...]

 

– Et quand est-ce que vous avez appris tout ça ?

 

– Il y a quelques jours. Mais je pense qu'au fond, je m'en suis toujours douté.

 

L'enfant caressa le chat, se releva et me regarda avec rancœur :

 

– Et pendant toutes ces années, tu m'as laissé souffrir comme un imbécile ? Tu es un sale type, Octavio !

 

Il m'envoya une giclée de sable dans la figure, ce qui fit que je ne pus voir la sienne. Mais c'était inutile. Quand mes yeux se décillèrent, il était déjà loin. Il se retourna et me cria :

 

– Ne nous raconte plus de bobards, tu n'a jamais bien joué du piano et Gracita en aimait un autre ! Minable ! »

 

Ce dialogue a lieu alors qu'Octavio arrive au bout de son voyage. Il est à Melilla, sur le point de partir pour Madrid et se retrouve sur la plage avec un pétard et son chat. C'est pour moi le moment le plus important du roman parce qu'il met en lumière sa responsabilité dans le fait d'avoir été misérable si longtemps, et du coup l'hypocrisie qu'il y a à sortir des phrases aussi vraies, les phrases d'un homme neuf, et en même temps à reconnaître qu'il a toujours su qu'il ne tenait qu'à lui de ne pas être un minable.

 

Les dernières paroles du petit garçon déconstruisent également le mythe d'un Octavio qui était promis à une grande carrière d'instrumentiste si son père avait pu lui acheter un piano, qui portait déjà dans son enfance les germes d'un homme exceptionnel qui se révèle aujourd'hui, une fois débarrassé de sa femme castratrice et de son habit de petit fonctionnaire. On nous laisse le choix de décider si ce nouvel Octavio est construit sur une escroquerie, rien n'est tranché, l'enfant aurait juste pu chercher une raison de plus d'en vouloir à celui qui a laissé mourir ses rêves pendant tant d'années.

 

 

Conclusion

 

Aller simple a beau être en permanence à la limite du grand n'importe quoi, on ne peut que se laisser captiver par le texte de Salem, la force qu'il dégage et les bulles de poésie qui le jalonnent. Le livre est improbable, truffé de références (le chat d'Octavio s'appelle Jorge Luis, comme Borges) et délicieusement prenant. Pas vraiment un polar, il en a pourtant l'efficacité tranchante, la brutalité de la langue, le réalisme des descriptions. Les amateurs de roman policier apprécieront, les autres aussi.

 

 

Lisa, 2e année Bib.-Méd.-Pat.

 

 

Carlos SALEM sur LITTEXPRESS

 

Carlos Salem Aller simple

 

 

 

 

Article de Justine sur Aller simple.

 

 

 

 

 

 

 

Carlos Salem Nager sans se mouiller

 

 

 

 

 

 Articles de Clémence et d'E. A. sur Nager sans se mouiller

 

 

 

 

 

 

 

Carlos Salem

Rencontre avec Carlos SALEM (1)

 

 

Rencontre avec Carlos Salem (suite).

 

 

 

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Published by littexpress - dans polar - thriller
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