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2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 07:00

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Carlos SALEM
Nager sans se mouiller

traduit par

Danielle Schramm

Actes Sud,

Actes noir, 2010
Babel Noir, 2011






 

 

 

 

 

 

 

Biographie

Carlos Salem est né à Buenos Aires en 1959. C’est un journaliste et écrivain qui vit à Madrid depuis 1988. Il a cofondé le bar culturel Bukowski Club en 2006, où il organise des rencontres hebdomadaires de lecture de poésie et de nouvelles. En 2007, il écrit son premier roman, Camino de Ida (traduit par Aller simple en français et publié chez Moisson Rouge, prix du meilleur premier roman à la Semana Negra de Gijón) et un an plus tard, il publie Matar y gardar la ropa (en français : Nager sans se mouiller). En novembre 2008, il écrit un recueil de nouvelles : Yo también puedo escribir una jodida historia de amor, et en mai 2009, sort son troisième roman : Pero sigo siendo el rey (Je reste roi d’Espagne).



L’œuvre

Le héros s’appelle Juan Pérez Pérez (mais tout le monde le surnomme « Juanito »), et dire qu’il a une vie compliquée serait un euphémisme. D’un côté, il est un timide père de famille, divorcé, cadre d’une entreprise multinationale qui « vend des compresses dans la moitié de l’Europe » et qui tente tant bien que mal de faire face à sa tyrannique ex-femme, qu’il a profondément déçue au cours de leurs années de mariage. De l’autre, il est Numéro Trois, tueur à gages efficace employé par l’Entreprise, dont la réputation n’est plus à faire et qui ne se pose pas de questions sur son métier.

Jusqu’à présent, il a toujours réussi à bien séparer travail et vie familiale sans jamais laisser son entourage découvrir l’autre facette de lui-même. Mais alors qu’il s’apprête à emmener ses enfants sur la côte pendant un mois (tandis que Leticia, va un mois dans un camp de nudistes avec son nouveau petit ami), un contrat de dernière minute l’oblige à modifier ses plans. Il doit désormais lui aussi rejoindre une plage de nudistes dans le but de tuer sa nouvelle cible sans quitter sa progéniture des yeux (sous peine d’avoir affaire à son ex-femme, ce qui, selon lui, est beaucoup plus inquiétant que d’avoir à affronter l’Entreprise elle-même). Alors qu’il arrive à destination, on lui communique le numéro d’immatriculation de la cible. Un numéro qu’il connaît très bien puisque c’est lui qui a acheté cette voiture à Leticia ! D’ailleurs il tombe nez à nez avec elle dès le premier jour car leurs tentes sont voisines, et, surprise, l’homme qui sort nu de la tente avec elle est le très célèbre juge Gaspar Beltrán, réputé pour chasser le crime au péril de sa vie. Il est un des trois hommes pour qui Juan éprouve de l’admiration.

Il apprend tout de même à son grand soulagement qu’elle a vendu la voiture, et que c’est donc son nouveau propriétaire qui est visé, non elle. Mais à sa grande horreur, il se rend compte que celui qu’il doit tuer est Tony, un ami d’enfance qu’il a mutilé deux fois, sans le faire exprès, à l’œil et à la jambe, quelqu’un envers qui il se sent responsable et qu’il ne pourrait jamais se résoudre à assassiner. Il finit par soupçonner l’Entreprise de lui tendre un piège, car cette mission mêle beaucoup trop sa vie privée avec son travail, ce qui est interdit. Cependant, il a beau chercher, il ne voit pas ce qu’il a pu faire contre elle (il n’a jamais posé de problème, n’a jamais eu connaissance d’informations compromettantes et s’est toujours acquitté de ses missions consistant à « expédier ses colis » — traduction : tuer ses cibles — avec soin et efficacité).

En même temps qu’il se pose toutes ces questions, Juan fait la rencontre d’une jeune femme, Yolanda, dont la beauté et le sourire font chavirer son cœur, et d’un vieil homme, Andrea Camilleri, qui sera pour lui une figure paternelle mais qui cache un lourd secret.

La narration est très légère, dépourvu de descriptions superflues. Elle est conduite à la première personne et nous voyons l’histoire à travers les yeux de Juan, ce qui nous permet de mieux nous assimiler à lui. Le style de l’auteur est assez cru et on assiste parfois à quelques scènes sexuelles, sans excès de détails.

Les personnages sont drôles et attachants, car très humains. Ils ont des défauts qui leur donnent une dimension plus réaliste et ils doutent beaucoup d’eux-mêmes ou de leurs actes, particulièrement le héros, qui a de plus en plus de mal à assumer ses deux personnalités. Il confond de plus en plus le travail et la vie privée et à certains moments, on peut même voir un début de schizophrénie : « Un moment, ce n’est pas moi qui ai répondu, mais Numéro Trois. C’est sa voix, son sourire et sa façon de marcher. »

Pour acquérir cette double personnalité, le protagoniste a eu un mentor : l’ancien Numéro Trois, dont on ne connaît pas le nom. Il lui a appris le métier après l’avoir recruté et il lui a expliqué « qu’on tue mal quand on hésite, parce que les balles le savent. » À l’époque, Juan était le Numéro Trente-Trois. Il dit de son mentor que « le vieux Numéro Trois était un sanglier à qui rien  n’échappait » et ce dernier lui a prodigué des quantités de conseils utiles :

« Ceux qui tuent et après se lamentent sont comme ces putes qui pleurnichent après avoir été payées. Pour tuer correctement, il faut tout oublier, sauf la balle. La cible est vivante, d’accord, mais c’est une cible. Si tu te mets à penser que le type a une famille et tout ça, tu vas le rater, et tu vas le rater encore plus car il ne va pas mourir tout de suite et tu devras l’achever. Le mieux, c’est d’arrêter les conneries, viser et, puisque de toute façon tu devras livrer le bonhomme, le faire vite et bien. »

Ces conseils étaient parfois accompagnés d’une étrange philosophie : « se méfier des coïncidences et des putes aux petits seins ». Juan ajoute dans le livre : « Il m’aimait bien, à sa façon. Mais c’était une façon de merde. »

L’ancien Numéro Trois est mort avant que ne commence le roman. Son assassin n’est autre que son apprenti lui-même, qui l’a descendu sur ordre de l’Entreprise (mais pour savoir pourquoi, vous devrez lire le livre !) et qui a pu entendre ses derniers mots : « Il avait tué tant de gens que, lorsque ce fut son tour, ses dernières paroles furent pour apprécier l’efficacité du tueur. – Neuf sur dix, dit-il. Et il mourut. » Juan en vient à se demander si le fait qu’il l’ait tué il y a si longtemps et cette mission plus qu’étrange ne sont pas liés. Et toujours cette question récurrente : qui sont Numéro Deux et Numéro Un ? L’identité du premier est révélée à la fin du livre, mais vous ne le saurez pas dans cette fiche ! Lisez le livre, vous dis-je !

Un deuxième mentor apparaît au cours de l’histoire, qui n’est autre que Camilleri. Ce dernier est à l’opposé de l’ancien Numéro Trois : c’est un vieil homme qu’il rencontre au début de l’œuvre, écrivain, philosophe à ses heures perdues et dont le rêve serait de finir ses jours en Sicile. Il emploie beaucoup de métaphores pour illustrer ses réflexions :

« Quand on passe sa vie à lire, on finit par croire que la vie est un livre, qu'on peut revenir en arrière si l'on perd le fil de l'histoire. Mais ce n'est pas comme ça. La vie, notre propre vie, on ne peut la lire qu'une fois tout en avançant. Et connaissez-vous quelque chose de plus difficile que de lire en marchant ? »,

« Moi je continue à aimer les femmes belles, et je ne parle pas seulement des visages. Quoique aujourd’hui mon grand âge me pousse plus à la contemplation d’une toile qu’au plaisir de la peindre... »,

«  – Quel tableau serait-elle ? je lui demande. – Un moderne, parfait, millimétré et glacé. […] Il n’y aurait pas de traces de pinceau, et chez une femme belle ce qui importe ce sont les traces de pinceau. »

Il s’avère que ce personnage est authentique et est encore en vie. Dans l’œuvre, il guide Juan à l’aide de sa philosophie et de sa bienveillance en lui donnant des conseils pour faire face à sa vie si compliquée. On peut dire qu’il remplace le vieux Numéro Trois et le père qu’il a perdu quand il était petit.

Au niveau des relations père-fils, lepersonnage central a un rapport particulier avecAntoñito, qui est un petit garçon timide : « Il me fait penser à moi, quand j’étais moi. » Ce dernier est complètement dominé par sa sœur, Leti, qui tient beaucoup de sa mère et qui, comme elle, est très rationnelle et très dominatrice :

« Leti, allongée, envahissant des bras et des jambes le territoire de son frère qui se recroquevillait pour gêner le moins possible. Pauvre Antoñito qui ne sait pas encore que ça n’empêche pas certains de trouver qu’on dérange quand même. »

Avec l’adolescence, la ressemblance entre Leti et Leticia est de plus en plus frappante, ce qui gêne Juan. En effet, son ex-femme et lui ne sont divorcés que depuis deux ans et leurs relations, au début du livre, sont encore tendues. Elle continue de lui faire des reproches, particulièrement quand il entame sa relation avec Yolanda. Cependant, au fil de l’histoire, ils finissent par se réconcilier et elle lui fait même des avances, qu’il repousse au profit de la jeune femme.

Mais, comme dans chaque histoire, à chaque fois qu’il y a un héros, il faut un ennemi. Txema Arregui, qui apparaît à la moitié du livre, est en quelque sorte la « bête noire » de Juan. Ils ont souvent été confrontés l’un à l’autre, notamment pour une affaire de migales (mais je ne vous en dis pas plus !) et pour en savoir plus sur lui, le héros a eu une liaison avec sa fiancée, Claudia. Contre toute attente, il tombe follement amoureux d’elle :

« Avec Claudia […] j’avais l’impression d’être moi, même si je ne savais toujours pas qui était ce moi […] J’étais moi, comme je ne l’ai plus jamais été jusqu’à hier avec Yolanda. »

Mais elle meurt avant que ne commence le récit, tuée dans une ruelle sombre par deux junkies en manque. L’inspecteur, fou de douleur, mène son enquête et apprend que son amant est la dernière personne à l’avoir vue. Il en retiendra une vérité fondamentale : Juan Pérez Pérez a tué celle qu’il aimait !

La relation entre les deux personnages est pleine de contradictions : on sent qu’ils s’aiment bien, mais tout les oppose ! Ils s’apprécient, s’estiment, mais s’en veulent et se méfient l’un de l’autre.

Pour terminer, Juan manque parfois de romantisme dans son rapport avec la gent féminine. Ainsi, quand il raconte comment il a rencontré son ex, il dit : « Quand j’ai connu Leticia, je suis tombé amoureux de sa gaîté, de son goût de la vie. Et de son cul. J’adorais voir rire son cul. » L’auteur a quelquefois des qualificatifs étranges pour décrire les femmes comme : « cul rieur ». Cela ne donne pas une bonne image de la femme en général. Ainsi, la petite amie de Tony le trompe avec son homme de main, Leti envisage de coucher avec un garçon qu’elle connaît à peine dans le but de perdre sa virginité maintenant pour pouvoir poursuivre ses études tranquillement plus tard, Leticia, après avoir divorcé de Juan, essaye de tromper Gaspar Beltrán avec son ex en lui faisant des avances. Seule Yolanda, celle dont le héros est amoureux, n’a pas de comportement répréhensible.



Mon avis

C’est un livre passionnant. L’écriture est rafraîchissante, l’histoire est drôle, racontée avec beaucoup de légèreté et le suspense est gardé intact jusqu’à la fin. On s’attache facilement au personnage principal, qui tente de faire face aux drames de l’existence d’un agent secret comme aux catastrophes de la vie quotidienne. Les rebondissements sont inattendus et donnent plus de volume à l’histoire, notamment au niveau des relations des personnages. Pour parfaire l’ensemble, Carlos Salem parsème son récit de réflexions philosophiques et psychologiques qui, loin d’être lourdes, sont les bienvenues et sont souvent accompagnées d’une poésie agréable et profonde. Un seul regret : une fin un peu trop « happy » pour un thème aussi noir.

 

 

Clémence d. G., 2e année Bib.-Méd.-Pat.

 

 

Carlos SALEM sur LITTEXPRESS

 

Carlos Salem Aller simple

 

 

 

Article de Justine sur Aller simple.

 

 

 

 

 

 

Carlos Salem

Rencontre avec Carlos SALEM

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Published by Clémence - dans polar - thriller
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