Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 mai 2011 5 13 /05 /mai /2011 07:00

Catherine-Dufour-Blanche-Neige-et-les-lance-missiles.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Catherine DUFOUR
Blanche Neige et les lance-missiles
Nestiveqnen, 2001
Prix Merlin 2002
Livre de Poche, 2008

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Du haut de ses sept ans pleins d'innocence, Catherine Dufour se sentait l'âme poétesse. Puis elle apprit que tous les poètes finissaient trafiquants d'armes, décida de balancer ses feuillets, et se mit à l'écriture de nouvelles, genre moins risqué pour la santé mentale (ce n'est pas Maupassant qui dira le contraire). Les nouvelles devinrent plus grandes que prévu parfois, et elle découvrit avec moult cris d'enthousiasme Terry Pratchett : une histoire d'amour était née. Et voici comment l'on pourrait expliquer – en passant à l'évidence par un raccourci des plus grossiers qui n'évoque même pas l'influence des Monty Pythons dans la rédaction de cette oeuvre géniale –  la genèse du cycle de fantasy burlesque qui à ce jour reste objectivement (ou presque) le plus réussi qui soit. Car oui, Quand les dieux buvaient est un peu (mais seulement un peu) comme la pomme qui s'écrase sur le faciès de Newton et provoque un des grands bouleversements de notre compréhension du monde, en cela qu'il bouscule toutes les idées sur les littératures de l'imaginaire et au passage toutes les caractéristiques de ce genre (et ce, allons-y gaiement : d'une main de maître). Enfin, pour comprendre cette grande phrase, mieux vaut sans doute passer à l'étape « résumé du livre » ou, en l'occurrence, du premier tome du cycle terriblement bien nommé Blanche Neige et les lance-missiles.

Comme on l'aura compris, le maître mot ici est parodie, et ça vaut pour les deux parties du tome 1.  Dans la première intitulée « Les grands alcooliques divins », on suit les tribulations d'une multitude de personnages, élément suffisamment important pour être remarqué puisqu'en dictionnaire fantasy on trouve à la section « un seul personnage » le synonyme « intérêt limité ». Ainsi, on peut sans problème en faire mourir quelques-uns en route : il y a légion de remplaçants. D'ailleurs, la mort d'elfes, mages, nains et onions en tout genre est un peu un des thèmes récurrents du cycle, tout comme l'aptitude décuplée des fées à toujours foirer leurs missions mais ça c'est une autre histoire.

Ces personnages évoluent dans un espace qui s'étend sur plusieurs étages, et passent la majeure partie de leur temps à se mettre sur la tronche et à essayer de dominer (et si ça ne marche pas, d'exterminer) les autres, parce que c'est bien plus rigolo d'avoir des larbins à disposition pour faire tout le boulot.

– A l'étage du milieu, on trouve la crêpe terrestre. Les hommes y vivent en compagnie, et bien souvent malgré eux, d'un tas de créatures issues du Sub-Éther, soit tout un ramassis d'êtres suintant la magie par tous les poils. Elfes noirs, nymphes et sirènes, nains racistes et gragons qui crament deux-trois villages entre la sieste et le repas, peuvent parfois être dérangeants pour les humains mais en général  s'entendent plutôt bien. Sauf quand l'un d'entre eux décide d'emporter un ou deux villageois pour un pique-nique, ou qu'il viole une ou deux pucelles en route. Mais de manière générale, il n'y a pas trop de débordements.

– Au-dessus, c'est Son royaume, Purgatoire compris. Anges illuminés et béats, archanges qui tuent l'ennui en foutant en l'air (mais sans faire exprès, attention !) le destin de bon nombre d'innocents ayant eu le malheur de croiser leur vol, le tout sous les ordres de Sa volonté, bien que personne ne connaisse vraiment le but.

– Au-dessous... Facile à deviner. Sales et diaboliques, les démons ont en triple ce qui manque aux anges, et laissent d'ordinaire dans leur sillage une odeur de soufre et pléthore de morts stupides.
   
Et puis il y a Blanche-Neige, devenue impératrice autoproclamée d'Oberstrum après qu'elle a transformé sa belle-mère en diverses décorations bien pratiques, qui hait la magie et s'est promis de régner un jour sur la crêpe terrestre comme une vraie méchante (mais elle a une excuse, c'est la faute à sa généalogie).
   
Et puis il y a Peau d'Âne et Aurore de Bois Dormant, qui sont bien décidées à mettre une raclée à la prochaine fée marraine qui leur présente une cabane en bois comme nouveau départ dans la vie.
   
Et puis il y a Charles-Hubert, le mage au chapeau pointu qui est en fait le prince de Cendrillon, mais qui se retrouve privé de sa douce à cause d'une erreur de destinataire de pomme empoisonnée, et devient éleveur de gragons avant de partir à la recherche de sa princesse endormie dans un cercueil quelque part. Ou pas.

Et puis il y a Bille Guette, le méchant machiavéliquement démoniaque, ou inversement. Un mort qui n'a pas vécu une enfance facile. D'autant qu'il est mort à quinze ans et demi. Et qu'il avait des parents un peu trop religieux. D'où sa haine pour toute forme de religion et pour tout ce qui est Éthéré. D'où sa création du Purgatif soit le nouveau nectar préféré des Dieux, qui décident alors que l'alcoolisme est un bon remède à l'ennui et laissent à qui voudra le soin de s'occuper du monde. Et d'où sa tentative aboutie de détruire la vie sur la crêpe terrestre, pour en reconstruire une meilleure et purifiée. Forcément.

En clair, « un bon paquet d'emmerdres » à venir, et un beau pied-de-nez à tous les classiques de notre éducation. Le tout (car oui, au final, ça forme un tout) restant une excellente histoire bourrée de digressions à rallonges, de jeux de mots proprement scandaleux, de néologismes et anachronismes plus que délectables, et d'emprunts divers détournés et retournés dans tous les sens, et ce dans tous les sens du terme bien sûr.
   
Pour ce qui est de la seconde partie, « L'ivresse des providers », Catherine Dufour nous embarque dans un autre temps, un autre lieu : un peu notre monde et notre époque, mais plutôt dans le genre parallèle au nôtre. Dans ce monde, plus de contes, plus de Dieu ni démons, mais des non-vivants à foison. Les spectres ont un nouveau problème à régler en plus d'être morts : échapper à l'Ankou, faucheuse peu sympathique. Pour éviter de se retrouver découpés en tranches spectrales (peu pratique même pour vivre sa mort), les non-vivants se réfugient dans le web, mais doivent faire face aux hordes de Pacman qui sont, tout comme l'Ankou, à la solde de...Will Door (le retour). Eh oui, l'ignoble n'en avait pas fini dans le tome précédent, et là encore concocte une recette pour rien moins que l'Apocalypse. Donc, il vaut mieux avoir une fée ou deux sous la main pour organiser la rébellion, et accessoirement Cid (de son vrai nom Calmebloc Icibachudun Désastrobscur, mais Cid, ça va plus vite) a dégoté une conceptrice de jeux de rôles, Mismas, pour la seconder et pour retrouver les autres fées survivantes. D'où le départ pour le bois de Boulogne.
   
S'ensuit une aventure tenant résolument plus de la science-fiction pour le côté cybernétique, mais toujours aussi savoureusement frappadingue, où l'on picole allègrement, crée des sites de champs de Caulerpa pour se reposer entre deux poursuites par Pacmans de garde, et rencontre entre autres Arthur Rimbaud et le Père Noël. Un mélange qui tient à la fois de la fantasy commerciale détournée à nouveau, du folklore breton, et du cyberpunk parfois. Du grand art qui prouve que le clivage des genres peut être fort sympathique, surtout quand on en fait sauter les gonds.



Lucile, A.S. Éd.-Lib.

 

 

 

 


 


Partager cet article

Repost 0
Published by Lucile - dans fantasy
commenter cet article

commentaires

Recherche

Archives