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27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 19:00










Catherine MILLOT
La vie parfaite,

Gallimard, « L'Infini », 2006
















Catherine Millot s’était déjà penchée sur Gide, Genet, Mishima et sur la perversion. Dans La vie parfaite, l’écrivain décrit les chemins spirituels de trois femmes : Jeanne Guyon, Simone Weil et Etty Hillesum. Le talent de l’écrivain (et psychanalyste) est de nous conduire dans des contrées plus aventureuses qu’elles n’en ont l’air : vers Dieu, le mysticisme et partant, vers le détachement de soi qui aboutit à une liberté dépassant l’entendement.










Jeanne Guyon, Simone Weil, Etty Hillesum

Trois femmes, trois parcours semés d’embûches, certaines choisies (pénitences, abstinences), d’autres subies, liées au contexte historique : Jeanne Guyon, au cœur de la querelle du quiétisme, a été emprisonnée sur lettre de cachet du roi Louis XIV. Elle ignorait le mobile de l’accusation et ne savait pas quand elle sortirait de prison. Simone Weil et Etty Hillesum sont contemporaines : elles sont mortes la même année en 1943. Simone Weil s’est pour ainsi dire laissée mourir de faim en Angleterre parce qu’on ne lui confiait pas la mission de résistance qu’elle attendait. Touchée par le sort des Français, par solidarité, elle a refusé soins et nourriture alors qu’elle avait la tuberculose. Etty Hillesum, juive, a été déportée avec sa famille. Juste avant, elle a connu la détresse et la souffrance humaine en travaillant dans un camp de transit près d’Amsterdam d’où partaient les convois vers Auschwitz, Sobibor. Détail de taille : Toutes les trois ont en commun l’écriture qu’elles ont pratiquée à des fins différentes.

En dépit de circonstances aujourd’hui difficiles à se figurer, ces femmes vont rechercher et trouver en elles-mêmes quelque chose de grand et généreux : Dieu, une présence, un amour inédit, comment l’appeler ? Le terme importe peu au final.


« Elles savaient que la Vie parfaite, c’est maintenant, que la béatitude est un état du cœur et non pas une chose promise pour demain, lorsqu’on rasera gratis. C’est une disposition de l’esprit qui se tourne vers le réel, chacune le dit à sa manière. […] Dès qu’un malheur survient, il faut un responsable, et nous prétendons décider de tout, de notre sexe comme de notre mort. Subir est à nos yeux le pire. Mais elles creusèrent infiniment la passivité jusqu’à ce qu’elle se retourne en liberté. » (p. 252-253)




Catherine Millot explore aussi le mystère de l’écriture qui s’apparente, dit-elle, à la prière, ce retour sur soi. Cette lecture est une promenade spirituelle, en décalage avec « notre époque qui ne croit plus au salut » (p.257), un voyage dans un espace plus grand et prometteur que nos trois dimensions et nos cinq sens… A condition d’accepter ce départ au large…

Delphine, A.S. Bib-Méd-Pat



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