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19 août 2010 4 19 /08 /août /2010 07:00

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Cédrid ÉRARD
Mémoires d’une sale gosse
L’École des loisirs
Collection Médium, 2004


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cedric-Erard.jpgCédric Érard, est l’auteur de quatre romans pour la jeunesse dont les personnages principaux entrent dans l’adolescence, entre autres J’ai pas sommeil (2003) et Mémoires d’une sale gosse (2004) tous deux édités par l’École des Loisirs dans la collection Médium.

Mémoires d’une sale gosse, est le journal de Jeanne, une adolescente tourmentée, anticonformiste, révoltée et décidée à ne pas devenir ce que sont ses parents. En rédigeant ses mémoires, elle cherche à faire le point et à se comprendre elle-même. Quelles sont les origines de sa colère ? Dans ce roman en deux parties, nous suivons l’évolution de Jeanne qui n’a pas la langue dans sa poche. Dans « les jours d’avant », la plus longue des deux parties, notre héroïne a quatorze ans et nous raconte, dans un style très affirmé, sa plus petite enfance, sa découverte du monde, l’hystérie sans bornes de sa mère, la volonté de son père d’apparaître comme le mâle dominant de la famille, l’arrivée de son petit frère Tristan et ses conséquences, sa recherche de la Vérité et notamment celle concernant la reproduction. On y découvre aussi comment elle échappe à un monde qui l’étouffe par sa correspondance avec Marie-Moulhoud, son amie imaginaire, et enfin son arrivée au collège, vécue comme un enfermement, avec ses amis Malika, Pierre et Matteo, ses premiers flirts avec Farid et sa première histoire d’amour avec Laurence, une fille « droite et franche ».

La deuxième partie, « couleurs de la colère », beaucoup plus courte, est narrée par une Jeanne de dix-sept ans. Laurence est partie. Son corps s’est transformé. Ses relations avec ses parents aussi. Elle tombe à nouveau amoureuse d’un joli garçon, Valentin, avec qui elle vivra sa première relation sexuelle.

On s’attache malgré tout à cette adolescente difficile qui reconnaît elle-même être « une petite insolente », « une catastrophe ambulante, un fléau social et national, bref, une emmerdeuse de premier choix ». C’est d’abord sur ses parents qu’elle crache son venin et à eux qu’elle attribue la cause de sa colère. Leur reprochant de se prendre pour « un moule à gaufres » et de rester dans le rang quoi qu’il arrive, « Eins ! Zwei ! Drei ! », elle ne supporte pas leur volonté d’être « des gens parfaitement bien ordonnés et bien rangés. Rien qui dépasse, même pas le sourire. » Le mot « normal » est récurrent lorsque la narratrice parle de ses parents et elle met tout en œuvre pour ne pas devenir leur semblable. Les armes dont elle use prêtent à rire, surtout quand il s’agit d’imiter les animaux les plus inattendus pour agacer ses parents comme « la bécasse affolée, le teckel complexé, la guenon hystérique, mais aussi l’oie, l’hippopotame, la dinde, le scarabée » et bien d’autres, ou d’organiser une manifestation en couches-culottes avec son frère pour convaincre leurs pauvres géniteurs de les laisser regarder les documentaires animaliers. Elle réussit ensuite à exaspérer par une mauvaise foi terrible la remplaçante de sa maîtresse, rebaptisée « Mlle Coincéeducul », et à effrayer le jeune Farid en répondant à une maladroite déclaration par une image du X soigneusement glissée dans une enveloppe puant le parfum bon marché. Des passages qui amusent bien qu’on les ait lus à plusieurs reprises. Jeanne lutte contre tous et tout. La réalité et le fait de grandir l’effraient et elle se laisse volontiers emporter par son imagination débordante. D’abord en rencontrant Marie-Moulhoud son amie imaginaire dans un livre d’images, à qui elle raconte l’exaspération que ses parents lui inspirent. Puis en entraînant son cousin Balthazar dans un monde fantastique, la Grande Forêt, derrière le Vieux Manoir, maison secondaire achetée par ses parents, monde auquel ils accèdent par le Passage, puis par le Bois Profond. Ils y rencontrent Gelfin, un être de la forêt qui leur apprend l’Ancien Langage et qui leur murmure qu’ils ont le cœur pur.

A la jeune Jeanne cynique, amère et enragée, s’oppose une Jeanne plus âgée, plus calme et tempérée. Elle est devenue une jeune femme. Sa vision du monde a quelque peu changé au fur et à mesure qu’elle a grandi. On comprend que depuis le départ, elle recherche la douceur plutôt que la confrontation. L’auteur nous préparait au changement de rythme en introduisant des caresses sans nom échangées avec Laurence et la douce rencontre avec Gelfin. Sa carapace de petite peste méprisante cache une fillette angoissée et pleine de questions sans réponses finalement libérée de sa hargne par l’amour de Valentin.

Elle se positionne comme une fine observatrice dont la lucidité génère une critique à la fois amusante et cruelle d’un monde adulte médiocre et hypocrite et d’un système scolaire uniformisé. Jeanne nous décrit son entourage avec une ironie massacrante et un mépris aberrant, suivant un rythme énergique. Elle met les adultes face à leurs tabous et leurs propres contradictions et esquisse avec justesse leurs maladresses et maniaqueries.

Bien que caricaturé, le parcours chaotique de Jeanne sonne juste. On notera aussi l’agilité dont l’auteur fait preuve pour jongler entre trivialité et poésie. Ainsi, on passe aisément d’un vocabulaire grossier et brutal à un phrasé doux et métaphorique. Jeanne peut imaginer un personnage qui « zigouillait tous les caniches avec son canon à neutrons et inventait l’arme secrète qui fait roter les cons juste au moment où ils allaient vous insulter ou vous traiter comme de la merde » et pourtant remarquer dans le paragraphe suivant que « l’année a glissé, comme une petite rivière qui serpente à travers les rochers et suit les caprices des saisons. » Cédric Érard aborde tous les sujets liés à l’adolescence en alliant pudeur et franc-parler. Le plus surprenant est que l’auteur nous fait oublier qu’il est un homme par son écriture au plus près de la réalité d’une jeune fille.

Un livre dont on savoure chaque mot, chaque réponse cinglante, et chaque instant de douceur.

De plus, Jeanne nous livre son secret pour échapper à la folie d’un monde cacophonique : « déchirer un livre page à page, consciencieusement et froidement, avec [un] petit réglet en fer ».

Sara, 1ère année Éd.-Lib.

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Published by Sara - dans jeunesse
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commentaires

fvyukvyv 19/03/2015 18:42

quel est le genre de ce livre??

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