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24 février 2011 4 24 /02 /février /2011 07:00

Bukowski-Journal-d-un-vieux-degueulasse-1.gif

 

 

 

 

 

 

 

Charles BUKOWSKI
Journal d'un vieux dégueulasse
 Notes of a dirty old man
traduit de l'anglais

par Gérard Guégan

Grasset, 1996
Le livre de poche, 1998

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Articles de Magali et de Nawal

 

 

 

 

 

 

 

 

1. Fiche de lecture de Magali

 

 

Biographie

Poète et romancier américain, Charles Bukowski naît à Andernach (Allemagne) le 16 août 1920 et meurt à San Pedro, le 9 mars 1994. Il grandit aux États-Unis où il arrive avec ses parents à l'âge de 2 ans, il passe une enfance et une jeunesse difficiles.

Il écrit à 24 ans son premier roman, Le Postier, qui ne sera publié qu'en 1971. Vient ensuite une longue période où il enchaîne des petits boulots. Il commence ensuite une collaboration avec le journal anticonformiste Open City, dans lequel il écrit des chroniques qui donneront Journal d'un vieux dégueulasse, publié pour la première fois en 1969. Suivront les Contes de la folie ordinaire, ainsi que d'autres romans tels que Women, Pulp, Factotum et des poèmes.

Qualifié d'asocial, de provocateur, d'obscène mais aussi de poète génial, Bukowski choque, il dépeint avec violence la société américaine, le règne de l'argent, la morale hypocrite, etc. Son passage remarqué à l'émission Apostrophes en 1978 le rend célèbre en France. Souvent associé au mouvement culturel de la Beat Generation, il a aussi collaboré avec le cinéaste Barbet Schroeder pour le film Barfly, largement autobiographique, sorti en 1987. Un film documentaire, Bukowski : Born into this, de John Dullaghan, qui date de 2005, rend hommage à Bukowski. Même s'il ne fait pas l'unanimité, il a aujourd'hui une stature et une influence considérables sur des écrivains comme Raymond Carver, Dan Fante, pour les Etats-Unis, ou encore Philippe Djian et Frédéric Beigbeder pour la France.



Résumé de l'oeuvre

Journal d'un vieux dégueulasse est un recueil de chroniques. Son titre original, Notes of a dirty old man, a été traduit de l'anglais par Gérard Guégan. Bukowski raconte dans l'avertissement, comment John Bryan, le directeur d'Open City, lui a demandé d'apporter sa contribution au journal :

« Et un jour, mine de rien, mais tout en trifouillant dans sa barbe rousse, il m'a demandé pourquoi je ne lui torcherais pas chaque semaine une chronique […]. Rien de tel pour se sentir pousser des ailes. Mettez-vous à ma place, liberté absolue d'écrire ce qui me chante. J'y ai trouvé mon bonheur, et parfois aussi un peu de gravité; mais surtout au fur et à mesure que les semaines passaient, il m'a semblé que j'écrivais de mieux en mieux. Ce que vous allez lire représente le meilleur de quatorze mois de chroniques. »

Les chroniques relatent le quotidien réel ou supposé de l'écrivain, sans que l'on puisse toujours discerner la part véridique de l'imaginaire. Dans ses chroniques, on retrouve son goût pour l'alcool, les femmes, les errances nocturnes, le jeu : tout cela dans une sorte de réflexion sur la société américaine inspirée par ses propres expériences. Nous voyageons avec lui de ville en ville, où il passe quelque temps, essuie quelques déboires avant de passer à la ville suivante.

Nous aborderons dans un premier temps le thème de la violence présent dans l'œuvre, puis des éléments qui font toute l'identité de son écriture et pour finir nous nous attarderons sur la question de l'autobiographie.


La violence


Thématique de la violence dans le texte

Dès la première histoire, nous assistons à une bagarre entre le narrateur et un autre personnage, les scènes sont d'une extrême violence, comme nous le montre ce passage :

« […] moyennant quoi j'ai frappé Elf derrière l'oreille, si fort que la bouteille m'a échappé (il avait dit quelque chose qui m'avait déplu), mais quand il s'est redressé, j'ai récupéré la bouteille, du bon scotch, je lui en ai remis un coup quelque part entre la mâchoire et la pomme d'Adam, de nouveau il a mangé la table, je dominais le monde, moi l'émule de Dostoïevski qui écoute du Malher à la nuit tombée […] sauf que tout de suite après Elf m'a allongé un foudroyant uppercut dans le front et j'ai dégringolé de ma chaise […] j'ai conservé l'espoir que quelqu'un – la propriétaire, la police, Dieu, n'importe qui – arrêterait ce jeu de massacre, mais pas du tout, ça a continué, continué, jusqu'à ce que je ferme les yeux ».

D'après Alexandre Thiltges, dans sa critique Contes de la violence ordinaire, « L'écriture de la thématique de la violence est rendue possible à travers la violence de l'écriture, violence verbale et linguistique qui devient une violence faite à la langue et à l'écriture elle-même. L'écriture bukowskienne est ainsi une écriture de la révolte et s'exprime avant tout à travers la violence du langage ».

Il y aura d'autres scènes de bagarre, je pense à cette chronique où c'est une femme qui frappe Bukowski :

« mais alors que je m'apprêtais à lui fermer la porte au nez, elle a brandi son sac au dessus de sa tête en hurlant « t'es qu'une POURRITURE de fils de pute ». sourire aux lèvres et sans bouger d'un millimètre, j'ai vu le sac décrire un arc de cercle – merde, quand on s'est frotté à autant de brutes que moi, un sac de femme, ça ne peut être que de la rigolade, sauf que, bang, j'ai salement accusé le coup. c'était hyper lourd […] elle m'en a remis illico un coup. – mais bébé ! et encore un autre. –mais enfin bébé ! mes jambes ont commencé à me lâcher. mais tout le temps où je me suis lentement affaissé, elle ne s'est pas gênée pour me frapper encore plus fort. elle avait du punch. ça tombait comme à Gravelotte, à croire qu'elle voulait me défoncer le crâne. ce fut le troisième k.o. de ma carrière, si on peut appeler cela une carrière, mais le premier que m'infligeait une femme ».

L'auteur décrit cette scène dans un style brut, sans détour, ce qui peut nous faire penser que cette histoire a pu lui arriver et qu'il nous la fait partager. Bukowski se pose en victime dans cette histoire, ce qui nous donne une vision assez négative de la femme.

Alexandre Thiltges a construit un tableau dans lequel il a regroupé six thèmes récurrents perçus comme les fondements de la violence romanesque et qui se retrouvent entre autres dans Le Journal d'un vieux dégueulasse :

– Le père de Bukowski le frappe injustement, ce qui le pousse à s'endurcir et il décide ne plus pleurer. Bukowski dit d'ailleurs de lui-même qu'il est devenu « un Homme Frigorifié », avec le H et le F en majuscules ; ce thème se trouve dans Ham on Rye et dans Journal d'un vieux dégueulasse (de la p.284 à la p.292) ;

– Bukowski vit dans une petite chambre, à New-York, il achète un costume trop petit qui se déchire peu après. Il vit seul, sans aucune ambition, dans un désespoir absolu, cette histoire est dans Factotum et dans Journal d'un vieux dégueulasse (de la p.47 à 54) ;

– Le protagoniste s'enfuit dans sa chambre et frappe un personnage avec sa machine à écrire, il pense être responsable de sa mort : dans Ham on Rye et dans Journal d'un vieux dégueulasse (p.15-16).

Ces scène traumatiques ressurgissent presque de manière obsessionnelle dans plusieurs de ses œuvres; cette répétition, selon Alexandre Thilges, contribue au fait que « l'œuvre intégrale de Bukowski peut se lire comme un grand récit qui formerait une nouvelle "Comédie Humaine" ». Les personnages mis en scène par Bukowski, dont lui-même, évoluent dans un monde difficile, véritable reflet de la société américaine des années soixante-soixante-dix.



La violence exprimée par le cynisme

L'auteur montre l'envers du décor dans ces textes ; les Etats-Unis sont loin de représenter « l'American dream », espoir de peuples entiers. Dans une des histoires, où Bukowski travaille aux docks de Frisco, un homme s'assoit à côté de lui et saute dans la mer :

« tout à coup, j'entends le bruit d'un plongeon : il avait sauté ! le plus surprenant c'est qu'il a appelé au secours comme sa tête disparaissait sous l'eau. après quoi, il s'est enfoncé sans que ça remue des masses, je me suis contenté d'observer les bulles d'air qui remontaient à la surface. »

L'auteur ne tente rien pour l'aider, c'est quelqu'un d'autre qui plonge et va sauver cet homme. Un véritable cynisme semble se dégager de la plume de l'auteur, il observe cette humanité et nous la décrit sans que cela ait l'air de le toucher.

C'est du moins ce que l'on ressent en lisant certaines histoires, mais il ne faut pas s'arrêter à la surface, il faut essayer de lire entre les lignes, et parfois Bukowski apparaît au détour d'une phrase comme un être sensible : 

« le regard dans le vide, je me suis figé sur place. perdu dans ma solitude. au carrefour, le feu était vert. j'ai attendu qu'il passe au rouge pour traverser cette rue qui ne m'aimait pas. »

Ce genre de discours vient s'opposer à la violence de son langage et de son écriture, ce qui nous prouve que Bukowski ne se cantonne pas à un seul style, qu’il parvient à nous surprendre et qu’il n’est surtout pas dénué de sentiments.


Ce qui m'amène à parler maintenant des différents éléments qui donnent une identité à son écriture.


L'écriture Bukowskienne

Le style

Dès la première page, nous sommes déstabilisés par la typographie très libre, et si l'on feuillette tout le livre, on s'aperçoit que chaque chronique commence par une lettre minuscule. Nous avons une alternance de minuscules et de majuscules, et ces dernières sont utilisées pour mettre l'accent sur un langage vulgaire, populaire, souvent des insultes. La première phrase des chroniques débute ansi : « il y avait un fils de pute qui ne voulait pas les lâcher.. ». Ce style brut, direct, peut s'analyser comme un refus des conventions littéraires, des normes de grammaire. L'auteur choisit d'écrire comme il le souhaite sans se soucier de ce qu'en penseront les gens. La traduction ici, a bien rendu cette liberté dans l'écriture, par exemple : « MAUDITE SOIT LA PUTE QUI T’A DONNÉ LE JOUR ! ».

Son écriture fait littéralement violence au langage en transgressant les règles établies, en « détruisant les chaînes qui emprisonnent le langage et en libérant le texte. » (Contes de la violence ordinaire). L’auteur ne s’encombre d’aucune règle ce qui donne une énergie et une spontanéité qui lui sont propres et donnent ainsi toute sa force à sa façon de s’exprimer.



L'autodérision, l'humour

L’auteur n’hésite pas à reconnaître ce qu’on peut dire de lui et semble tout à fait l’assumer :

« bref, pour certains écrivains, donc, Bukowski, l'illustre insolent, le sexe est sans conteste une tragi-comédie. ce n'est pas parce qu'il m'obsède que j'en fais la matière de mes livres. c'est parce qu'il me permet de vous faire rire et un tout petit peu pleurer, juste entre deux chapitres. Giovanni Boccace y a mieux réussi que moi. il avait la distance et le style. je me tiens encore trop près de la cible pour faire dans le sublime. aussi m'a-t-on catalogué écrivain cochon. lisez donc Bocacce.

au reste, je commence à prendre de la hauteur, si bien qu'après 2000 vidages de burnes, la plupart assez piteux, je suis parvenu à me moquer de moi comme de mon service trois-pièces. »

D'après Alexandre Thiltges,

« Ce qui fait l'identité de l'écriture Bukowskienne et la démarque de la brutalité de l'écriture d'Hemingway, de la violence primaire de celle de Chandler ou d'Ellroy, c'est son usage de l'humour et du comique. Si le ton général des romans de Bukowski est très noir et chargé d'une violence que beaucoup jugent insupportable, celui-ci n'est pourtant pas désespéré, et ce justement parce que le narrateur est encore en mesure de rire de l'absurdité et de la violence du monde dans lequel il évolue, aussi bien que de lui-même. »

Bukowski manie l'autodérision avec brio : « […] quand j'ai enfilé le pantalon, la couture de l'entre-jambe a cédé jusqu'à la ceinture. qu'importe, j'étais paré ». Il paraît ne pas se soucier des apparences, être au-dessus de tout cela, preuve qu'il ne se préoccupe pas du regard des autres, ce qui rend son écriture légère et comique par moments.

De nombreux exemples sont disséminés tout au long de son œuvre, je vous invite donc à les découvrir.



Dimension autobiographique de l'oeuvre

Brève définition : le Trésor de la langue française définit l'autobiographie comme une « Relation écrite de sa propre vie dans ce qu'elle a de plus personnel. »

Dans « Vers une grammaire de l’autobiographie », extrait de Genesis (revue internationale d’études génétiques, dans le numéro consacré aux autobiographies) Philippe Lejeune dit :

« Il y a bien dans le travail autobiographique, quelque chose de spécifique. Tous les écrivains, certes, font des plans, pensent à leur paratexte, réfléchissent à leur texte, etc. Mais l’autobiographe, même s’il est en situation de créer, n’a pas la liberté, ni le désir, d’inventer. Il est requis par l’attention aiguë qu’il porte au réel, dans une attitude de recherche de la vérité, et, souvent, retenu par l’engagement social que représentera la publication de son texte. »

Catherine Viollet, également l’auteur d’un article dans la revue Genesis intitulé « Petite cosmogonie des écrits autobiographiques », déclare qu' : « Écrire un texte autobiographique, rédiger un journal, c’est avant tout construire une subjectivité, des figures du « je » – et partant du « moi », du « soi » par rapport à autrui. »



Éléments autobiographiques

Premier élément capital : les histoires sont narrées à la première personne pour la plupart.

Dans Une vie de fou, Howard Hugues dresse une biographie complète de Bukowski, on y apprend notamment qu'à la fin décembre de l’année 1967, il fait la rencontre de Neal Cassady et de Kerouac :

« La chronique de Bukowski fut à l’origine de sa rencontre avec Neal Cassady, l’une des rares figures de la Beat Generation qu’il admirait […]. Cassady était surtout célèbre pour avoir été l’amant d’Allen Ginsberg et avoir inspiré à Jack Kerouac le héros de Sur la route, Dean Moriarty [… ]. Aussi Bukowski fut-il ravi de le rencontrer lors de son passage à L.A. »

 Dans les chroniques on retrouve ce moment raconté par Bukowski : « peu de temps avant qu'il n'aille, pour y mourir, se coucher en travers de cette voie ferrée mexicaine, Neal C., le copain de Kerouac, est entré dans ma vie. »

De même Bukowski nous livre un bout de son histoire à la mort de sa mère :

« Harry perdit sa place à la blanchisserie. Henry vendit sa maison. Le pasteur coucha avec Maggy. Shirley se maria avec un réparateur de télés. […] en six mois, Henry dépensa l'argent de la vente en jouant et en buvant. Je m'appelle Henry. Charles est mon second prénom. quand ma mère mourut, ça se passa relativement bien. de belles funérailles catholiques. avec plein d'encens et un cercueil fermé. lorsque ce fut le tour de mon père, il n'en alla pas de même. on laissa ouvert le cercueil, et son ex se pencha sur son cadavre … embrassa son visage, et tout le reste suivit. »

Ce passage qui constitue la chute de l'histoire revient sur tout ce qui se passe dans cette chronique, on apprend donc qu'Henry le personnage principal de l'histoire est en fait Bukowski lui-même.

Selon Alexandre Thiltges

« La voix de Bukowski est omniprésente dans le texte, l'auteur, le narrateur, et le personnage principal sont très proches au sein du texte, et le nom de Bukowski apparaît lui-même dans certains poèmes et certaines nouvelles ».

En effet dans Journal d’un vieux dégueulasse, on l’appelle « Buko », les personnages s'adressent à lui en ces termes :« t’aurais pas une autre bière Bukowski ? », ou encore : « T’es un chic type Bukowski ».

D’après Catherine Viollet, « N’est-ce pas le nom propre – patronymique dans notre culture – qui « encre » l’identité, s’en fait en quelque sorte le blason, s’inscrivant ainsi au cœur de l’écriture autobiographique ? »

Tout dans l’œuvre donne à penser qu’il s’agit d’une véritable écriture de soi, ce que Bukowski a composé à sa façon.


Conclusion 

Je dirai pour conclure que ces chroniques sont le reflet des pensées de l’écrivain, il nous les livre sans se soucier de la morale, des tabous ou encore des règles typographiques. Pour être tout à fait honnête, la lecture de cette œuvre n’a pas toujours été facile, j’ai parfois été choquée par son écriture brute ce qui ne m’a pas empêchée de finir ce livre. Je pense qu’il est toujours enrichissant de s’ouvrir à d’autres genres de littérature. Je ne connaissais pas ce mouvement contestataire lié à la Beat Generation. La littérature « underground » m’aura en tout cas bien marquée. Bukowski n'est pas pour les âmes sensibles, toutefois si l'on est curieux de découvrir un style détonnant il est tout à fait recommandé.

Magali, A.S. Éd.-Lib.

 

 

 

 

 

 

 

 

Bukowski-Journal-d-un-vieux-degueulasse-Grasset.gif

 

Fiche de lecture de Nawal

 

 

Il s’agit d’un recueil de chroniques, datant de 1968, et publiées chaque semaine dans Open City, un journal underground de L.A., à la demande du rédacteur en chef, John Bryan. Elles sont au nombre de 40.

Un simple résumé serait réducteur : Bukowski raconte des épisodes de sa vie, quelques réflexions sur la société qui lui viennent librement et au fur et à mesure :

« Comme si j’écrivais en toute liberté. Un œil sur la fenêtre, à siroter ma bière et à attendre que ça vienne. Et quand ça venait, je noircissais mon feuillet. Jamais Bryan n’a joué les censeurs. » (p.8).

Les chroniques sont très librement écrites tant par leur forme (je vais y revenir plus tard), que par le langage très cru qu’il utilise. En tout cas, dès les premières pages, on sait que c’est inclassable, et bien que la renommée de Bukowski soit en partie fondée sur ses dérapages, on y retrouve beaucoup de qualités littéraires certaines.


Sur quoi Bukowski écrit-il ? À un étudiant qui lui demanda comment devenir écrivain, il lui répondit : « N’écris que ce que tu as vérifié dans ta chair, son of a bitch, il n’existe pas de professeurs ! » Dans ses chroniques, on retrouve donc des thèmes comme l’insignifiance de la vie (et surtout du travail !), les bas instincts comme le sexe, l’alcool, l’amour, ou encore les névroses avec sa théorie de « l’Homme Frigorifié » ou la folie de l’une de ses femmes. La plupart des chroniques sont donc centrées sur son vécu. Quelques-unes, toutefois, sont supposées inventées : c’est le cas de la deuxième chronique sur un joueur de baseball extraordinaire avec des ailes, qui se les fait couper après avoir trop fait gagner son équipe. À côté de ce livre, il a beaucoup écrit beaucoup d’ouvrages sur sa vie : Le Postier, Souvenirs d’un pas grand-chose, Women.

Si vous lisez ce livre, lisez d’abord la biographie de Bukowski pour comprendre la réelle ampleur de chaque chronique. Il place sa vie au cœur de son œuvre, et elles sont toutes à son image. Sans sa biographie, on se perd facilement dans ses chroniques qui s’éparpillent, et sous les faux noms on reconnaît sa propre histoire et on comprend l’ampleur de l’œuvre et pourquoi les chroniques sont écrites.

 

 

Biographie 

Henry Charles Bukowski Junior naît le 16 août 1920 en Allemagne. 3 ans plus tard, ses parents déménagent à Los Angeles. Nota : Par rejet de son père, Bukowski n’utilisa jamais son premier prénom de Henry et se fit appeler Charles. C’est par ce prénom de Charles, ou son surnom Buk qu’il se fait appeler.  Ses intimes l’appellent Hank.

Charles a un univers social très restreint, son père lui interdisant de fréquenter les gosses du quartier. Il traîne avec les exclus comme lui, rouquins, loucheurs, handicapés. Son père le bat très régulièrement, et sa mère l’encourage par son silence. À dix ans, il découvre l’alcool, à quatorze les grands auteurs comme Fante, Hemingway, McCullers, D.H. Lawrence dans une bibliothèque municipale. À quinze ans, son père l’oblige à entrer dans un lycée de bourgeois, ce qui le fait se sentir minable. À cette même période, son corps se couvre d’acné : il est obligé d’être hospitalisé pour qu’on perce ses boutons à l’aiguille électrique, et garde de graves cicatrices. Il se voit désormais comme un monstre dont aucune femme ne voudra.


Il commence à écrire, et à boire régulièrement dès seize ans. C’est de retour d’une de ces soûleries, lors d’une engueulade avec son père, que Charles envoie ce dernier au tapis d’un uppercut au menton : il relate cet épisode dans la 38e chronique.

« Théorie de l’Homme Frigorifié » :

« nous finissons un jour ou l’autre par nous retrouver dans la Position de l’Homme Frigorifié, dont les symptômes les plus évidents prennent la forme de remarques aussi banales que « je n’y arrive plus », « ras le bol de toutes ces conneries », ou « salue de ma part Broadway ». (p.284).

Après avoir obtenu son diplôme, Bukowski travaille dans un grand magasin mais se fait rapidement licencier : le travail représente une perte de temps, et des tâches absurdes pour lui. En septembre 1940, il entre à l’université en journalisme, théâtre, anglais et histoire, qu’il abandonne très vite. Sa vie s'organise autour de l'alcool, de quelques amis, de l'écriture. Son père découvre un de ses manuscrits et le jette à la rue. Il atterrit dans le quartier philippin de L.A. juste au-dessus d’un bar (la première chronique y est consacrée), puis il erre à travers les États-Unis de 1942 à 1952, cherchant des chambres à proximité d'un bar. Dans la 6e chronique il raconte son séjour à NY, qu’il voit comme une ville malfaisante et dont il dira qu’il s’en est sorti. Une chronique évoque également son passage à La Nouvelle-Orléans, puis à Philadelphie, la 28e, dans laquelle il relate sa première relation sexuelle avec « une putasse d’un quintal cinq » à 23 ans. Sa vie est alors axée autour d'une chambre d'hôtel miteuse, d'un job alimentaire, des poèmes qu’il écrit et de la musique classique qu’il adore.

Dès 1945, Bukowski délaisse l’écriture pendant 10 ans au profit de la boisson. Il pense au suicide, rencontre Jane, ravagée par l'alcool, avec qui il va rester une dizaine d'années. Puis il entre, en 1955, à la poste et reprend ses écrits mais a du mal à se faire publier. Il développe un ulcère, puis il publie enfin pour la première fois des poèmes dans une petite revue, dont il finit par épouser la rédactrice en chef, une texane, Madame Frye : il nous en livre un bilan dans la 24e chronique. En décembre, son père meurt, et il raconte l’héritage qu’il a reçu dans la 22e chronique. Fin 1958, il retourne à la poste et trouve un train de vie moins chaotique. Jane meurt, et Bukowski commence à devenir un poète underground reconnu. Il rencontre Frances Smith,et leur fille Marina Bukowski naît en septembre 1964 : 40e chronique du recueil.

Écrites en 1968, et touchant des milliers de lecteurs, ses chroniques hebdomadaires marquent le début de sa véritable renommée. En 1969 paraît son premier grand recueil de chroniques, Journal d'un vieux dégueulasse, publié par Lawrence Ferlinghetti, poète et éditeur Beat à San Francisco. Le recueil, tiré à 20 000 exemplaires, obtient un grand succès d'estime dans le milieu beat, ce qui vaut à Bukowski d'être vite assimilé à ce mouvement, ce qu'il rejette (iI ne les connaît pas et méprise Burroughs qu’il qualifie plusieurs fois de « tapette »). En 1966, John Martin fonde les éditions Black Sparrow Press dans le but de publier Charles Bukowski et autres artistes d'avant-garde. Bukowski peut enfin se consacrer à l’écriture et quitte la poste. C’est à ce moment là qu’il publie Le Postier, Contes de la folie ordinaire et Women.

En 1976, il rencontre Linda Lee, une jeune hippie, lors d'une lecture et ils ne se quitteront plus. Vers soixante ans, Bukowski s'installe finalement avec Linda, à San Pedro, Californie. Passé de la bière au vin, il écrit plusieurs poèmes par jour. Il vit de ses droits d'auteur et surtout de ses cachets de lectures publiques, qu’il déteste et qu’il affronte bourré. Sa notoriété s’étend en Europe, en Allemagne et surtout en France, avec sa mémorable intervention chez Bernard Pivot, à Apostrophes. En direct sur le plateau, Bukowski boit trois bouteilles de vin blanc au goulot puis, ivre, tient des propos incohérents, rejette brutalement la comparaison de son oeuvre avec celle d'Henry Miller tandis que François Cavanna – qui défendait pourtant l'oeuvre et le personnage sur le plateau – tente vivement de le faire taire (« Bukowski, ta gueule ! »), il caresse le genou de Catherine Paysan puis, fatigué de la discussion qu'il trouve trop guindée, finit par arracher son oreillette et quitter finalement le plateau sans que Bernard Pivot cherche à le retenir. Puis, hors caméra, il sort un couteau avec lequel il menace (« pour rire », selon lui) une personne chargée de la sécurité, ce qui lui vaut d'être maîtrisé et jeté hors des locaux d'Antenne 2.

 Le personnage du « gros dégueUlasse » ne cesse de grandir. Désormais, Bukowski roule en BMW pour aller aux courses, boit toujours, et épouse Linda Lee en 1985. Il publie ses derniers romans dont un polar, Pulp (une détective enquête sur Céline, son modèle, qui ne serait pas mort mais qui se promènerait dans les rues de L.A.), et des poèmes.
Il meurt le 9 mars 1994 à San Pedro (Californie), d'une leucémie.

 

 

 

Un mot sur la forme de ce journal

 

Il n’y a aucune ponctuation ( sauf point et virgule), aucune majuscule, aucun numéro dans ses chroniques. Mots ou phrases importants en majuscules. C’est déroutant au début, mais finalement rend la lecture fluide. Cette forme découle de son anticonformisme et de son refus de se plier aux règles littéraires trop rigides.

Pour finir, l’écriture de Buk s’apparente beaucoup au journal intime : tenu au jour le jour, plus ou moins scrupuleusement, de façon très libre. Ce n'est pas un récit rétrospectif. L'auteur prend donc peu de recul par rapport aux événements dont il parle. En effet, Bukowski écrit sa chronique chaque semaine et de façon spontanée. Il nous livre une représentation directe de sa vie. D’ailleurs, Gérard Guégan, le traducteur, a voulu respecter le sens du titre américain, Notes of a dirty old men, en refusant le mot « mémoires » au profit de « journal ».

Toutefois, le terme « journal » reste un peu réducteur : en effet, Bukowski utilise « il », « je », les quarante chroniques sont totalement différentes, et ne suivent pas chronologiquement.


Nawal, 2e année Éd.-Lib.




Charles BUKOWSKI sur LITTEXPRESS

 

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 Article de Julie sur Contes de la folie ordinaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Magali et Nawal - dans fiches de lecture AS et 2A
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commentaires

Red Le Chacal 24/07/2012 02:38

Merci pour ce bon article.

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