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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 07:00

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Chitra Banerjee DIVAKARUNI
Le Palais des illusions

traduit de l’anglais par Mélanie Basnel
Editions Picquier, 2008

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Palais des Illusions est un roman qui propose une réécriture d’un texte fondateur pour la culture indienne : le Mahabharata. Tous les Indiens connaissent ce livre qui est à la fois historique, philologique et philosophique. Certains épisodes comme le Bhâgavad Gîta ont même inspiré la philosophie du Mahatma Gandhi.


Il est important de connaître des éléments de la vie de Chitra Banerjee Divakaruni pour comprendre pourquoi elle a choisi d’adapter le Mahabharata. L’auteur est née en Inde, à Calcutta en 1957. Elle est arrivée aux Etats-Unis pour y suivre des études d’anglais, alors qu’elle n’avait que dix-neuf ans. Elle y réside encore aujourd’hui et enseigne la littérature à l’université de Houston. Ses romans et nouvelles, récompensés à plusieurs reprises, sont imprégnés de ce biculturalisme. Elle aime utiliser le réalisme magique pour mettre en scène des situations et des personnages très contemporains. De plus, c’est une féministe : elle est entre autres présidente d’une association de défense des femmes d’Asie du Sud-est, qui lutte contre les violences domestiques. Cet engagement se ressent dans la plupart de ses écrits car elle utilise souvent des femmes au caractère fort comme personnages principaux. Avec Le Palais des Illusions, tous ces éléments se retrouvent car le narrateur n’est autre que la princesse du royaume Panchal, Draupadi, une figure féminine centrale du Mahabharata.


Ce texte sacré est censé avoir été rédigé par le dieu Ganesh, sous la dictée du sage Vyasa, qui en serait à la fois un auteur et un acteur. Il semble plus probable que plusieurs auteurs aient contribué à son écriture. Les spécialistes datent sa forme actuelle du Ve siècle après J.C. C’est le plus long poème Indien, et l’un des plus longs de toutes les littératures. Il aurait fallu huit siècles pour écrire cette épopée qui compte environ 100 000 vers, soit quinze fois plus que l'Iliade

 
Le Mahabharata se compose de dix-huit parvas (livres) ; dans Le Palais des Illusions, quarante-trois chapitres synthétisent l’œuvre, mais toujours en respectant les morales et les philosophies véhiculées par la version originale. Un arbre généalogique et une présentation rapide des personnages principaux sont judicieusement placés au début du roman.


Synthétiser cette épopée n’est pas simple ; pourtant l’auteur réussit habilement à recomposer de façon linéaire les étapes les plus importantes. Ainsi, elle rappelle les origines de la guerre qui a opposé deux groupes de cousins germains : les Pandava et les Kaurava pour la conquête du trône de Hastinapur. La première partie du roman raconte, à travers l’enfance de l’héroïne, comment les deux clans en sont venus à se déchirer. Au cours d’une partie de dés, le sort du royaume se décide et l’aîné des Pandava, Yudhisthir perd tout au profit des Kaurava, y compris ses quatre frères et leur épouse commune, Draupadi. Les Pandava partent alors pour treize ans d’exil dans la forêt avec leur femme. Le roman se termine sur l’épisode de la grande guerre finale qui marque également la fin du troisième âge.


Comme l’Iliade ou l’Odyssée, le Mahabharata nous plonge au cœur d’intrigues qui mêlent les rois et les princesses aux dieux et aux démons. Ainsi, un des personnages majeurs du roman est le dieu Krishna qui dans cette version est à la fois un confident de Draupadi et un ami du clan des Pandava.


Le choix du personnage principal n’est pas anodin ; voilà ce que l’auteur déclarait à ce sujet :
« Un de mes défis était d’être fidèle à l’histoire originale tout en modifiant l’orientation et l’importance des actions et des personnages, de proposer différents axes, et de créer des moments intimes afin de donner une tout autre compréhension du caractère de Panchaali. » Ainsi, la narratrice du roman est Draupadi/Panchaali/Krishnaa, elle a plusieurs noms. Elle raconte sa vie de sa naissance jusqu'à sa mort, un peu comme Schéhérazade des Mille et une nuits. C’est un personnage au caractère fort, voué à une destinée particulière. C’est encore aujourd’hui, une figure mythologique très populaire en Inde ; des temples lui sont entièrement consacrés. Sa vie est marquée dès sa naissance puisqu’elle apparaît sur terre pour assouvir la vengeance de son père, le roi Drupad. Plus tard, le sage Vyasa lui fait des prédictions qui confirment ce destin exceptionnel, p. 63 :


« Tu épouseras les cinq plus grands héros de ton époque. Tu seras la reine des reines, jalousée par les déesses elles-mêmes. Tu seras une domestique. Tu seras maîtresse du plus magique des palais et tu le perdras.
On se souviendra de toi comme de celle qui a déclenché la plus grande guerre de son époque. Tu causeras la mort de rois malveillants, mais aussi celle de tes enfants et de ton frère. Un million de femmes seront veuves à cause de toi. Oui, tu laisseras une trace dans l’histoire.
Tu seras aimée, mais sans savoir toujours reconnaître ceux qui t’aiment. Malgré tes cinq maris, tu mourras seule, abandonnée dans tes derniers instants – mais pas tout à fait ».


En effet, les prophéties se réaliseront les unes après les autres. A cause d’un malentendu, p. 147, elle deviendra l’épouse des cinq frères Pandava : Yuhisthir, l’aîné, Bhim, le fort, Arjun, l’archer, Nakul et Sahadev, les jumeaux. Au fil de sa vie, Draupadi est contrainte à un renoncement qu’elle n’a pas choisi, mais dont elle porte une part de responsabilité. D’un bout à l’autre du roman, c’est elle le moteur de cette histoire d’hommes, mais c’elle aussi celle qui la subit.


Toutefois, choisir Draupadi comme narratrice, alors qu’elle n’est pas directement au cœur des actions importantes, a obligé Divakaruni à trouver des astuces pour retracer toute l’épopée. Ainsi, l’auteur utilise des récits rétrospectifs, des chants du sage Vyasa et elle fait répéter par la princesse des confidences que lui ont faites d'autres personnages. Elle se sert aussi des rêves pour annoncer des événements tragiques, p. 146-7, p. 392. Pour reconstituer la guerre finale, comme il y a seulement les hommes sur le champ de bataille, l'auteur a doté la narratrice d’un « troisième œil » qui lui permet de voir le déroulement des combats, et de connaître les pensées des guerriers.


De plus, comme le Mahabharata n'est pas centré sur Draupadi, l'auteur a dû utiliser son imagination pour faire la biographie de la princesse. Ainsi, les chapitres qui racontent l'enfance et la jeunesse de l’héroïne, jusqu’à la page 127, permettent à l’auteur de développer le caractère rebelle de l’enfant, son intelligence et sa sensibilité. En outre, le fait d’utiliser la femme des principaux acteurs de l’action comme narratrice permet à l’auteur d’approfondir la psychologie de ses époux et ainsi de donner une nouvelle profondeur aux héros du l’épopée. Finalement, la seule grande liberté que Divakaruni s’accorde, c’est l’histoire d’amour secrète que Draupadi entretient avec le pire ennemi de son mari Arjun : «  Bien que Panchaali soit mariée à cinq frères à la fois, et qu’elle prenne soin de chacun d’entre eux, elle est secrètement amoureuse d’un sixième homme, le grand et mystérieux roi-guerrier Karna. » Cette histoire d’amour renforce le côté dramatique et l’issue inéluctable de l’histoire.


Divakaruni réalise donc une version très personnelle du Mahabharata. Dans ses romans précédents, l’auteur a souvent utilisé le réalisme magique. Ici, c’est un peu différent puisqu’elle amène du réalisme dans un récit mythologique. En effet, Draupadi est non seulement une féministe à la fin du roman mais en plus elle est sceptique par rapport à certaines manifestations magiques. Ainsi, en parlant du dieu Krishna, elle dit, p.29 :
 

 

« Je ne prêtais pas grande attention à ces histoires, dont certaines prétendaient qu’il était un dieu descendu du royaume des cieux pour sauver ses fidèles. Les gens adoraient exagérer, et rien n’est plus efficace qu’une dose de surnaturel pour épicer des histoires soporifiques. J’admettais cependant une chose : ce n’était pas un homme ordinaire ».


Malgré des intrigues assez complexes l’œuvre se lit facilement car l’auteur a choisi de développer des passages qui sont très pertinents, en seulement 450 pages. En effet, tout au long du récit, l'histoire de chaque personnage nous est présentée dans des saynètes pleines de poésie et riches en enseignements.


Ce roman est un bon moyen pour découvrir l'épopée. Il abonde en légendes, en intrigues et en détails qui reflètent bien l’Inde mythique qui fait tant rêver.


« En fin de compte le roman et la philosophie indienne suggèrent que tout ce monde est une illusion, et qu'ils invitent le lecteur à contempler le vrai, l'immuable, l'étonnante essence des choses ».


Céline, A.S. bib.

 

 

Source des citations 


http://www.lescinqcontinents.com/infos/index.php?2008/10/16/188-le-palais-des-illusions-de-chitra-banerjee-divakaruni-philippe-picquier-2008

 

 

 Chitra Banerjee DIVAKARUNI sur LITTEXPRESS

 

Divakaruni-Mariage-arrang-.gif

 

 

 

Article de Lara sur Mariage arrangé

 

 

 

 

 

 





Article d'Alice sur La Reine des rêves









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Published by littexpress - dans Réalisme magique
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