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28 novembre 2009 6 28 /11 /novembre /2009 11:00







Chitra Banerjee DIVAKARUNI
Mariage arrangé

Nouvelles traduites de l'anglais
par Marie-Odile PROBST

Picquier, 2001
Picquier poche, 2006

 

 
 
















1976, Chitra Banerjee Divakaruni a dix-neuf ans. Elle vient tout juste de poser ses premiers pas sur la terre promise du sol californien. Seul l'océan la séparant de son foyer, elle est à la fois comme terrifiée et remplie d'espoir par ce rêve américain qui s'offre à elle. Elle est loin de s'imaginer qu'elle deviendra quelques années plus tard un écrivain primé et renommé dans le monde entier.
 
Tout juste arrivée, elle sent déjà se tirailler en elle ses deux cultures dont les morales, les moeurs, les coutumes ne cessent de se confronter. Son écriture sera alimentée à la fois par la richesse de ses expériences  biculturelles et par son acharnement à se tailler une identité propre.  Sa plume cherchera également à renouer avec ses racines indiennes en  pratiquant la poésie dans son œuvre. Cette ambivalence culturelle et  son engagement en tant que défenseur de la cause des femmes en Asie influencent tout particulièrement Mariage Arrangé. Ce recueil de nouvelles qui traite essentiellement de la condition de  vie de la femme indienne, s'ouvre sur de grands axes de réflexion majeurs (racisme, violence conjugale, soumission des femmes indiennes, adultère), tout en se chargeant de résonances sur la condition de la femme en général.
 
Dans la continuité de sa lutte pour l'amélioration du statut des femmes indiennes, Chitra  DIVAKARUNI érige au cœur de son recueil de nouvelles le thème de l'amour comme une trame qui porte à l'unisson cet album de portraits de femmes indiennes.Comment concilier l'amour sous toutes ses formes à la fois vif et indéniable entre les êtres et les clivages culturels qui cherchent à emprisonner la femme indienne ? Ces onze femmes vont tenter de résoudre ce dilemme de manière singulière et percutante pour chacune d'entre elles.

Les codes sociaux imposant à l'individu une conduite normalisée ne peuvent refouler la puissance des sentiments, sentiments tout particulièrement retrouvés à leur paroxysme à travers  l'amour infini d'une mère pour son enfant. C'est ce qu'une jeune Indienne devenue Américaine moderne va connaître malgré elle dans la nouvelle : « une vie parfaite ».
 

Une vie parfaite
 
Après avoir emménagé dans un appartement luxueux près du Golden Gate Bridge, cette Indienne  « américanisée », parfaitement intégrée dans l'Amérique moderne sait que sa situation privilégiée est jalousée et très convoitée par de nombreuses Indiennes.
  
Trentenaire et non mariée avec un bel Américain, elle revendique son émancipation en tant que femme tout en refoulant sa culture indienne ancestrale. Malgré la pression maternelle, elle refuse de se marier et d'avoir des enfants.

La rencontre improbable de cette jeune Indienne et d'un tout jeune garçon malade et chétif va donner un tournant bouleversant à sa vie. Elle recueille et soigne ce garçonnet qu'elle prénomme Krishna. Au fil des jours, mûrit en elle un sentiment maternel, qu'elle-même n'aurait jamais soupçonné. Plus que de l'affection, il s'agit d'amour maternel. Ces liens si forts qui se sont tissés entre ces deux êtres deviennent pour ainsi dire filiaux.

Elle décide d'engager une procédure d'adoption. La protection infantile américaine décide que cette situation d'hébergement est  illégale. L'enfant est aussitôt retiré du foyer de la jeune Indienne  pour être transféré en famille d'accueil. Cette séparation annoncée comme nécessaire à l'étude du dossier d'adoption engendre un profond déchirement dans leurs coeurs si fortement liés l'un à l'autre.
   
Krishna fugue. La jeune Indienne l'apprenant met tout en oeuvre pour le rechercher. Elle s'interroge sur la motivation de sa fugue. Aurait-il mal interprété cette séparation, s'est-il senti abandonné ou a-t-il voulu la retrouver ? Le bouleversement de l'arrivée inattendue de cet enfant révélera en elle un sentiment  maternel ancré au plus profond de son être et cristallisera un amour jusqu'à maintenant nié, une voie vers le bonheur insoupçonné.
 
Chitra Divakaruni met en évidence, à travers cette nouvelle, l'absurdité et l'utopie de la quête d'un bonheur factice fondé sur une vie matérialiste, en révélant la véritable complétude de l'amour si singulier et infini entre une mère et son enfant.

 
Le mot amour
 
Par cette nouvelle, Chitra Banerjee Divakaruni a su mêler aux doux élans des coeurs, l'art de la prose avec une justesse impressionnante sur les émotions éprouvées à travers le « le mot amour ».
 
Elle ne sait comment lui avouer qu'elle l'aime. Cela fait bien trois mois qu'il habite chez elle. Il lui  répète inlassablement qu'ils ont encore le temps et qu'il ne faut rien lui dire. Il ne peut et ne veut comprendre l'importance qu'elle porte au fait d'annoncer à sa mère qu'elle vit en union libre avec un Américain. Sur ses épaules repose le fardeau d'une éducation indienne qui prône le mariage arrangé. Un dilemme terrible envahit son quotidien : mentir par omission à sa mère si chérie restée au pays tout en gardant contact ou tout dévoiler en risquant d'être rejetée ? Le pas est franchi le jour où son compagnon décroche le téléphone et où les révélations sont faites.
   
En un instant, la vie de la jeune Indienne bascule. Sa mère la renie et coupe tout contact avec elle : « Mieux vaut ne pas avoir de fille du tout qu'une fille désobéissante, source de honte pour la famille » (page 87). La jeune femme sombre dans la dépression. Elle quitte son ami et arrête ses études.
 
Son dilemme, son déchirement : se laisser enfermer dans le carcan imposé par la culture ancestrale indienne en retrouvant sa mère, si chérie, à Calcutta et un mariage inéluctablement arrangé ou s'émanciper en s'éveillant au véritable sens de l'amour qu'elle lui porte. Garder l'honneur de la famille en oubliant ses aspirations au bonheur ou suivre son propre chemin en occultant la volonté familiale ? La blessure du rejet de cette mère aurait pu pousser
cette jeune femme à un passage à l'acte fatal. En plein désespoir, alors qu'elle sent que tout lui échappe, une pluie salvatrice opportune qui coule sur son visage va  la laver définitivement de ses peurs et de ses doutes et lui redonner la force qu'il lui manquait pour avancer vers son avenir. Sa réflexion sur sa raison de vivre et sa quête du bonheur vont l'emporter sur l'obscurantisme de sa culture. Elle va découvrir comment gérer l'amour : partir avec quelques symboles heureux de son ancienne vie et tout recommencer. La révélation du sens qu'elle donne au mot amour lui offre enfin le choix de créer sa propre île, son refuge, guidés par sa propre lampe.
 
Chitra Banerjee Divakaruni manie avec précision l'art de projeter en toile de fond un monde aux effluves épicés, aux couleurs éclatantes des saris traditionnels, aux musiques chaudes et enivrantes d'extrême-orient : un monde magique « bollywoodien ».L'esprit sensuel de l'exotisme émanant de l'harmonie de la prose de cette auteur envahit le lecteur jusqu'à l'habiter totalement. Au fil de chaque nouvelle, elle sait nous ramener inéluctablement et de façon poignante à notre propre réflexion sur la condition de la femme. Au-delà de la prouesse technique de sa plume, Divakaruni dresse des portraits de femmes à la fois combattives et tendrement délicates.La dernière page tournée, le lecteur demeure littéralement ému, parfois attendri et souvent révolté. Il ne peut resté insensible à ces histoires si percutantes et révélatrices de la soumission des femmes indiennes qui ont une résonance universelle : la considération de la femme dans le monde d'aujourd'hui. Ce livre devrait être un signal d'alarme sur les combats qu'il reste à mener pour l'amélioration du statut de la femme.


Lara R., 1ère année Bib.-Méd.


 Chitra Banerjee DIVAKARUNI sur LITTEXPRESS





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Published by Lara - dans Nouvelle
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