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24 juin 2011 5 24 /06 /juin /2011 07:00

Choi Kyu-sok l'amour est une protéine 

 

 

 

 

 

 

 

CHOI Kyu-sok
L’amour est une protéine
traduit du Coréen
par Baek Hye-ri
Casterman
Collection « Hanguk » , 2006
 

 

 

 

 

La collection « Hanguk »

a été lancée par Casterman

dans l’optique de mener
une politique éditoriale d’auteur
autour du manhwa.

 

 

 

 

 

 


Choi-Kyu-sok-copie-1.jpgQuelques mots sur l’auteur
 
Dessinateur Sud-Coréen né en 1977, Choi Kyu-sok a terminé ses études de bande dessinée à l’université de Sangmyeong en 2003. Il a, cela dit, été remarqué dès 1998 lorsqu’il a obtenu la médaille d’or du Concours des jeunes dessinateurs organisé par la maison d’édition Seoul Munwhasa, devenant ainsi un des auteurs émergents dans l’art du manhwa. Lors du Festival International de la Bande Dessinée organisé par Dong-A LG en 2002, il a ensuite décroché un grand prix dans la catégorie caricature.

En 2003, après la parution remarquée de Nouilles Tchajang, adaptation d’un roman écrit par le Coréen Ahn Do-hyun, il a reçu le prix du Président de la République récompensant les talents les plus prometteurs du XXIe siècle.

Il est membre du trio de dessinateurs de manhwas « Métamorphose en trois étapes », et enseigne dans un lycée professionnel spécialisé dans le dessin animé.

[sources : wikipédia, « L’amour est une protéine », mangakana.com]

 

Le manhwa

« Manhwa (prononcer man-houa) est le nom donné à la bande dessinée en Corée. On l'utilise à l'étranger pour désigner la bande dessinée coréenne. Part importante de la culture coréenne, le manhwa est très dynamique et se décline sous de nombreuses formes : papier, internet et téléphone mobile. La Corée du Sud est aujourd'hui l'un des premiers pays producteurs de bandes dessinées. Un auteur de manhwa est appelé un manhwaga. »

[Source : http://www.manga-the.com/definition-des-termes]

 

Les différentes intrigues

L’amour est une protéine est un manhwa composé de six nouvelles.
Choi Kyu-sok planche 1 L'Amour est une protéine-copie-1

Dans « L’amour est une protéine », trois colocataires commandent un poulet. Le livreur, un coq ruiné, est contraint de sacrifier son poussin pour honorer la commande.

 

Choi Kyu-sok planche 2 Cocaman-copie-1
Dans « Cocaman », Lee Dong-Wook, un premier de la classe un peu chahuté par ses camarades, décide de manipuler Cocaman, un grand dadais costaud et un peu simplet fan de coca-cola, pour en faire une arme de défense.

Dinosaure Dooly cherche à trouver du soutien pour sauver son ami Downer l’extraterrestre d’un kidnapping, mais personne ne souhaite le suivre.

« Léviathan » commence avec un roi qui règne en toute bonne humeur et bonne chère sur un royaume peuplé d’affamés dont il est déconnecté. Un révolutionnaire émerge du peuple, fomente un coup d’état et le renverse. Il part à la recherche d’une alternative à cette royauté, et se laisse berner par un « sage » qui le convainc d’adopter le « Léviathan ». Sorte de « big brother », ce dernier prend le pouvoir et applique une dictature « nouvelle formule », où tout le monde est officiellement heureux.

Dans « Ma décision », Jin-Suk, un jeune caïd, fait la loi dans son lycée. Seul un individu le fait flancher à chaque fois : Jung-Hoon, un des membres de sa bande qui s’interpose dès qu’il mène une action cruelle.

« Aiguille de pin » dépeint selon le schéma classique un village au sein duquel l’autorité de la famille-chef se base sur l’entretien d’une fausse croyance en une divinité. Il faudrait s’y soumettre et lui vouer un culte pour assurer la survie de tous. Sol, jeune fils de cette même famille-chef, découvre l’invalidité de cette croyance et décide, d’abord en toute insouciance, d’en faire part au reste de la tribu.

 

Des récits localisés portant une peinture globale de la condition humaine

Ces nouvelles ont pour point commun de proposer un regard pour le moins pessimiste sur la société dans laquelle évoluent leurs personnages : un monde misanthrope, autoritaire, sadique, peuplé d’individus sans scrupules, voire tout simplement fous, ou qui du moins parviennent habilement à se mentir de manière à pouvoir faire endurer à d’autres d’intenses douleurs sans pour autant s’en culpabiliser outre-mesure.

Un tableau empreint de noirceur qui a priori dépeint les vices de la société coréenne, mais qui peut aisément s’appliquer aux sociétés occidentales, voire aux sociétés humaines de manière générale. Il ne s’agit pourtant pas d’une description globale desdites sociétés : cette analyse parvient toujours à se réaliser dans des lieux, époques et contextes très particuliers, locaux. Dans la plupart des nouvelles, l’action prend place en ville : dans une société imaginaire dans la nouvelle « Léviathan », et au sein d’une société primitive dans la nouvelle « Aiguille de pin ».

Si ces situations localisées parviennent à revêtir un caractère universel, c’est parce que le lien est en permanence maintenu entre attitudes et choix individuels, et schéma sociétal global. C’est le caractère intrinsèquement mauvais des humains qui mène à des situations générales monstrueuses. Le monde semble voué à l’atrocité parce qu’elle coule dans les veines mêmes des êtres qui le constituent. L’ordre social semble s’y maintenir grâce à une manipulation des individus qui s’opère grâce à leur médiocrité intellectuelle. Ils sont ainsi souvent amenés à construire eux-mêmes cette situation sociale calamiteuse.

Dans « Léviathan », par exemple, on parvient dans un premier temps à faire accepter aux habitants du royaume une autorité présentée comme naturelle. Cette autorité amène une privation de liberté pour les individus, qu’on leur fait accepter avec aisance grâce à l’efficace argument de « la recherche du bonheur collectif », argument que l’on peut retrouver dans nombre de discours politiques ayant jalonné l’histoire humaine.

Les médias ne jouent pas dans ce recueil de rôle reluisant : publicité dans « L’Amour est une protéine », dessins animés ou jeux vidéos dans « Cocaman », buzz télévisuel dans « Dinosaure Dooly », propagande dans « Léviathan » et « Ma décision »… Dans la plupart des cas, ils contribuent à l’aliénation des individus.

On rencontre pourtant systématiquement dans ces nouvelles au moins un personnage qui tente de résister au rouleau compresseur d’une cruauté humaine convaincue de son bon droit. Cela en fait une figure attachante, du moins émouvante, même si souvent impuissante et largement dépassée par les événements. Ce personnage semble ainsi exister, non pas pour rassurer le lecteur ou le faire croire en la possibilité d’un happy-end, mais pour incarner une goutte d’humanité et de sensibilité dans l’océan de cette société dure, amère, blasée.

 

Ces six nouvelles s’articulent généralement en deux temps : un passé et un présent, ou un présent et un futur. Le temps qui intervient en second lieu voit presque systématiquement se dérouler un scénario, une situation encore plus déplorables qu’à l’époque précédente. Même si les situations initiales sont parfois peu joyeuses, un individu ou événement pivot, central, permet parfois d’espérer un mieux, mais aboutit quasi irrémédiablement à une fin encore plus sombre.

 

Aspect visuel de l’œuvre
Choi Kyu-sok planche 2 L'Amour est une protéine
 L’ensemble du recueil se caractérise par un trait précis et des angles de vue variés, quasi cinématographiques : plan large, zoom, plongée, contre plongée, onomatopées, effets visuels de mouvement, viennent nourrir les différents récits de Choi Kyu-sok. Le travail des couleurs, ainsi que le dessin des personnages humanoïdes à têtes d’animaux de l’Amour est une protéine (dont un figure en couverture), amènent un rendu à la fois subtil et efficace, qui n’est pas sans faire penser à la série Blacksad.

L’esthétique des six nouvelles est cependant nettement diversifiée, tant et si bien que l’on pourrait croire à un recueil collaboratif. Les planches de « Léviathan » semblent avoir été réalisées à la peinture à l’huile (l’image du Léviathan couronné p. 101 n’est d’ailleurs pas sans rappeler l’huile sur toile du Pape Innocent X réalisée par Velasquez en 1650). Celles d’ « Aiguille de pin » s’apparentent davantage à de la gravure sur bois, et celles de « Cocaman » et « Dinosaure Dooly » à un travail au crayon. Choi Kyu-sok nous propose ainsi une intéressante démonstration de la maîtrise qu’il a développée de son art.

Ce manwha constitue ainsi une œuvre particulièrement riche, jalonnée de diverses subtilités visuelles, narratives et métaphoriques.


Camille, A.S. Bib.-Méd.
 

Informations annexes

« Les personnages des colocataires du récit « L'Amour est une protéine » réapparaîtront dans un autre manhwa de Choi Kyu-sok, Le marécage, sorti en 2005.

Le récit « Cocaman » a gagné le Grand prix catégorie « caricature » lors du Festival international de la bande dessinée organisé par Dong-A LG en 2002.

Le récit « Aiguille de pin » a reçu la médaille d'or du concours des jeunes dessinateurs dans la catégorie « manhwa pour adultes » organisé par la maison d'édition Seoul Munhwasa en 1998.

Le récit « Dinosaure Dooly » est un hommage à un héros célèbre en Corée du Sud, « Dooly le petit dinosaure », […] créé en 1981 par Kim Su-jeong, qui signe la postface du récit. Le titre original du manhwa est d'ailleurs « Triste hommage à Dooly le dinosaure. »


 

 

 

 


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