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29 janvier 2011 6 29 /01 /janvier /2011 07:00

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Christopher COAKE
Un sentiment d’abandon
titre original :
We’re in Trouble
Harcourt, 2005
traduit de l’anglais (Etats-Unis)
Par Michel Lederer
Albin Michel,

Terres d'Amérique, 2006
Le Livre de Poche, 2009



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Recueil de nouvelles d’un écrivain américain des plus prodigieux, ce livre, c’est d’abord un recueil de douleur, de solitude, de noirceur et surtout un recueil de la vie, la vie sans artifices, sans dorures ni papiers cadeaux, la vie telle qu’on peut l’affronter dans les tréfonds de notre âme Ce recueil se fait témoin des déchirements de l’esprit mais aussi du cœur humain. A travers une multitude de dilemmes, de coups fatals, la genèse du drame affleure et se répand ensanglantée sur les pages.

Mais dans leur malheur, les protagonistes repensent tous à leur passé, empreint d’un bonheur mélancolique, et l’incompréhension s’impose, ce fameux mais comment j’en suis arrivé là  ?

Du jeune enfant innocent kidnappé par son pédophile de père au couple junkie prisonnier des glaces et de sa « désintégration » sociale, de l’amant damné à la femme esseulée, tous embrassent un passé idéalisé, un présent trouble, un avenir incertain. Un avenir, oui, des plus radieux, rien n’est moins sûr. Souvent le cadavre gît, se décompose mais pour le vivant, celui qui reste, se dessine le choix d’un nouveau fragment d’existence, un nouveau départ pour une nouvelle page, un nouveau départ pour un lien brisé.

Les non-dits envoûtent, la complexité des passions tambourine, frappe la conscience du lecteur.

Mais c’est surtout la justesse des émotions, l’ambiguïté car il n’y a pas de fins, juste un état des lieux, des situations, des personnages qui marquent le lecteur.

Et puis ce conseil qu’il semble nous murmurer : il n’y a pas de bons ni de méchants , juste des gens seuls. Et la solitude paraît le pire des maux.

Cette œuvre évoque une atmosphère hypnotique, lancinante comme une plaie qui se déchire et, lambeaux par lambeaux, la vérité humaine (la lâcheté, l’égoïsme, la fatalité, le désespoir mais aussi l’héroïsme, la candeur, la passion, le respect) s’esquisse.

Il est des œuvres qui nous évoquent une musique, Un sentiment d’abandon en fait plus que partie. Loin d’une ritournelle qui nous fait chavirer, où l’on se sent balloté d’un bout à l’autre, déchiré par mille voix ; la grâce mélancolique qui plane sur l’œuvre se marie parfaitement à celle de l’air Hey There Delilah de Plan White T’S. Une poésie toute nouvelle, osmose de la mélodie et l’écriture est née.

Par ailleurs, les titres des nouvelles se font écho, du plus évasif au plus intimiste (de « À travers le pays » à « À travers la maison », la solitude, l’abandon sont omniprésents ; les espaces sont vides ; de « On a tous des ennuis » à « En cas de décès », plus de précision dans la gravité de la situation). Une phrase peut être reconstituée : les mots s’assemblent, s’encastrent. Les titres des nouvelles sont à l’image de pièces d’un puzzle : «On a tous des ennuis, à travers le pays, solos ;  en cas de décés, un moment d’effroi, un sentiment d’abandon à travers la maison ».  Ils semblent constituer une suite logique.

– « On a tous des ennuis »
Multitude de mini-nouvelles
Topic : *secrets amers et amour secret
          *homosexualité et bébé : la mort qui rôde
          *couple du troisième âge, la vieillesse, le renoncement, le désarroi et le triste amour enraciné

– « À travers le pays »
Topic : un enfant hyperactif kidnappé par son père dérangé qui l’aime profondément, peut-être même un peu trop…

– « Solos »
Topic : une mère plus qu’une amante. Une femme délaissée par son mari reporte tous ses espoirs, toute sa tendresse sur son fils. Accablée par la peur constante, la terrible crainte de la mort de son époux, du père de ses enfants, en montagne, elle voit le monde s’effondrer une seconde fois pour elle lorsqu’elle apprend que la chair de sa chair semble vouloir suivre cette même destinée.

– « En cas de décès »
Topic : la mort de ses meilleurs amis pousse un jeune homme un peu perdu, sans réel but dans la vie à choisir son chemin, à tracer sa voie : assumer son rôle de parrain ou laisser tomber l’enfant devenu orphelin et poursuivre ce que sont les ébauches de sa vie.

– « Un moment d’effroi »
Topic : une femme plus attachée à son époux par leur passé commun, l’admiration et la pitié hésite entre l’alliance du danger et de l’éphémère en la personne de Jimmy et la confiance rassurante, permanente que lui apporte de son époux. Son cœur balance.

– « Un sentiment d’abandon »
Topic : un couple de marginaux, sur un coup de tête, sacralise son amour dans un chalet à la montagne. Mais bientôt, une tempête dévaste tout et révèle que les cicatrices ne sont pas toutes refermées.

– « À travers la maison »
Topic : un shérif trompe la confiance de son meilleur ami en faisant l’amour avec la femme de celui-ci et du même coup trompe également sa propre femme. En conséquence, le meilleur ami dans un geste de folle ire, pour le blesser et avoir le dernier mot, tue sa femme et toute sa famille.

 

 

Florilège de citations

« Je te la laisse plus belle que jamais », « À travers la maison ».

« La chaleur et la douceur de la nuque du garçon. Sa main posée dessus. Ses doigts qui se recourbent pour en épouser la forme », « À travers le pays ».


Cependant, tous mes mots seraient vains pour décrire combien sont belles et poignantes ces nouvelles, aussi je laisserai le mot de la fin à Nick Hornby :

« Parfois quand on lit ses nouvelles on en oublierait presque de respirer »


Liens

 http://www.albin-michel.fr/Un-sentiment-d-abandon-EAN=9782226169839

 http://www.livredepoche.com/livre-de-poche-3127651-christopher-coake-un-sentiment-d-abandon.html

 

 

 

Lucie, 1ère année Éd.-Lib. 2010

 

 

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Published by Lucie - dans Nouvelle
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