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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 07:00

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Chuck PALAHNIUK
Choke
Traduit de l'américain
par Freddy Michalski.
Denoël 2002
Gallimard
Folio policier, 2005
1ère édition Random House 2001.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Image-1.jpegChuck Palahniuk, né 1962 à Pasco (États-Unis).

Réputé pour détruire toute structure narrative dans certains de ses romans comme Pygmy (2009) à la limite du traduisible, pour plonger son lecteur averti dans des univers totalement burlesques, imprévisibles et dérangeants tel celui de Survivant (1999) ou encore s'attaquer de façon très virulente à la société américaine, Chuck Palahniuk peut être aujourd'hui considéré comme un auteur culte.

Le fait de ne pas pouvoir vivre de ses écrits journalistiques, d'être contraint de devenir mécanicien pendant dix ans pour subvenir à ses besoins alimentaires et de passer son temps libre dans un hôpital pour accompagner les personnes en phase terminale, pousse presque inévitablement cet homme terrifié par la mort vers une écriture très noire et incommodante. Son premier roman, Invisible Monsters, est d'ailleurs rejeté par tous les éditeurs en raison de son caractère dérangeant.


Pourtant, son style minimaliste, les thèmes de la mort, du sexe, de la folie, ses idées anticonformistes présentées avec une violence omniprésente trouvent le chemin du succès avec le roman Fight Club écrit en 1996, roman dans lequel son héros survit à une société de consommation et destructrice d'identité en devenant schizophrène. David Fincher le porte à l'écran en 1999 avec Edward Norton et Brad Pitt dans les rôles principaux et fait ainsi de Palahniuk un auteur à redécouvrir d'urgence. Suite à sa notoriété grimpante, ce dernier enchaînera rapidement les romans et écrira même un recueil de nouvelles intitulé Festival de la couille et autres histoires vraies.

 

 

Résumé

Victor Mancini, la trentaine, sexoolique. Emploi : figurant dans un musée vivant où les anachronismes sont punis « par la mise au pilori avec suspension de salaire » (éditeur). Moyen de financement pour les soins de sa mère folle à lier, qui ne reconnaît pas son fils : s'étouffer en public dans les restaurants jusqu'à ce qu'un sauveur inconnu intervienne et paie sa minute de gloire en envoyant tous les ans une somme d'argent et un mot réconfortant. Meilleur ami : Denny, qui combat sa dépendance du sexe par une régulière mise au pilori et en collectionnant les cailloux. Objectif du moment : dépasser son étape quatre du programme contre l'addiction sexuelle et les comportements sexuels compulsifs en rédigeant l'histoire intégrale et sans concessions de son existence de drogué.

Le héros de Chuck Palahniuk nous raconte tout cela sans nous épargner le moindre détail, faisant fi de toute morale, dignité et décence, en alternant présent, passé et réflexion personnelle. Le tout en essayant de découvrir le terrible secret de sa naissance, seul connu de sa mère délirante, au bord de la mort et souffrant d'agnosie.


Analyse

Avant même de pouvoir approcher l'univers de Choke, l'éditeur donne le ton en glissant une petite note d'avertissement au début du livre : « To choke : bloquer la respiration par serrage ou obstruction de la trachée. » Avertissement qui fait déglutir le lecteur et le met à juste titre en alerte.

Et puis, ça commence... Palahniuk n'y va pas par quatre chemins et tente dès la première ligne de désarçonner son lecteur : « Si vous avez l'intention de lire ceci, n'en faites rien, ne vous donnez pas cette peine ». « Allez vous-en, tant que vous êtes encore intact, en un seul morceau. Soyez votre propre sauveur. Il doit bien y avoir mieux à la télévision. » On ne le devine peut-être pas tout de suite mais ici, Palahniuk entreprend déjà son travail destructeur qui vise à se moquer ouvertement des individus lambda accrochés à leur valeurs morales, leur quotidien et leurs comportements normalisés qu'il ne faut surtout pas bousculer. Or c'est justement là, le but de Choke, qui démarre sur cette tentative de faire fuir le lecteur et qui en même temps aiguise habilement sa curiosité.

Le roman se raconte à travers les lèvres de Victor Mancini, personnage qui se caractérise par sa vie déjantée dominée par les femmes et ses problèmes identitaires. Après une enfance détruite par sa mère démente qui l'enlevait de ses familles d'accueil à chaque sortie de prison, Victor Mancini est un perpétuel insatisfait qui voit le monde comme un produit standardisé, cruel, destructeur, intolérant et où tout est mensonge.

« Nous sommes incapables de vivre avec les choses que nous ne pouvons pas comprendre, c'en est pathétique. À quel point nous avons besoin de voir tout étiqueté, expliqué, déconstruit. Même s'il est sûr que c'est inexplicable. Même Dieu. »

C'est un être qui, dans un monder pareil, a peur d'avoir des sentiments, d'être quelqu'un de bien. Il devient un drogué du sexe, seul moyen pour lui de pouvoir oublier la misère humaine pendant quelques minutes.

« Les orgasmes inondent le corps d'endorphines qui tuent la douleur et vous tranquillisent. Pendant les instants qui suivent jusqu'à je ne sais pas quand, je n'ai pas de problème sur cette terre. »

Durant ces libérations, Victor peut échapper à sa mère, à toutes les femmes qui dominent sa vie et ont toujours dicté sa conduite. Domination qu'on analyse en même temps que Mancini dans ses flash-back où il apparaît, enfant, totalement sous l'emprise de sa mère qui l'éduque à son image. « Parce que rien n'est aussi parfait que ce que tu peux imaginer ». Elle instaure une première réflexion religieuse dans le roman et, progressivement, présente son fils comme un homme doté de certains pouvoirs et responsabilités. « Je me dis que si Ève a réussi à nous coller dans ce foutoir, alors moi, je peux nous en sortir, disait la Man-man. » Avec l'aide de la belle doctoresse Marshall, qui en contrepartie veut un bébé, le héros palahniukien va découvrir son identité avec le lecteur, révélation bouleversante dans tous les sens du terme, puisqu'il est en fait, d'après sa mère, la seconde venue du Christ sur terre. À partir de ce moment-là, ce dernier fera tout pour échapper à ses responsabilités divines en développant des comportements extrêmes, se posant inlassablement la même question :  « Qu'est-ce que Jésus n'irait PAS faire ? », bien qu'il soit encore loin de tout savoir sur sa naissance...

Victor Mancini est arrivé à un moment de sa vie où il n'a aucune perspective d'évolution. Comme dans son travail, en tant que figurant de l'année 1734, il est bloqué  dans le temps, par son passé et le mystère qui entoure sa naissance. Le blocage est général si bien qu'il n'arrive pas à dépasser son étape quatre du programme des sexooliques. La thématique identitaire est au cœur du problème et pose de grandes questions sur la place de l'identité aujourd'hui dans notre société.

Le style de l'auteur est proprement ravageur. De même que le récit se divise entre présent et passé, l'écriture, elle, revêt deux formes qui s'entremêlent sans cesse. Tout d'abord, le langage cru et incisif des personnages, dont l'effet est renforcé par la construction des phrases. Courtes, peu imagées, avec usage de formules répétitives. « Pèlerinage n'est pas vraiment le mot qui convienne, mais c'est le premier qui vient à l'esprit. » Certains propos sont également rapportés sous forme de notes : «  À voir aussi : La queue de billard. À voir aussi : Le hamster-nounours. » ou encore « Qui dit : Critique... Qui dit : Mère... Qui dit : Intervenir ». Tout ce style, bien qu'omniprésent dans le livre, caractérise particulièrement les scènes burlesques et hilarantes.

Enfin, on retrouve l'utilisation régulière d'un vocabulaire très spécifique qui dévoile une deuxième facette de Mancini, celui d'un homme assez brillant, intelligent, qui se maintient lui-même dans un niveau intellectuel moyen, pour ne pas révéler ses capacités et rester ainsi un individu ordinaire. Il y a par exemple, de nombreuses énumérations, chacune propre à un domaine : « architraves composites toscano-corinthienne de l'entablure » en parlant des pierres collectionnées par son ami Denny, ou l'emploi de termes médicaux, « rougeur qui signife zona. Teigne. Gale. Maladie de Lyme, méningite, fièvre rhumatismale, syphilis », qui lui viennent naturellement à l'esprit lorsqu'il observe une danseuse.

L'écriture de Chuck Palahniuk peut paraître de prime abord,simple et efficace mais, au fil de la lecture, comique et folie se noient dans une ambiance non seulement malsaine mais aussi très noire et dérangeante. Mancini porte un regard extrêmement négatif sur la société et les gens qui l'entourent. L'atmosphère se fait étouffante, d'autant plus que certaines moqueries visent directement le lecteur. On se sent presque coupable de ne pas profiter de la vie comme on pourrait le faire. Les modèles sociaux règlent nos quotidiens et la mondialisation nous entraîne vers un conditionnement effrayant.

 

 

Mon avis

À ne pas mettre entre toutes les mains mais c'est pour moi un très bon roman. L'univers subversif de Palahniuk brille par son scénario plus qu'original et ses personnages décalés. Le désagréable et le burlesque s'harmonisent parfaitement, même si certaines scènes voluptueuses sont de trop. Tout est imprévisible, et c'est là le point fort du livre. D'une certaine manière, on peut rapprocher le style de cet auteur américain de celui de Frédéric Dard dans Le standinge selon Bérurier, bien que Choke se démarque grandement par ses critiques sociales venimeuses et sa vision noire du monde qui nous entoure.

S.R., 1ère année Bib.-Méd.-Pat.   

 

 

Chuck PALAHNIUK sur LITTEXPRESS

 

 

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 Article d'Estelle sur Peste.

 

 

 

 

 

Palahniuk Le Festival de la couille

 

 

 

 

 

 Article de Nawal sur Le Festival de la couille.

 

 

 

 

 

 

 

 

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