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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 07:00

Oubrerie-Birmant-Pablo-2.gifOubrerie Birmant Pablo 1




Clément OUBRERIE
et Julie BIRMANT
Pablo
tome 1 : Max Jacob,
Dargaud, janvier 2012
tome 2 : Apollinaire,
Dargaud, septembre 2012



 

 

 

Commençons par quelques mots sur l’auteur et l’illustrateur.

Julie Birmant est scénariste.

En Belgique : elle est metteur en scène dans la prestigieuse école de cinéma de Bruxelles, l'Insas.

En France, elle pige pour France-culture, elle devient dramaturge et plume pour quelques festivals de théâtre dont Passages à Nancy, Paris Quartier d'été, et enfin elle produit des documentaires de création à France-Culture (dans « Surpris par la nuit » d'Alain Veinstein).

Plus récemment, elle signe le scénario de Drôles de femmes, récits et portraits multiples de différentes femmes du spectacle, dont Yolande Moreau, Anémone, Amélie Nothomb et Florence Cestac. Mis en images par Catherine Meurisse, l'album sort chez Dargaud en 2010. Elle travaille ensuite avec Oubrerie sur Pablo.

Clément Oubrerie est un dessinateur français ; né à Paris en 1966, études d’arts graphiques à l’ESAG ; il crée WAG, agence de presse spécialisée en infographie et des studios d’animation.

En 2006 il travaille sur sa première BD avec la série Aya de Yopougon (Gallimard), sur un scénario de Marguerite Abouet, qui obtient le prix du Premier Album au festival d'Angoulême en 2006 et est traduite en plus de vingt langues. Il persiste ensuite dans cette voie avec une adaptation en BD de Zazie dans le métro de Raymond Queneau, puis avec Pablo, écrit par Julie Birmant.



Résumé des deux tomes

Pablo, ce seront quatre tomes pour quatre rencontres qui auront été de véritables jalons dans la vie du grand peintre : Max Jacob dans le premier tome, Apollinaire dans le deuxième.

Le tome un s’ouvre sur Fernande : « Picasso m’a aimée, il m’a rendue éternelle. »

L’histoire débute à l’automne 1900. Pablo expose sa première peinture à l’exposition universelle, en France, c’est sa première découverte de Paris, et sa première expérience avec les femmes. C’est Berthe Weill qui, la première, place les toiles de Pablo ; il a alors un agent et une fiancée : la belle vie !
pablo-002.jpg
Pendant ce temps, Fernande se souvient de son enfance et de son travail dans une entreprise artisanale où elle a été introduite par sa tante ; cette dernière veut la marier au propriétaire de l’entreprise, il n’en est pas question pour elle. Par pur esprit de contradiction elle accepte la première proposition de rendez-vous venue, avec Paul Percheron ; elle a l’impression d’être une dame, ils feront l’amour, sa tante l’oblige au mariage. Ce mariage finit très mal, son mari lui prend ses chaussures chaque matin et la frappe alors qu’elle est enceinte. C’est quand il la viole qu’elle décide de partir pour toujours.

Pablo s’est trouvé un atelier rien que pour lui Boulevard Clichy. Le 25 juin 1901, il a sa première exposition dans la galerie reconnue d’Ambroise Vollard ; c’est un énorme succès. Max Jacob tombe amoureux de son œuvre, et Picasso aime ses poèmes. C’est le début d’une grande amitié.

Fernande quitte son mari pour Paris ; elle y rencontre Laurent Debienne qui lui ouvre les portes de son atelier rue de la Gaîté en échange de ses poses. Elle se sent libre.


Pablo, quant à lui, se plonge dans les poèmes, il devient très noir : « On fait semblant de vivre ». Il vit de plus en plus reclus. Ses peintures en sont influencées, elles sont de plus en plus sombres. Son agent déteste. « On est entouré par la mort ». Pablo tente d’expliquer son œuvre sans réellement y parvenir. Son agent le quitte.

Fernande, elle, voit défiler les peintres. Berthe Weill ne s’intéresse plus à  ce que fait Pablo, Vollard lui tourne le dos. Max est le seul à s’extasier. Pablo est rejeté par le monde de la peinture.

Fernande se lasse de l’artiste qui l’héberge, elle veut changer de vie : ce sera, dans le déménagement du couple à Montmartre, un pas de plus vers Pablo. Max à cette époque dit la bonne aventure, il fait la connaissance de Fernande. Il lui annonce le retour prochain de Picasso et vante ses mérites : « un immense artiste va rentrer à Paris ».

Pablo revient et croise Fernande, il la trouve sublime, elle reste indifférente. C’est lors d’un jour pluvieux, d’une nuit sombre et froide, que les amants s’apprécieront.
pablo 012
Il n’y a pas de chapitres ; le récit fait alterner la vie de Pablo et celle de Fernande jusqu’à leur rencontre commune ; la voix de Fernande prend une grande place dans l’histoire, elle narre les faits.

Le premier tome nous laissait sur le premier baiser de Fernande et Pablo ; on les retrouve au matin dans le tome 2. Il lui dit : « enfin tu es à moi pour toujours ». Résultat : elle fuit. Elle croise Max et le maudit pour sa prédiction d’amour passionné. Elle rejoint les modèles place Pigalle ; elle reste cependant aimantée par l’atelier de Pablo qui l’introduit dans son monde et qui est plein d’égards pour elle.

Max Jacob se fait passer pour l’agent de Picasso sous le nom de Maxime Fébur, agent grandiloquent mais pathétique. Eugène Soulié se fait prendre au jeu, mais il n’y a pas de résultat probant, c’est « la dèche ». Fernande quitte Pablo. Pendant l’hiver il s’entoure et rencontre de nombreux Parisiens dans la Taverne anglaise, très prisée du beau monde à cette époque. Il y rencontre celui qu’il nommera ensuite son alter ego ; ils se retrouvent notamment dans leurs histoires d’amour ratées : Apollinaire.

Fernande de son côté est recueillie par Ricardo et Benedetta Canals ; ce dernier fait de la peinture vive et gaie mais sans grande subtilité. La cuisine de Benedetta attire les Espagnols parisiens. Pablo vient surveiller Fernande à la dérobée lors de ces repas. Pablo fait le portrait de Benedetta ; Fernande est subjuguée par sa beauté, un sentiment de jalousie vient l’habiter. L’été 1905 passe sans qu’elle arrive à chasser son envie de revoir Pablo. Fernande retombe dans ses bras en septembre. Quand elle s’installe chez lui, il a 24 ans.

Le Paris des arts est en plein ébullition, on va contempler Le Bain turc de Ingres au Grand Palais, les œuvres sont plus modernes et plus grand public. Pablo y expose, Gertrude et Leo Stein le découvrent, deux Américains richissimes qui payent comptant. Gertrude veut être son modèle, elle s’entend bien avec le couple et les invite dans les quartiers chics parisiens. Cela entraîne le retour de Vollard qui passe à l’atelier et propose d’acheter pour 2 000 francs, vingt-sept « choses » qui lui plaisent. Pablo propose ainsi à Fernande un voyage. Le départ est douloureux pour Jacob et Apollinaire, mais pour Fernande c’est la première fois qu’elle quitte la France, un grand moment. Nous sommes le 11 mai 1906.

Fernande a toujours une grande place dans le récit ; la bande dessinée s’attarde sur Montmartre, lieu de la communauté des artistes.



Travail du dessinateur
 
Oubrerie s’est attaché aux différents registres qu’a traversés Pablo ; il a souhaité souligner cela et utilise ainsi de nombreuses couleurs, il fait évoluer des teintes tantôt sombres, tantôt gaies. On remarque cette opposition dans la bande dessinée avec par exemple la période bleue et son humeur amoureuse.

Une contrainte est venue compliquer la réalisation : il est interdit de reproduire les œuvres de Picasso ; pour éviter les ennuis, Oubrerie travaile sur des teintes effacées, et vagues à chaque fois qu’il doit reproduire une œuvre. Tout son dessin est marqué par ce trait imprécis mais cette inconsistance de l’esquisse rend le récit très poétique. Les lignes ne sont pas claires ; cela permet d’aller bien au-delà de la bande dessinée. Chaque case a été travaillée sur du A4 : ce n’est pas un travail de miniaturiste ; cela a permis à Oubrerie de se battre avec de la matière, d’explorer les possibilités du crayon, de l’encre, du fusain et de l’aquarelle, cela rend le tracé et les silhouettes très denses. Ce déchaînement de la matière donne une force à l’histoire.

Le 2e tome est l’aboutissement de ce jeu avec les couleurs et la matière ; il nous emmène dans une visite de Montmartre, un croisement avec les plus grands artistes du siècle, une riche matière ! La mise en couleurs de Sandra des Mazières est venue enrichir cette exploration. Oubrerie a alterné des ambiances très différentes sachant qu’il y aurait ce travail sur la couleur, une atmosphère très froide lors des promenades nocturnes, de l’atelier glacé en hiver, antagoniste de l’atmosphère chaude, des teintes fauves de l’arène et du cirque. Le sombre est sublimé dans le deuxième tome par la mise en couleur. La présence de deux pages complètement opposées est aussi remarquable : quand Pablo Picasso peint Gertrude Stein, ses différentes poses sont inscrites sur un fond très blanc, le dessin est clair, l’atmosphère est très sereine ; la page suivante s’ouvre sur une ambiance obscure, sur fond noir. Lorsque Fernande rencontre Max Jacob qui lui lit les cartes et son avenir, le contraste entre les deux pages qui se suivent est particulièrement éclatant. Ce jeu entre deux ambiances est une superbe manière de parler de peinture.
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Mes impressions

Ainsi, la bande dessinée d’Oubrerie avant tout fiction, histoire revisitée pour donner au fantastique et au rêve une place importante. Quand on ouvre le premier tome, on a l’impression d’être face à des tableaux du XIXe siècle, le lettrage des bulles accentue cette sensation. La mise en couleurs à l’aquarelle permet de rendre le trait effervescent, souligne le mouvement de Montmartre et l’ébullition de cette société artistique.

Le début est très onirique, nous plongeons dans les souvenirs de Fernande, le premier amour de Picasso, la narratrice des deux premiers tomes de cette série.

Le trait est plutôt simple mais la couleur très particulière fait qu’il n’y a jamais de temps morts ni de raccourcis.

J’ai aimé que le deuxième tome reprenne le récit exactement là où on avait laissé ; j’ai particulièrement apprécié le romantisme et l’humour de cette bande dessinée, cet aperçu d’une vie pleine de fièvre.
 
Le deuxième tome nous laisse en 1906. Quand on sait que Pablo ne mourra qu’en 1973, nous avons encore devant nous quelques bons moments en perspective.


Chloé, 2e année édition-librairie.







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Published by Chloé - dans bande dessinée
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