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6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 07:00

 Homme-qui-tombe.jpgpièce adaptée du  roman de Don DeLillo
(traduction de Marianne Véron)
jouée du 17 au 23 mars 2012
avec
Alexandre Cardin
Anne Charneau
Miren Lassus Olasagasti
Maïa Ricaud
Jérôme Thibaud

 troupe Crypsum

Mise en scène : Alexandre Cardin et Olivier Waibel
 TnBA

 

 

 

« En racontant l’après 11 septembre, Don DeLillo décrit des personnages qui nous sont proches, bien que de l’autre côté de l’Atlantique. À la fois égarés et encore arrogants, ils sont ici les témoins de l’épuisement d’un monde, le nôtre, soumis aux mythes, fantasmes et obsessions qui influencent désormais nos comportements. Ce chroniqueur du nouveau millénaire se demande comment représenter ce que nous sommes aujourd’hui, de l’aliénation urbaine et virtuelle à l’omniprésence de l’argent-roi, de l’espoir d’une vie éternelle à la chirurgie esthétique, toutes « ces formes modernes de la terreur ». Si ces tours qui s’écroulent décrivent ici un mouvement d’abord intérieur, c’est bien celui qui nous amènera probablement demain à être nous aussi des hommes qui tombent, hésitant entre aveu d’impuissance et culte de l’image, celle que l’on aimerait encore donner de soi-même pour pouvoir rester debout. Ainsi le collectif Crypsum, après s’être interrogé sur nos racines avec Nos racines d’après Hervé Guibert, esquisse un portrait de notre temps, "l’âge de la peur", où la fiction apparaît comme vérité du monde. » TnBA



Don DeLillo est un auteur américain de nouvelles, scénarios, pièces de théâtre,  articles et surtout romans, œuvre ambitieuse et influente. Ses thèmes fétiches sont l’angoisse de la mort, très présente dans son ouvrage L’homme qui tombe, mais aussi la fascination pour l’image et le langage. Parfois qualifié de postmoderne, il est l’un des auteurs contemporains majeurs d’une société capitaliste américaine en déclin, marquée par l’effondrement des tours du WTC.



Tout commence dans une ambiance plutôt festive – des personnes dégustent un gâteau en forme de tour – puis bascule au moment où ils s’assoient en rond. Le débat commence, les voix s’élèvent. On comprend rapidement que le sujet de cette conversation houleuse est l’effondrement des tours du World Trade Center. L’animatrice n’est autre qu’un des personnages principaux que nous allons suivre tout au long de ces deux heures.

L’homme qui tombe de Don DeLillo retrace les vies de cinq personnes, qui se connaissent, se croisent, se déchirent et se retrouvent. C’est surtout l’histoire de la reconstruction de vies brisées par cet attentat. Comment ont-ils survécu à ce drame ? La vie continue mais elle ne sera plus jamais comme avant. Pourra-t-on retrouver son âme en paix, alors que des milliers de personnes se sont perdues ?



La mise en scène d’Alexandre Cardin et Olivier Waibel, minimaliste, correspond très bien à l’atmosphère évoquée dans le livre ; les personnages changent les décors très simples devant les yeux des spectateurs, ils n’hésitent pas à se déshabiller, se dévoiler devant nous dans un but de complète transparence. Une sorte d’humilité émane de ce choix de mise en scène. On se retrouve plongé dans leur univers et leurs vies, avec tous leurs soucis, leurs préoccupations et leurs envies.



D’autre part, l’utilisation de téléviseurs et d’un écran géant en toile de fond rappelle la fascination de Don DeLillo pour les films, l’image. Le choix des annonces émises par les moniteurs TV pourrait être une critique implicite de l’appropriation de cette catastrophe par les médias. Cette façon volontaire d’utiliser l’image des survivants pour manipuler les foules et les garder dans une atmosphère de peur ambiante est très bien retranscrite à travers ces extraits des JT américains. La réaction des personnages envers ces images nous plonge directement dans cette ambiance terrifiante et ce qu’ils ont dû endurer pendant plusieurs semaines.



Les acteurs ont très bien su s’approprier leur rôle, le spectateur ressent au plus profond de lui cette nervosité qui les anime. On les sent à bout de nerfs, tendus, perdus dans un monde qu’ils ne reconnaissent plus et qu’ils essaient par un moyen ou un autre de retrouver. Les personnages se croisent et, au début de la pièce, on confond un peu les diverses personnes qui apparaissent au fur et à mesure. On comprend rapidement qu’ils sont tous liés les uns aux autres et que chacun a sa vision, son expérience de la catastrophe. Leur réaction pour gérer ce deuil diffère selon les personnalités, parfois confrontées à l’incompréhension des autres. Entre la colère, l’abattement, la peur et la volonté de tourner la page, chacun essaie d’aller de l’avant tout en essayant de maîtriser les sentiments qui l’animent.



Cette pièce, particulière et à la mise en scène originale, vous laisse pensif lorsqu’elle se termine. Elle prend le contrepied des mises en scène classiques et ce choix peut mettre le spectateur mal à l’aise. Pourtant, on en ressort avec un sentiment mitigé, entre soulagement et révolte contre notre société et notre inaction face à ses travers et ses défauts.

La troupe Crypsum en a fait sa propre œuvre et l’adaptation du roman est si bien interprétée que l’on conçoit difficilement une comparaison avec une autre mise en scène.



L’homme qui tombe rappelle les hommes et femmes qui se sont jetés du WTC mais c’est aussi l’image de l’homme qui s’effondre dans sa vie après un tel événement et qui n’a plus ses repères. C’est aussi la métaphore de la société capitaliste qui pourrait s’effondrer, comme ces tours qui semblaient pourtant invincibles.



Une pièce qui ne s’arrête pas aux portes de la salle, qui vous laisse songeur et interpelle le spectateur bien après avoir quitté les lieux.


Hélène et Marlène, 2e année édition-librairie

 

 

Don DELILLO sur LITTEXPRESS

 

 

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Published by Hélène et Marlène - dans théâtre
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