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1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 07:00

deux auteurs de BD du Congo-Kinshasa
dans le cadre de la Biennale des Littératures d’Afrique noire
le vendredi 4 mai
au CRM de l’IUT Michel de Montaigne

 

convivialitte-3-auteurs.jpgDe gauche à droite : Al'Mata, Séraphin Kadjiwami, Raymond Monné

 

Dans un premier temps Raymond Monné, représentant de l’Association Agence de médiation culturelle des pays du Sahel, à l’origine de cette biennale, retrace l’histoire de la manifestation et expose ses objectifs.

Cette association existe depuis une dizaine d’années. Elle a pour but de créer une médiation culturelle entre l’Afrique et l’Europe, notamment à travers le théâtre ou encore des compagnies de danse basées en Afrique. C’est un moment d’échange inscrit dans la réciprocité et l’interculturalité. Il s’agit de faire avancer la culture grâce à l’échange. Aujourd’hui, en France, il est difficile de trouver de la littérature africaine. L’association veut apporter cette littérature afin d'ouvrir les yeux à la population française notamment grâce à la littérature jeunesse. Ils espèrent ainsi atteindre les parents à travers leurs enfants.

 

 

Puis les deux auteurs se présentent.

 

Seraphin-Kajibwami-Les-diamants-couv.jpeg

 

Séraphin Kajibwami vit au Congo sous le régime de la République Démocratique. Les Diamants de Kamituga est sa première BD publiée en France, malgré ses nombreuses publications au Congo. Il est venu à cette Biennale afin de montrer au public français ce qu’il fait. En ce sens, il travaille avec des écoles et des lycées afin de faire découvrir la BD africaine aux enfants.

Al-Mata-le-retour-couv-01.gif

 

 

 

 

 

Al’Mata est un illustrateur. Il commence par faire des dessins de presse à 18 ans dans un journal puis devient directeur de ce journal. Il quitte le Congo pour la France en 2002 dans l’espoir d’être publié. Aujourd’hui, il est édité par plusieurs maisons : AAD éditions, Albin Michel et un projet avec Casterman est en préparation.


 

 

 

convivialitte-3-public.jpg

Viennent enfin les questions du public.


Monsieur Kajibwami qu’est ce qui vous a poussé à intégrer une dimension politique et sociale dans vos BD ?

Je mets mon talent au service de la société, je veux qu’il soit utile. Depuis 1998, j’utilise le dessin pour faire passer des messages à propos des conditions de vie en Afrique. Mon héros, Mopila, a été créé et utilisé avec l’appui d’une ONG américaine pour atteindre différentes cibles difficiles à sensibiliser. Chaque année, 150 000 copies sont distribuées aux populations concernées. Par exemple, si nous avons des rinformations à faire passer aux militaires, l’essentiel de la production leur sera distribuée. Je travaille également avec des écoles pour contrer les violences scolaires. Pour nous, la BD est une arme de communication. Grâce à elle, nous pouvons faire passer des messages.



Al’Mata vous avez commencé par faire des caricatures. Cela a-t-il eu une influence sur vos projets de carrière ?

En Afrique, tous les dessinateurs de BD utilisent la caricature, or je suis un auteur de BD. De la caricature à la BD, il n’y a qu’un pas.

Al-Mata-Le-retour-pl.jpg 

Al’Mata, Le retour au pays d’Alphonse Madiba dit Daudet

 

 

Quelles sont vos influences ?
 
Al’Mata : L’Afrique a longtemps été colonisée par les Belges, par conséquent nous sommes imprégnés de cet héritage. On peut donc citer Tintin d’Hergé ou Uderzo (Astérix et Obélix) et Franquin (Gaston Lagaffe) comme auteurs.

Séraphin Kajibwami : Pour moi, je peux dire que Blake et Mortimer, du dessinateur belge Edgar P. Jacobs est une référence ; cependant celui qui m’a donné envie de dessiner est un illustrateur congolais ; Tembo Kash. Je l’ai rencontré sur un festival jeunesse, j’étais épaté par la manière dont il pouvait représenter les personnages africains. Au début je ne voulais pas croire que c’étaenit des dessins, pour moi ça ne pouvait être que des photographies. Il a un style magnifique qui continue toujours à m’inspirer.

Séraphin Kajibwami Les diamants pl 01 

Séraphin Kajibwami, Les Diamants de Kamituga

 

Au début, comment avez-vous ressenti la représentation des Africains par les dessinateurs belges ?

Séraphin Kajibwami : J’étais un peu choqué. Je sentais que c’était pareil pour le reste de la population. Quand on parlait de Tintin les injures n’étaient pas rares. La caricature était très mal perçue par les gens. Plus tard, avec l’accès à la presse qui s’est développé, les gens ont mieux compris la caricature. Elle est une manière de représenter les choses.

Al’Mata : Je me suis posé des questions… Est-ce qu’il sait ce qu’il fait ? A-t-il déjà vu un Africain ? Peut être qu’il utilise une peau très noire car à cette époque la BD était en noir et blanc. Malgré tout, en tant que professionnel, il aurait dû chercher une autre représentation.



J’ai une question pour Monsieur Monné ; comment choisissez-vous les auteurs qui seront invités à la Biennale ?

C’est une organisation très longue. D’abord nous choisissons une thématique, cette année la BD, puis nous nous adressons ensuite à des interlocuteurs extérieurs. Pour cette Biennale sur la BD nous avons pris contact avec Laurent Turpin, spécialiste de la BD africaine et directeur de la collection de BD africaine à l’Harmattan (cette collection a été lancée parallèlement au 1er salon de la Bande Dessinée Africaine, qui a eu lieu du 3 eu 5 décembre 2010 à Paris, en partenariat avec l’Harmattan.) Ce partenariat nous permet de ne pas passer à côté d’auteurs car nous nous appuyons sur des spécialistes. Après, nous ne pouvons pas toujours faire venir les auteurs que nous avons sélectionnés à cause de problèmes techniques et politiques. Cette année, nous n’avons pas pu faire venir deux auteurs car ils n’ont pas obtenu de visa.



Cette année il y a énormément de bédéistes à la Biennale. Est-ce représentatif de la production africaine ?

Raymond Monné : Nous avons voulu faire venir en masse des bédéistes car c’est quelque chose qui plaît en Afrique Centrale. Effectivement il y en a beaucoup.

Séraphin Kajibwami : Au Congo la BD a une longue histoire. C’est un moyen de communication important.



Al’Mata dans votre dernière BD, Le retour au pays d’Alphonse Madiba dit Daudet, vous abordez le thème de l’expulsion ; cela vous touche personnellement ?

L’histoire a été écrite par le scénariste. En Afrique beaucoup de gens on une image de l’Europe qui est fausse. Ils pensent que c’est plein d’argent facile. Cette BD permet de montrer à la jeunesse africaine que l’Europe ce n’est pas que ça.



Est-ce que certains thèmes sont censurés en République Démocratique ?

Al’Mata : Eh bien, certains thèmes, comme la politique ou le sexe, ne sont pas tolérés.

Séraphin Kajibwami : La République Démocratique n’est pas le meilleur endroit en ce qui concerne la liberté d’expression. C’est une zone de tension. On reçoit des menaces de morts si nos dessins abordent des sujets un peu trop sensibles. Des journalistes ont été tués pour avoir traité de sujets prohibés. En BD, le risque existe aussi même si on le fait sous forme de caricature. Nous sommes sous tension en permanence ; la liberté d’expression n’est pas garantie.

Al’Mata : Si je me suis retrouvé en France c’est à cause de ce genre de problème politique. Mes caricatures ne plaisaient pas au Président en place à l’époque. On me recherchait, la rédaction a été saccagée. Je me suis caché mais ils ont fini par me retrouver. J’ai été torturé, j’en porte encore des cicatrices sur les épaules. Après cet événement, ma famille a décidé de m’envoyer en France pour me protéger. Je suis ici depuis 2002.

Raymond Monné : En Afrique la résistance est au cœur de la création. Je salue le courage de ceux qui restent malgré les menaces et les tortures et continuent leur travail.



Al’Mata dans votre album le personnage principal s’appelle Daudet. Pourquoi avoir fait cette référence à Alphonse Daudet ?

C’est une idée du scénariste ; le personnage de Daudet a toujours le livre d’Alphonse Daudet et répète « ce n’est que ça ». (Référence au livre La Doulou, d’Alphonse Daudet publié au Mercure de France en 2007, journal intime qui parle de sa vie de malade de la syphilis dans lequel il notera « ce n’est que ça »).



Quels sont vos projets pour l’avenir ?

Séraphin Kajibwami : Je vais rencontrer Apollo Daurus pour travailler sur un projet de BD. Nous allons rassembler nos idées, nos efforts pour poursuivre notre travail. Nous avons énormément de choses à partager avec la population par le biais de la BD mais nous manquons de structures.

La rencontre s'est terminée autour d'un buffet préparé par les étudiants de 2e année Bib.
 convivialitte-3-buffet.jpg

 

Nos impressions

Nous avons été impressionnées par les élèves de deuxième année bibliothèque qui ont réussi à nous faire profiter de cette manifestation. La rencontre était très bien organisée, malgré les questions posées qui pouvaient sembler plus ou moins pertinentes. L’abondance d’interrogations démontrait un réel intérêt du public envers les auteurs et leurs histoires. Nous avons nous-mêmes été captivées par le récit des deux auteurs sur la vie de caricaturiste au Congo. Cette rencontre nous a apporté un réel éclairage sur la signification de la BD et l’utilisation qui peut en être faite dans certains pays sous tension politique.


Élodie et Margaux, 2ème année Édition-Librairie.


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Published by Elodie et Margaux - dans Littératures africaines
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