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14 avril 2013 7 14 /04 /avril /2013 07:00

Convivialitte-bruno_loth_01.jpg(Bruno Loth - Photo Rémy)

 

Bruno Loth est un auteur de bandes dessinées au parcours atypique. Il est à la fois dessinateur, scénariste et éditeur. Il est connu pour deux séries d’albums, Ermo et Apprenti / Ouvrier, qui nous entraînent dans l’Histoire de l’Espagne et de la France.

Dans Ermo, on suit l’itinéraire d’un jeune orphelin durant la guerre civile espagnole de 1936. Adopté par une troupe de saltimbanques, le garçon sera confronté à la lutte contre le pouvoir fasciste, à la traîtrise et à la mort. Une série riche en péripéties avec un fort engagement politique.

Quant à Apprenti et Ouvrier, ils nous plongent dans la biographie du père de Bruno durant l’entre-deux guerres et sous l’occupation. Nous découvrons les conditions de travail d’un homme, apprenti puis ouvrier au chantier naval de Bordeaux,et son existence bouleversée par la guerre. 

Nous avons eu la chance de recevoir Bruno Loth à l’IUT de Bordeaux 3. Il nous a dévoilé quelques moments de sa vie.

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(Photo Rémy)

 

Une enfance liée à la bande dessinée

Le père de Bruno Loth était ouvrier aux chantiers navals de Bordeaux qui avait un comité d’entreprise avec une bibliothèque. L’auteur avait le plaisir de dévorer des BD que son papa ramenait à la maison. Durant l’enfance de Bruno la BD était considérée comme « une littérature débile » (ce sont les mots de l’auteur), mais celui-ci ne s’en soucie pas et continuait de lire Astérix, Tintin et Lucky Luke.

La BD ce sont aussi des illustrations. En classe de maternelle, l’institutrice est surprise par un cowboy aux traits minutieux que Bruno a dessiné. L’auteur observe aussi régulièrement son père en train de peindre ; l’amour du dessin vient doucement et naturellement. Bruno Loth se rend compte qu’il peut attirer l’attention grâce au dessin, l’école n’est pas un lieu où il s’épanouit ; il trouve donc une manière de s’exprimer, de faire passer des histoires par l’image.


Faire d’une passion son gagne-pain

Bruno Loth travaille pour un fanzine  nommé 666. Son parcours s’oriente ensuite dans une agence de publicités où il conçoit des illustrations. « J’ai fait ça par fainéantise, c’était un moyen d’avoir un revenu fixe tous les mois », nous avoue-t-il. Mais à 40 ans il prend conscience qu’il ne veut plus vivre ainsi, il désire raconter des histoires.

La bande dessinée Ermo est sa première création. Il part à la recherche d’éditeurs durant l’année 2005, mais le sujet de la guerre d’Espagne n’intéresse pas. Seule la maison d’édition Dupuis semble apprécier le projet ; cependant elle souhaite que l’auteur change son style de dessin. Bruno Loth tente de modifier le personnage d’Ermo en lui faisant des yeux plus petits et plus doux. Sa fille intervient alors, estimant que son père ne doit pas dénaturer son dessin original pour faire plaisir à une maison d’édition, elle ne veut pas que son père entre dans « un système capitaliste ».

Bruno doit trouver une autre solution pour publier sa BD. La souscription est une issue intéressante à son problème, il en obtient 300. Cela lui permet d’avoir un apport pour payer les premières traites à l’imprimeur. Ermo peut enfin être publié en 2006, c’est le premier album de Bruno Loth auto-édité ; il est alors loin d’imaginer que la BD aura du succès.

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(Photo Rémy)

 

 

L’Histoire : un élément prépondérant chez Bruno Loth

Ermo et la guerre d’Espagne

Ermo n’est pas sorti de l’imagination de l’auteur par hasard. Sa femme est espagnole et son beau-père était engagé dans une milice anarchiste durant la guerre civile espagnole de 1936. Un sujet que Bruno approfondit pendant 25 ans ; à chaque nouvel album d’Ermo il entreprend des recherches. Cette BD a une signification particulière pour lui, c’est un hommage à son beau-père décédé. « Je voulais que ça sorte du placard, faire lire son histoire » explique-t-il.

Bruno Loth construit la BD avec une trame historique puis ajoute la fiction. Il décide que l’histoire se déroulera entre juillet et novembre 1936 et l’enrichit d’événements incontournables de la guerre civile espagnole. Il plante le décor en Catalogne et en Aragon, y fait évoluer des personnages réels tels que des femmes anarchistes se battant au front, ou à l’arrière en s’occupant des réfugiés. Quant à Ermo, c’est un personnage inventé. L’auteur dit : « j’ai choisi un enfant car il est naïf ». Ce n’est pas au sens péjoratif du terme, il pense plutôt au côté sincère et spontané de l’enfance, à l’insouciance prise dans les tourments d’une vie liée à la guerre. Ce personnage permet au lecteur de se faire sa propre opinion sur les événements.

L’auteur précise qu’il n’y a pas de message politique dans Ermo, il ne cherche pas à promouvoir l’anarchisme. Il souhaite que l’on se questionne sur son avenir en s’appuyant sur le passé, il voit sa BD comme un message humaniste.

Le sujet de la guerre civile espagnole n’a pas intéressé les éditeurs, mais Bruno Loth s’offre une belle revanche avec le succès d’Ermo. Il fait ses premières dédicaces à l’Utopia, cinéma bordelais d’art et d’essai, au moment des 70 ans de la guerre d’Espagne en 2006, puis tout s’enchaîne très vite pour l’auteur. Il est invité à des manifestations en rapport avec la guerre d’Espagne afin d’apporter son éclairage sur la question. Il est agréablement surpris de rencontrer des Espagnols qui lui demandent des renseignements sur leur propre histoire. La réussite de cette BD se confirme lorsqu’il est publié en Espagne.


Apprenti et Ouvrier, une histoire familiale

Le père de Bruno Loth, Jacques, est né en 1918 ; il annonce un jour à son fils qu’il n’a plus aucun but dans la vie, qu’il veut mourir. Des paroles qui touchent profondément l’auteur ; il décide alors de trouver un moyen de redonner de la vitalité à son père. Il pense à Ermo et imagine qu’il peut raconter l’histoire de son père à travers la grande Histoire de France. Bruno raconte : « je me suis souvenu des anecdotes qu’il me racontait ; les auberges de jeunesse, son apprentissage au chantier naval de Bordeaux, la Deuxième Guerre mondiale. Quand j’avais quinze ans ses histoires me saoulaient, je les connaissais par cœur. » Mais il pense aujourd’hui que ces anecdotes peuvent servir à créer une BD.

Il parle de son projet à son père ; celui-ci est réticent, pensant que sa vie n’intéressera personne. Le fils se bat pendant quelque temps pour faire accepter l’idée à son papa. Il lui présente des planches, puis les deux hommes parviennent à s’entendre, ils se voient toutes les semaines pour échanger leurs idées et Bruno présente l’avancée de ses travaux. Jacques s’implique même dans les illustrations, refaisant les dessins des machines sur lesquelles il travaillait au chantier. Lorsque le projet débute, le père ne souhaite pas que le personnage principal porte son prénom, mais il se prend vite au jeu.

Une relation particulière s’instaure entre Bruno et Jacques ; cela a été une expérience unique qui continue encore. Lorsque Apprenti est publié, l’émotion est au rendez-vous pour les deux hommes ainsi que le succès. C’est donc naturellement que le père demande à son fils d’écrire une suite qui sera Ouvrier.

Apprenti et Ouvrier sont construits comme Ermo ; il y a une trame historique et de la fiction. Même si l’auteur enjolive un peu les aventures de Jacques, il veut avant tout rester proche de l’histoire de son père.


Créer sa bande dessinée

Le processus de création de Bruno Loth est régulier. Il met neuf mois pour concevoir un album d’Ermo, trois mois d’écriture / découpage et six mois pour la réalisation des dessins. Quant à Apprenti et Ouvrier il met à peu près un an et demi. L’écriture du scénario est plus rapide pour l’histoire de son père car il invente peu de faits, mais il y aussi un travail de fond avec Jacques qui prend du temps.

Bruno Loth réalise ses BD d’abord en construisant un scénario puis en opérant un découpage de l’histoire. Il dessine ensuite sur des planches de petit format car il estime que le format A3 est trop grand pour que l’œil humain perçoive tous les détails. Puis il scanne les planches pour les agrandir au format A3 sur feuille de Canson, les imprime en bleu et redessine dessus au crayon. Il insère le texte en l’adaptant à l’image pour que cela se greffe au mieux dans la vignette et dans la bulle. La typographie semble être écrite à la main mais l’auteur nous avoue son petit secret, c’est une typographie d’ordinateur. Il améliore encore les dessins autour des bulles, repasse à l’encre et scanne à nouveau les planches. Il ajoute finalement les couleurs.

La technique de création de Bruno a sensiblement évolué au cours des années. Les cinq premiers tomes d’Ermo ont été faits à la plume, pour le dernier album l’auteur essaie le pinceau et le procédé lui convient. Les plus avisés verront la différence mais elle est difficilement décelable.

Le temps a aussi un effet sur le trait de l’auteur ; le personnage d’Ermo a un peu changé de style au cours des différents albums sans que Bruno s’en aperçoive vraiment. Dans le tome 6 il a essayé de retrouver la manière dont il dessinait dans le tome 1. « Le principal c’est que les personnages soient reconnaissables », dit-il.

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  (Photo Rémy)

 

 

Organiser la diffusion / distribution

Par la force des choses l’auteur a eu le courage de se lancer dans l’aventure de l’auto-diffusion et de l’auto-distribution. Il a donc créé sa propre maison d’édition,  Libre d’images afin d’éditer Ermo.

Promouvoir ses créations ne s’arrête pas à la création d’une maison d’édition. Bruno participe à de nombreux salons où il monte son stand et peut vendre en direct ses BD, c’est à ce moment-là qu’il fait son plus gros chiffre d’affaires. Il aime se rendre dans des salons, il estime que c’est un rythme essentiel dans sa vie ; cela lui permet d’avoir une respiration quand il est en train de créer, il considère cela comme une pause pour réfléchir. Il apprécie particulièrement le contact du public et les rencontres avec ses fidèles lecteurs ; c’est un grand plaisir et beaucoup d’encouragements à chaque fois.

Bruno Loth a tenté une nouvelle méthode pour diffuser et distribuer les albums Apprenti et Ouvrier, la co-édition. Il collabore avec La Boîte à bulles, maison d’édition avec laquelle il a trouvé son équilibre. Elle le considère comme un auteur/éditeur, elle s’occupe d’imprimer et de faire de la communication sur les BD et elle le rémunère en albums. L’auteur a donc à sa disposition un stock qu’il vend lui-même. Il nous prévient que ce type de contrat est rare.

Le champ de l’édition s’est ouvert un peu plus avec Cairn, qui publie des ouvrages qui portent haut et fort l'Histoire, la mémoire, la culture et le patrimoine. La maison d’édition est chargée de diffuser Ermo dans le Sud de la France. L’album a aussi la particularité d’être vendu en Espagne, c’est aux éditions Kraken que Bruno a confié son travail afin de le diffuser dans ce pays où Ermo est né.


Bruno Loth dans le futur

L’auteur nous avoue à demi-mot qu’il a des  projets d’albums en cours mais cela reste un secret, il y aura toujours le côté historique cher à Bruno. Nous savons malgré tout que le troisième opus des aventures de Jacques est en préparation ; l’auteur a déjà réalisé une quinzaine de pages. L’histoire promet d’être captivante car nous assisterons à la rencontre entre son père et sa mère.

Nous remercions sincèrement Bruno Loth d’avoir partagé ce moment avec nous. Ce fut une rencontre culturelle et humaine passionnante.

 

Convivlialitte-bruno_loth_04.jpg

  (Photo Rémy)

 

Florence, AS bibliothèques

 

 

 


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Published by Florence - dans bande dessinée
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